Le bassin du Tarim dans le nord-ouest de la Chine est situé sur l'ancienne route de la soie qui a relié pendant des milliers d'années la Chine à la Méditerranée. La population actuelle du bassin du Tarim est très diversifiée culturellement et biologiquement suite à de nombreux échanges entre l'est et l'ouest de l'Eurasie. Les investigations archéologiques et anthropologiques ont permis de formuler deux théories principales sur les origines de cette population.

La première dénommée hypothèse des Steppes soutient que la région du Tarim a subi au moins deux influx de populations à partir des Steppes Russo-Kazakhes. Les premiers habitants ont pu être des pasteurs nomades de la culture d'Afanasievo entre 3300 et 2000 av. JC. eux mêmes issus de la culture Yamnaya des Steppes Pontiques. Il y a en effet de nombreuses similarités archéologiques entre la culture d'Afanasievo et l'Âge du Bronze Ancien du bassin du Tarim. Ces premiers habitants ont été suivis par des populations issues de la culture d'Andronovo entre 2100 et 900 av. JC. Cette dernière est également issue de la culture Yamnaya. Cela se traduit dans le bassin du Tarim par l'apparition de nouveaux objets et vêtements et de nouveaux rituels funéraires autour de 1200 av. JC.
La seconde théorie, appelée hypothèse des Oasis Bactrianes, propose également deux vagues d'immigrants. Les premiers habitants du bassin du Tarim auraient été des fermiers issus du complexe archéologique Bactro-Margien connu également comme la civilisation de l'Oxus entre 2200 et 1500 av. JC. Ils auraient été suivis par les nomades de la culture d'Andronovo.
Ces deux modèles peuvent être testés à l'aide de tests génétiques. Chunxiang Li avait précédemment publié en 2010 un premier papier intitulé: Evidence that a West-East admixed population lived in the Tarim Basin as early as the early Bronze Age. En l'an 2000 un important cimetière a été redécouvert sur le site de Xiaohe situé dans le désert de Taklamakan au nord-ouest de la Chine. Il comprend un total de 167 tombes comportant des symboles sexuels et des cercueils en forme de bateaux. Ces derniers abritent des momies parfaitement bien conservées avec leurs vêtements. Cette nécropole comprend plusieurs niveaux dont le plus ancien est daté autour de 2000 av. JC. Il s'agit du plus ancien cimetière de la région.
Le papier de 2010 présente les résultats d'ADN mitochondrial et du chromosome Y déterminés à partir de 30 individus parfaitement bien conservés de la couche la plus ancienne.
20 résultats d'ADN mitochondrial ont été obtenus. Ils corrrespondent à 8 haplotypes différents appartenant à 5 haplogroupes distincts. La région HVR1 a été séquencée et quelques SNP de la région codante ont été testés. L'haplogroupe dominant obtenu est C4 que l'on retrouve chez 14 individus. Il apparait sous la forme de 2 haplotypes différents. C'est un haplogroupe typique de l'est de l'Eurasie, notamment de Sibérie. A côté de lui, on trouve deux haplogroupes ouest Eurasiens: H et K chacun trouvé uniquement sur un seul individu. Ensuite 3 individus appartiennent à l'haplogroupe R*. Enfin la dernière séquence appartient à l'haplogroupe M* que l'on retrouve principalement en Inde et dans l'est de l'Asie.

15 individus ont pu être testés sur leur sexe: 7 sont des hommes et 8 sont des femmes. Tous les hommes sont de l'haplogroupe Ouest Eurasien R1a-M198. Ces premiers résultats de 2010 avaient donc démontré que dès 2000 av. JC., les populations Ouest Eurasiennes avaient rencontré les populations Est Eurasiennes, peut-être même avant d'arriver dans le bassin du Tarim.
Chunxiang Li vient de publier un nouveau papier intitulé: Analysis of ancient human mitochondrial DNA from the Xiaohe cemetery: insights into prehistoric population movements in the Tarim Basin, China. Ce nouveau papier décrit les résultats d'ADN mitochondrial obtenus également à partir d'individus du cimetière de Xiaohe daté entre 2000 et 1500 av. JC. Si le papier de 2010 donnait les résultats obtenus sur des individus de la couche la plus ancienne, celui-ci donne des résultats sur toutes les autres couches. Les analyses ont porté sur 28 individus de la quatrième couche, 7 de la troisième couche et 27 individus des deux premières couches (les plus récentes). 36 séquences mitochondriales ont été obtenues. Elles appartiennent à 21 haplotypes différents qui ont pu être affecté à 12 haplogroupes différents.

Les haplogroupes Ouest Eurasiens sont les suivants: H, K, T, U7, U5a et U2e et correspondent à 9 individus. Les haplogroupes Est Eurasiens sont les suivants: B, C4, C5, D et G2a et correspondent à 26 individus. Enfin l'haplogroupe M5 est d'origine Indienne.
Le papier de 2010 avait montré que la population la plus ancienne du cimetière de Xiaohe avait des lignages paternels Européens et des lignages maternels Européens et du centre de la Sibérie consistant avec l'hypothèse des Steppes. Cette nouvelle étude basée sur les autres couches plus récentes du même cimetière montre que les lignages maternels sont plus diversifiés. Les lignages Ouest Eurasiens permettent de faire le lien avec les cultures Yamnaya, Afanasievo et Andronovo. Ils sont éloignés de la civilisation de l'Oxus. Cela conforte donc à nouveau l'hypothèse des Steppes. Cependant des haplogroupes comme M5 et U7 sont communs aujourd'hui en Asie du Sud et de l'Ouest et absent en Europe ou en Sibérie. On peut donc supposer que les populations des Oasis ont contribué génétiquement à la population du bassin du Tarim, après l'arrivée des premiers habitants dans la région.
Analyse génétique des momies du bassin du Tarim
jeudi 9 juillet 2015. Lien permanent ADN ancien
