Maanasa Raghavan vient de publier un papier sur la génétique des anciennes populations de l'Arctique Américain intitulé: The genetic prehistory of the New World Arctic.
Les premiers hommes à peupler la zone Arctique du continent américain sont venus du détroit de Béring il y a environ 6000 ans. Les différentes cultures archéologiques qui se sont succédées dans la région se divisent en deux groupes: les Paléo-Eskimos (en bleu ci-dessous) et les Néo-Eskimos (en rouge ci-dessous).

Les premiers Paléo-Eskimos arrivèrent il y a plus de 5000 ans et créèrent les cultures Denbigh, Pre-Dorset, Independence I, et Saqqaq. Ils ont vécu jusque vers 800 av. JC dans des tentes. Ils chassaient le caribou, le bœuf musqué et le phoque. Ils ont été suivis par la culture Dorset entre 800 av. JC et 1300 ap. JC. Les Paléo-Eskimos disparurent soudainement à l'apparition de culture Néo-Eskimos Thule. Cette dernière semble prendre ses origines dans la vieille culture sibérienne de la mer de Béring il y a 2200 ans qui a donné naissance aux cultures de Birnirk et Punuk autour du détroit de Béring avant de se propager rapidement vers l'est à partir de 1300 ap. JC. Ils arrivèrent avec des traineaux de chiens et des bateaux en peaux, et chassaient la baleine. Ils ont ensuite donné naissance aux cultures contemporaines inuit.
Dans cette études les auteurs ont testé 169 échantillons appartenant à des individus de ces anciennes cultures:

154 échantillons ont été testés pour leur ADN mitochondrial et 26 échantillons ont été testés sur l'ensemble de leur génome. De plus plusieurs individus contemporains ont été séquencés à titre de comparaison: 2 Amérindiens de la famille Athapascane, 2 Inuits du Groenland, 1 individu des Îles Aléoutiennes du sud-ouest de l'Alaska, et 2 sibériens Nivkhs.
L'ensemble des Paléo-Eskimos appartiennent à l'haplogroupe mitochondrial D2a. Cet haplogroupe est également trouvé dans les Îles Aléoutiennes et chez les eskimos sibériens.
Les arbres de maximum de vraisemblance construit à partir de l'ADN nucléaire placent les échantillons de la culture Dorset à proximité des échantillons de la culture Saqqaq, mais séparés des individus contemporains amérindiens (Karitiana) ou inuits (Greenlander), mais également de l'individu ancien de la culture Clovis (Anzick 1):

Ainsi l'ADN mitochondrial et l'ADN nucléaire indiquent que tous les Paléo-Eskimos du Canada ou du Groenland forment un continuum génétique à partir d'une population ancestrale unique. Les populations contemporaines les plus proche génétiquement de ces Paléo-Eskimos sont les inuits du Groenland, les habitants des Îles Aléoutiennes et les sibériens de l'extrême est. Les Athapascans se regroupent avec les Karitiana et l'échantillon ancien de la culture Clovis. Ils ne sont pas proches des Paléo-Eskimos indiquant ainsi que les migrations amérindiennes et Paléo-Eskimos étaient bien 2 migrations distinctes.
Les Néo-Eskimos Thule du Groenland et du Canada se regroupent avec les Inuits contemporains du Groenland dans les arbres à maximum de vraisemblance:

Cela suggère une continuité génétique sur les 1000 dernières années entre ces populations. Ceci est également confirmé par les résultats des tests d'ADN mitochondrial (haplogroupes A2a, A2b et D3a2a). Ces résultats sont conformes avec les données archéologiques. De plus, 5 individus anciens des 6ème et 7ème siècles de la culture sibérienne Birnirk ont été analysés. Cette culture est de tradition Néo-Eskimo également. Les résultats ont montré que ces individus sont proches génétiquement des Inuits du Groenland. Des individus Sadlermiut du 14ème au 19ème siècles ont également été testés. Ils sont également proche génétiquement des Inuits et des anciens Thule. Enfin pour tester si des Vikings du Groenland se sont mélangés avec des populations locales, des restes humains de cette culture ont également été testés. Leurs haplogroupes mitochondriaux sont purement européens et ne présentent donc aucun mélange génétique.
Les résultats précédents ont montré que les Paléo-Eskimos sont plus proches des Inuits du Groenland que de toute autre population contemporaine, à l'exceptions des habitants des Îles Aléoutiennes eux-mêmes poches des Inuits. Les arbres à maximum de vraisemblance suggèrent des flux génétiques des Paléo-Eskimos vers les Inuits du Groenland par l'intermédiaire des Néo-Eskimos:

En fait les résultats montrent que des flux de gènes ont eu lieu dans les deux sens entre Paléo-Eskimos et Néo-Eskimos. Il est probable que ces flux de gènes ont eu lieu en Sibérie avant l'entrée de ces populations en Amérique du Nord.
La figure ci-dessous résume les différents résultats obtenus dans cette étude:

Le S indique que l'hypothèse est supportée et le R indique que l'hypothèse est rejetée.
La préhistoire génétique du grand Nord américain
mercredi 3 septembre 2014. Lien permanent ADN ancien
