Histoire maternelle de l'Océanie

Ana Duggan vient de publier un papier intéressant intitulé: Maternal History of Oceania from Complete mtDNA Genomes: Contrasting Ancient Diversity with Recent Homogenization Due to the Austronesian Expansion.

L'occupation humaine de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie qui étaient regroupés en une seule terre nommée Sahul a eu lieu il y a environ 44.000 ans. Les hommes se sont alors dispersé aussitôt à travers le détroit de Vitiaz et les îles de l'archipel de Bismarck. Les descendants de cette expansion initiale ont voyagé et se sont installés au moins jusqu'à l'île de Buka au nord de l'archipel Salomon, il y a environ 28.000 ans, puis l'île de Manus dans les îles de l'Amirauté, il y a 12.000 ans. Ils possédaient ainsi suffisamment de compétence marine pour naviguer sur plus de 200 km. Cependant, ils n'ont pas été plus loin. En fait, il semble que la colonisation de la Lointaine-Océanie (Iles Reef, Santa Cruz, Vanuatu, Nouvelle Calédonie, Fiji, et la Polynésie), et probablement la plupart des îles Salomon a été réalisée par les descendants d'une expansion qui a débuté à Taiwan il y a 5000 à 6000 ans, atteignant d'abord la Proche-Océanie il y a 3500 à 3300 ans, puis la Lointaine-Océanie il y a seulement 3100 ans culminant avec la colonisation de l'archipel d'Hawaï, l'île de Pâques et la Nouvelle-Zélande il y a seulement 800 à 1200 ans.

Chacune de ces 2 expansions est associée à des peuples, phénotypes, culture et langage distincts. Ainsi la première expansion est associée à des papous vivant dans une société patriarcale, ayant une peau sombre et parlant un très vieux langage. Au contraire, la seconde migration est associée à un style de poterie, une langue austronésienne descendant d'un langage proto-océanique. Ils vivaient dans une société matriarcale et avaient une peau plus claire que les papous.

Les précédentes études génétiques ont montré que l'expansion austronésienne est associée à la diffusion de l'haplogroupe B (notamment B4a1) de l'ADN mitochondrial, alors que l'expansion papoue est associée à la diffusion des haplogroupes Q, P, M27, M28 et M29.

Dans cette étude, les auteurs ont analysé 1331 séquences complètes mitochondriales appartenant à 34 populations réparties entre l'archipel de Bismarck et la Polynésie:
2014 Duggan Figure 1

Les fréquences relatives en fonction des différents haplogroupes, pour les 34 populations sont décrites dans la figure ci-dessous:
2014 Duggan Figure 2

En général, les fréquences des haplogroupes d'origine Proche-Océanienne (P, Q, M27, M28 et M29) décroissent lorsque l'on s'éloigne de la Nouvelle-Guinée à l'intérieur du Pacifique. Cependant, 2 populations contredisent cette tendance: Nagovisi de Bougainville avec 97% d'haplogroupe B et Santa Cruz avec 85% d'haplogroupes Proche-Océaniens.

L'haplogroupe B est de loin l'haplogroupe dominant dans cette étude avec 76% des séquences. La sous-clade B4a1a1a correspond à elle toute seule à 69% des séquences. L'analyse des haplotypes montre que cet haplogroupe s'est propagé récemment et rapidement dans la région. Ce résultat est également conforté par l'analyse Bayesian Skyline Plot qui estime l'évolution en fonction du temps.

Les plus vieux haplogroupes: Q, P, M27, M28 et M29 sont supposés être autochtones à la Proche-Océanie. Ainsi trois lignages de l'haplogroupe M27 divergent il y a environ 60.000 ans:
2014 Duggan Figure 5

L'haplogroupe M28a est très largement répandu dans tous les groupes de populations sauf en Polynésie. Q1 est également largement répandu et représente 40% des échantillons de Santa Cruz. Enfin un nouveau lignage nommé M* a été découvert dans cette étude à Bougainville, les îles Salomon et Santa Cruz. Il diverge d'environ 60.000 ans des haplogroupes M28 et M29. La dispersion de ce lignage M* remonte à environ 5900 ans, ce qui est plus récent que les autres lignages Proche-Océaniens.

La présence d'haplogroupes différents de B et des haplogroupes Proche-Océaniens comme l'haplogroupe E indique d'autres influences migratoires. Ainsi E1b1 représente 45% de la population Ata. L'haplogroupe E1 se retrouve uniquement à la Nouvelle Bretagne, Bougainville et les îles Salomon. L'haplogroupe E2a se retrouve seulement dans 3 échantillons sur l'île Isabelle dans les îles Salomon. L'haplogroupe E se retrouve également à relativement haute fréquence dans les îles du sud-est de l'Asie et à Taiwan. La dispersion de l'haplogroupe E en Océanie est estimée à environ 14.000 ans, bien avant l'expansion austronésienne.

La haute proportion de lignages Proche-Océaniens sur l'île de Santa-Cruz est connue et non expliquée. Cette île est peuplée depuis 3200 ans probablement à partir de l'archipel de Bismarck. Les habitant parlent une langue austronésienne. La raison de la composition génétique de cette île reste une énigme. On ignore si sa colonisation remonte à l'arrivée de la vague austronésienne ou si elle est plus ancienne.

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