Voici un papier publié par Clémence Hollard à propos de tests d'ADN ancien sur des squelettes de l'Âge du Bronze Moyen dans l'Altaï: Strong genetic admixture in the Altai at the Middle Bronze Age revealed by uniparental and ancestry informative markers.

Les steppes eurasiennes s'étendent de la Moldavie à la Sibérie jusqu'au lac Baïkal, via l'Ukraine, connectant ainsi l'Europe, l'Asie Centrale, la Chine, l'Asie du sud et le Moyen Orient. Elles ont été le témoin de nombreux mouvements de population à différentes périodes. Les preuves archéologiques suggèrent que des populations se sont diffusées de l'ouest vers l'est durant l'âge du cuivre et l'âge du bronze. Plus tard au Moyen Âge, des turcs puis des mongols se sont dispersés de l'est vers l'ouest au même endroit. Ces différents mouvements expliquent pourquoi les populations actuelles de ces régions présentent des caractères génétiques orientaux et occidentaux. Des tests génétiques sur des squelettes anciens peuvent donner des résultats intéressants au sujet du peuplement de ces régions.

Dans sa partie orientale la steppe eurasienne est bordée par les montagnes de l'Altaï longues de 2000 km et culminant entre 3000 et 4000 m. Dans cette étude, les auteurs ont travaillé sur deux nécropoles de la partie mongole de ces montagnes: Tsagaan Asga à la frontière chinoise et Takhilgat Uzuur à la frontière sibérienne:
2014 Hollard Figure 1a

Ces sites sont datés de l'Âge du Bronze Moyen et les tombes sont des Kourganes. Des tests uni-parentaux (ADN mitochondrial et ADN du chromosome Y) ont été réalisés sur les restes humains. Des marqueurs autosomaux ont également été analysés pour déterminer le sexe des individus et leurs éventuelles relations familiales, ainsi que pour déterminer certains traits physiques. En tout 14 squelettes ont été étudiés, 7 dans chacune des nécropoles. Les fouilles archéologiques datent de 2011.

15 marqueurs STRs autosomaux ont été analysés pour déterminer le sexe. 9 individus sont des hommes, 2 sont des femmes et les 3 derniers n'ont pas été déterminés.

La région HVR1 de l'ADN mitochondriale a été testée, ainsi que 13 SNPs de la région codante. Le résultat a été obtenu pour 12 individus. Tous les haplotypes sont différents. Les SNPs de la région codante ont pu être déterminés pour 10 individus sur 12. Les résultats indiquent 6 haplogroupes différents: 4 individus ont des haplogroupes occidentaux: U, T et H, et 6 individus des haplogroupes orientaux: A, C et D.

2014 Hollard Table 1

Les 9 individus masculins ont été testés sur 17 marqueurs STRs du chromosome Y. Puis deux ensembles de SNPs ont été testés: 13 pour caractériser l'haplogroupe R et ses sous-clades (M207, M173, M420, M516, M17, M458, M434, Z280, Z93, M343, P297, M73 et M269), et 14 pour caractériser les principaux haplogroupes asiatiques (M214, M175, M231, Tat, M128, P43, M242, M346, L54, M3, M120, M130, M217 et M174):
2014 Hollard Figure 2

Les résultats ont abouti sur tous les individus et 6 haplotypes différents ont été obtenus. Ils appartiennent à 4 haplogroupes différents: R1a-Z93, Q1a-L54, Q-M242 et C-M130.

24 SNPs autosomaux ont été testés pour prédire la couleur des cheveux et des yeux. 9 individus ont les yeux marrons et seulement un a les yeux bleus. La couleur des cheveux est plus délicate à obtenir car elle implique un plus grand nombre de SNPs. 1 individu a les cheveux blond foncé, 1 a les cheveux châtain, 3 ont les cheveux bruns et 5 ont les cheveux noirs.

5 SNPs autosomaux ont été testés pour déterminer l'ascendance des individus. 3 d'entre eux ont une ascendance mixte avec des composantes européennes et asiatiques. Les autres individus ont, en majorité, une ascendance européenne.

Discussion

Il y a beaucoup plus d'hommes enterrés dans ces kourganes que de femmes. Ceci est probablement dû aux pratiques culturelles et sociales de ces anciennes sociétés. Sur le site de Tsagaan Asga, deux lignages masculins sont partagés chacun par 2 hommes (TA11/TA12 et TA4/TA10). Cela suggère que 2 fois 2 hommes reliés paternellement ont été enterrés dans le même kourgane. Cependant la diversité génétique indique qu'un seul kourgane n'était pas dédié à une seule famille à travers les âges. La très forte diversité mitochondriale renforce ce résultat. De plus un individu de Tsagaan Asga partage l'haplotype d'un individu de Takhilgat Uzuur, tous les deux de l'haplogroupe R1a, suggérant qu'une même famille pouvait être distribuée sur plusieurs sites.

Parmi les haplotypes mitochondriaux occidentaux, 3 ont déjà été observés sur des squelettes de l'Âge du Bronze au Kazakhstan et en Sibérie du sud, indiquant un flux de gène occidental dans cette région qui se superpose au pool génétique oriental. Les données issues du chromosome Y suggère un résultat analogue. L'haplogroupe Q est très fréquent dans le sud de la Sibérie. C'est également cet haplogroupe qui est le plus fréquent parmi les populations Natives Américaines. L'haplogroupe Q représente donc probablement un vieil haplogroupe de cette région présent bien avant l'Âge du Bronze. L'haplogroupe R1a-Z93 a été trouvé également en Sibérie du Sud et dans le Bassin du Tarim. Son origine et sa dispersion reste controversée à cause de sa très large distribution en Eurasie. Cependant, la distribution des haplotypes STRs suggère un lien avec l'Europe Centrale et de l'Est, le Proche-Orient et l'Asie du Sud. L'haplogroupe R1a se divise en deux sous-clades: l'une R1a-Z280 est européenne et l'autre R1a-Z93 est asiatique avec un recouvrement des deux groupes en Asie Centrale. Dans ce contexte l'origine de l'haplogroupe R1a pourrait se situer entre l'Asie du Sud et l'Europe de l'Est (Steppes eurasiennes ou Moyen-Orient). Ainsi la présence de l'haplogroupe R1a en Sibérie du sud à l'Âge du Bronze suggère un mouvement de population de l'ouest vers l'est.

Les traits physiques déterminés montrent que 2 individus avaient les cheveux clairs dont 1 avec les yeux bleus. Cela suggère un phénotype européen. Les autres ont les cheveux et les yeux foncés. Cependant l'étude de l'ascendance montre que la majorité des individus ont une ascendance occidentale. Cependant le nombre de SNPs autosomaux étudiés étaient trop faible pour obtenir un résultat précis.

Un seul individu est plus ancien et date de l'Âge du cuivre appartenant probablement à la culture Afanasievo. Un seul échantillon est trop faible pour conclure sur cette culture archéologique et une prochaine étude sur ce sujet sera nécessaire dans le futur.

En conclusion, on peut dire qu'un pool génétique occidental s'est mêlé à l'Âge du Bronze à un pool génétique oriental déjà présent dans la région, suite à une migration de l'Ouest vers l'Est.