Morten Rasmussen vient de publier un papier concernant le génome d'un squelette de la culture Clovis inhumé dans le Montana: The genome of a Late Pleistocene human from a Clovis burial site in western Montana.

La seule inhumation connue associée à la culture Clovis avec un assemblage mortuaire est le site de Anzick dans le Montana. Une centaine d'outils de pierre et 15 outils en os de la culture Clovis sont associés à la sépulture d'un jeune garçon âgé de 1 à 2 ans. Les restes humains se trouvaient juste en dessous des artéfacts et étaient couverts d'ocre rouge. La datation au radiocarbone a estimé l'âge de cette sépulture entre 12.707 et 12.556 années:
2014 Rasmussen Figure 1

Les tests de l'ADN mitochondrial ont montré que le squelette appartient à l'haplogroupe D4h3a. C'est un lignage spécifique aux Natifs Américains distribué aujourd'hui le long de la côte Pacifique des Amériques du Nord et du Sud. Sa distribution actuelle laissait penser à une route migratoire côtière. Sa découverte dans le Montana sur un squelette vieux de 12.600 ans remet en cause cette hypothèse. L'âge de cet haplogroupe a été estimé à environ 13.000 ans, ce qui correspond bien à l'âge de ce squelette.

Le séquençage de l'ADN nucléaire a été fait avec un taux de couverture de 14,4. Les tests de l'ADN du chromosome Y ont montré que le squelette appartient à l'haplogroupe Q-L54*(xM3) qui est également spécifique des Natifs Américains. L'âge de divergence entre les branches Q-L54*(xM3) et Q-M3 est estimé à environ 16.900 ans, sachant que les séquences modernes ont accumulé en moyenne 48,7 transversions depuis ce nœud de l'arbre phylogénétique, et que le squelette de Anzick en a accumulé 12.

Le génome de Anzick a été comparé à 143 populations non africaines contemporaines, dont 52 populations Natives Américaines. Le squelette de la culture Clovis est ainsi beaucoup plus proche des populations Natives Américaines que des autres:
2014 Rasmussen Figure 2

Les mêmes résultats sont obtenus à partir de l'analyse en Admixture. Le modèle pour K=11 donnent la meilleure précision:
2014 Rasmussen Figure S3

De manière intéressante, l'individu de Anzick montre moins d'affinité génétique avec les populations d'Amériques du Nord et les Yaqui d'Amérique Centrale qu'avec les populations d'Amérique du Sud et du Centre (voir la Figure 2b ci-dessus. Deux scénarios sont possible pour expliquer ces données:

  • la diversification entre Nord Américains et Sud Américains est plus ancienne que la culture Clovis, avec l'individu de Anzick appartenant au lignage Sud Américain.
  • l'individu de Anzick correspond à l'époque de la séparation entre les Nord Américains et les Sud Américains, mais les populations d'Amérique du Nord ont reçu par la suite un flux génétique externe, probablement issu de Sibérie.

Cependant, les auteurs de cette étude n'ont pas trouvé de flux de gène extérieur dans les populations Nord Américaines, ce qui conforte la première hypothèse. Ainsi la structuration des Natifs Américains serait plus ancienne que la culture Clovis.

Les auteurs ont ensuite comparé le génome du squelette de Anzick avec d'une part les populations Natives Américaines et d'autre part le squelette du garçon de Mal'ta en Sibérie du sud. Les résultats ont montré que le flux de gènes en provenance du lignage du garçon de Mal'ta dans la population Amérindienne, était antérieur à la divergence entre les lignages d'Amérique du Nord et du Sud.

Enfin les auteurs ont montré que le squelette de Anzick était un ascendant direct des populations Karitiana au Brésil et Maya:
2014 Rasmussen Figure 4c

En conclusion, on peut affirmer que le garçon de Anzick de la culture Clovis appartenait à une population dont de nombreux Natif Américains actuels sont les descendants. Ainsi les Natifs Américains actuels sont les descendants de la population qui a produit la culture Clovis. Cette dernière n'est donc pas issue d'une migration Solutréenne en provenance d'Europe.