Un important papier de Guido Brandt vient de sortir: Ancient DNA Reveals Key Stages in the Formation of Central European Mitochondrial Genetic Diversity. Les précédentes études d'ADN ancien ont révélé une discontinuité génétique entre les chasseurs-cueilleurs du mésolithique et les premiers fermiers du néolithique ancien en Europe Centrale, puis entre ces derniers et les européens d'aujourd'hui.

Dans cette étude, les auteurs ont testé 364 échantillons appartenant à 25 sites de la région de Mittelelbe-Saale en Allemagne correspondant à 9 cultures archéologiques différentes entre le début du néolithique et le début de l'âge du bronze (Figure 1A ci-dessous).
88 échantillons appartiennent à la culture LBK (5500 à 4775 av. JC), 11 à la culture de Rössen (4625 à 4250 av. JC), 33 à la culture de Schöningen (4100 à 3950 av. JC), 19 à la culture de Baalberge (3950 à 3400 av. JC), 29 à la culture de Salzmünde (3400 à 3025 av. JC), 17 à la culture de Bernburg (3100 à 2650 av. JC), 44 à la culture cordée (2800 à 2050 av. JC), 29 à la culture campaniforme (2500 à 2050 av. JC), et 94 à la culture d'Unetice (2200 à 1550 av. JC). Les régions HVR1 et HVR2 ainsi que 22 SNPs de la région codante ont été testés dans l'ADN mitochondrial.
Ces résultats ont ensuite été comparés avec 198 données génétiques préalablement publiées d'Eurasie de l'ouest appartenant au mésolithique, au néolithique et à l'âge du bronze (Figure 1B), et à une base de données comportant près de 68.000 échantillons d'individus modernes.
2013 Brandt Figure 1

Une analyse en cluster montre que les chasseurs-cueilleurs (HGC) sont bien séparés des autres cultures:
2013 Brandt Figure 2A

Ensuite les cultures de la Mittelelbe-Saale peuvent être séparées entre Néolithique ancien et moyen d'une part (LBK, SCG, RSC, BAC et SMC), et Néolithique final et Âge du bronze d'autre part (BEC, CWC, UC et BBC) . Une investigation détaillée montre des profils génétiques bien différents entre les chasseurs-cueilleurs, le néolithique ancien/moyen, le néolithique final associé au début de l'âge du bronze. On peut ainsi mettre en évidence 4 événements génétique majeurs nommés A, B, C et D.
2013 Brandt Figure 3

L'événement A marque l'arrivée des premiers fermiers néolithique en Europe Centrale vers 5500 av. JC. Les haplogroupes des chasseurs-cueilleurs sont exclusivement U, U4, U5 et U8. Les premiers fermiers sont composés par les haplogroupes N1a, T2, K, J, HV, V, W, et X. Ils forment un package néolithique mitochondrial. L'haplogroupe U y est très rare: inférieur à 3%. Ce package néolithique représente un influx génétique en provenance du Proche-Orient, d'Anatolie et du Caucase.

L'événement B décrit une interaction bidirectionnelle nord/sud qui voit d'abord l'introduction du package néolithique en Scandinavie vers 4100 av. JC (B1), suivi par un reflux du pool génétique mésolithique vers l'Europe Centrale vers 3200 av. JC (B2). Cet événement est donc lié à la culture des vases à entonnoirs (FBC) qui s'installe dans le nord de l'Europe. Cette culture contient encore de nombreux haplogroupes mésolithiques (30%) auxquels se rajoutent les haplogroupes néoltihiques (60%). C'est pourquoi on retrouve la culture FBC à une place intermédiaire entre les chasseurs-cueilleurs et les fermiers de la LBK sur le diagramme en composantes principales (voir figure 1C ci-dessus).

Au néolithique final, on identifie deux événements indépendants: C et D, chacun associé à l'une des 2 cultures pan-européennes. L'événément C est marqué par l'émergence de la culture cordée vers 2800 av. JC qui s'étend en Europe Centrale et en Europe de l'est. Cette culture est caractérisée par les haplogroupes I et U2 qui sont nouveaux en Europe Centrale. Auparavant, l'haplogroupe U2 a été repéré uniquement dans le paléolithique et le mésolithique de Russie. Les haplogroupes I, U2 et T1 sont fréquemment repérés dans la culture des kourganes des steppes. De manière intrigante, l'haplogroupe du chromosome Y: R1a a été détecté dans une étude précédente dans des échantillons de la culture cordée. Cet haplogroupe R1a est fréquent dans la culture des kourganes. Ceci suggère que la culture cordée est associée à un flux migratoire en Europe Centrale en provenance de l'est, probablement influencé par la culture des Steppes.

L'événement D situé vers 2500 av. JC est associé à la culture campaniforme. Cette dernière se distingue de la culture cordée par l’absence des haplogroupes I et U2 et une forte domination de l'haplgoroupe H (près de 50%). Cet haplogroupe H était absent au mésolithique en Europe Centrale, mais présent à la même période en Ibérie. Ainsi dans l'analyse en clusters, la culture campaniforme se regroupe avec les cultures néolithiques d'Ibérie (NPO et NBQ), mais aussi avec les populations modernes d'Ibérie. Cela suggère que le campaniforme en Europe Centrale est associé à un flux migratoire en provenance de l'Europe du sud-ouest, ce qui est consistant avec les données archéologiques.

Le début de l'âge du bronze en Mittelelbe-Saale vers 2200 av. JC correspond à l'émergence de la culture d'Unetice qui montre un lien génétique fort avec la culture cordée: importance des haplogroupes I, U2 et T1 (plus de 22%). Ceci indique que le campaniforme a eu un faible impact sur l'âge du bronze en Europe Centrale.

Enfin si on compare la population actuelle d'Europe Centrale avec les populations préhistoriques, on remarque une continuité génétique depuis la fin du néolithique ou le début de l'âge du bronze, jusqu'aux temps modernes.

En conclusion, les analyses génétiques détaillées ont démontré le rôle clef des cultures de la fin du néolithique à l'aube de l'âge des métaux dans la formation de la diversité mitochondriale actuelle de l'Europe Centrale. Les quatre événements génétiques identifiés sont liés aux cultures archéologiques suivantes: rubané, vases à entonnoir, cordé et campaniforme. Ils montrent l'importance des influx génétiques en provenance de différentes régions reliés à ces cultures, et remettent au goût du jour les thèses migrationistes: Pots are people.
2013 Brandt Figure S10