L'Inde possède une ancienne civilisation associée à de multiples enregistrements oraux, traditionnels et écrits. La plupart de cette connaissance prend ses racines dans le Véda. Il n'y a pas de consensus parmi les historiens sur la date de compilation du Véda et autres textes épiques qui ont suivi. Ces textes donnent un aperçu de la structure des anciennes sociétés et rituels. Ils nomment ainsi des castes et des groupes tribaux dont certains survivent toujours comme les Bhil, les Kol et les Gond. Ces derniers apparaissent fréquemment dans le texte épique du Ramayana. Les Gond et les Bhil sont les tribus actuelles les plus peuplées de l'Inde.
La tribu Bhil est originaire d'Inde Centrale et parle la langue Bhil. Ses représentants sont nombreux aujourd'hui dans les états de Gujarat, Madhya Pradesh, Chhattisgarh, Maharashtra, Rajasthan et Tripura.
La tribu Kol se retrouve principalement dans les districts Mirzapur, Varanasi, Banda et Allahabad de l'état d'Uttar Pradesh. Ils auraient migré d'Inde Centrale il y a 500 ans.
La tribu Gond est localisée aujourd'hui dans les états de Madhya Pradesh, Maharashtra, Chhattisgarh, Uttar Pradesh et Telangana. C'est la tribu d'Inde Centrale la plus nombreuse. Ses représentants parlent la langue Gondi qui appartient à la famille des langues Dravidiennes.
Gyaneshwer Chaubey vient de publier un papier intitulé: Genetic Affinity of the Bhil, Kol and Gond Mentioned in Epic Ramayana. Des centaines de milliers de marqueurs autosomaux ont été analysés sur des individus des principales tribus Indiennes dont les Bhil, Kol et Gond. Ils ont été comparés à d'autres populations Africaines et Eurasiennes. Des mesures de distances génétiques, d'Analyse en Composantes Principales et d'ADMIXTURE ont été réalisées:

Toutes les populations Indiennes sauf celles parlant une langue Tibéto-Birmane sont bien séparées des autres populations et forment un cluster principal comprenant les populations actuelles parlant une langue Indo-Européenne, Dravidienne ou Austro-Asiatique (Munda).
L'Analyse en Composantes Principales situe les populations Indiennes entre les Eurasiens de l'Est et les Eurasiens de l'Ouest. Les Pakistanais sont les plus proche des Eurasiens de l'Ouest et les Munda plus proche des Eurasiens de l'Est.
L'analyse ADMIXTURE montre que les populations Sud Asiatiques sont formées de 2 composantes majoritaires et de 4 composantes minoritaires. La composante ASI (Ancestral South Asia) est en vert foncé. Elle est limitée au sous-continent Indien, mais se retrouve dans toutes les populations de ce sous-continent, dans des proportions diverses. Elle est l'unique composante des populations des îles Andaman, mais aussi de populations parlant une langue Austro-Asiatique comme les Munda du Sud. La composante ANI (Ancestral North Indian) est en vert clair. Elle est partagée avec les populations d'Asie Centrale, du Caucase, du Moyen-Orient et d'Europe. Son origine n'est pas bien définie, cependant des études précédentes ont estimé son âge à plus de 12.500 ans ce qui la fait précédée les expansions Dravidiennes et Indo-Européennes.
Ces résultats suggèrent que toutes les populations Indiennes quel que soit leur caste ou tribu, partagent une ascendance génétique commune fondée sur la composante ASI.
Les 3 tribus Bhil, Kol et Gond partagent la même ascendance génétique. D'après le Ramayana, ces tribus sont des anciens habitants de l'Inde qui ont survécu depuis l'Âge de Pierre. Les résultats génétiques de cette étude montrent que l'affinité génétique de ces 3 tribus est similaire à celle des autres populations Indiennes. Ils montrent donc qu'il n'y a pas eu d'influx génétique récent lié à une migration importante (à la fin du Néolithique ou au début de l'Âge du Bronze).
Affinité génétique des 3 tribus Indiennes: Bhil, Kol et Gond mentionnées dans le récit épique du Ramayana
mercredi 15 juillet 2015. Lien permanent Génétique des populations

8 réactions
1 De liganol - 16/07/2015, 23:17
Bonjour Mr Sécher, si j'ai bien compris, cette étude est-elle en train de dire que la composante ANI des ces tribus indiennes date de 12500 ans ? Cette date n'est-elle pas un peu exagérée et trop haute ? Merci d'avance pour votre réponse.
2 De Bernard - 17/07/2015, 12:36
Ce n'est pas cette étude qui a déterminé l'âge de la composante ANI. Mais elle fait référence à une étude de Metspalu: Shared and Unique Components of Human Population Structure and Genome-Wide Signals of Positive Selection in South Asia. Cette étude de 2011 avait alors estimé l'âge de la composante ANI à environ 500 générations. Je n'ai pas de raison de mettre en doute cette estimation. Pourquoi pensez-vous qu'elle est surestimée ?
3 De liganol - 18/07/2015, 00:20
Parce que je croyais que la composante ANI des Indiens était issue des Indo-Aryens, hors il me semble qu'il y a 12500 ans ces derniers n'existaient pas encore, non ?
4 De Bernard - 19/07/2015, 19:04
C'est une possibilté, mais cela reste à prouver notamment par des tests d'ADN ancien. Metspalu, dans son papier de 2011, le réfutait justement à cause de son estimation de l'âge de la composante ANI.
5 De liganol - 20/07/2015, 08:40
C'est un vrai casse-tête le problème ANI, et maintenant la génétique vient encore plus compliquer les choses, car que l'on veuille ou pas, les ANI parlent bien des langues indo-européennes, et il faut bien que des gens aient apportés ces langues indo-européennes en Inde, à moins que les langues indo-européennes ne soient pas issus de la culture Yamna et qu'ils proviennent plutôt de l'Inde, mais à ce que je sache, archéologiquement on n'a trouvé aucune culture originelle de l'Inde qui se serait répandu dans le reste de l'Europe, ce qui semble être le cas de la culture Yamna, hors si la composante ANI des Indiens date bien de 12500 ans ,alors logiquement cela signifierait que les Indo-Européns viennent de l'Inde,non ? Ah! misère, on n'est pas sortit de l'auberge.
6 De Bernard - 20/07/2015, 11:15
Pour être tout à fait exact, la composante ANI en Inde apparait dans les populations parlant une langue Indo-Européenne, mais aussi Dravidienne. Elle n'apparait pas dans quelques populations parlant une langue Austro-Asiatique. Voir la figure 2b du papier de Metspalu ici: http://secher.bernard.free.fr/DNA/2...
7 De Rainetto - 22/07/2015, 02:08
Bonjours liganol
Ici les auteurs de cette étude ont fait un choix arbitraire parmi les différentes populations théoriques anciennes modélisées à inclure dans les analyses en composantes principales. Faisant une étude centrée sur l'Inde ils ont prit le parti d'utiliser la composante théorique (construite virtuellement) ANI au lieu d'ANE, ce qui n'est pas forcement un bon choix, mais cela peut éventuellement s'expliquer parce que ANE étant une population très ancienne (et réelle), elle est une composante incomplète pour ces études sur des populations récentes.
La composante théorique "ANI" doit donc ici être très fortement rapprochée avec la composante ANE (ancestral north eurasian), sa distribution et sa proportion dans les populations modernes est en effet quasiment la même. Hors la composante ANE qu'ils n'ont pas voulu utiliser n'a rien d'une construction virtuelle contrairement à ANI, puisque fondée sur l'échantillon ancien Malta, datant du paléolithique supérieur en Sibérie, entre autres.
La forte ascendance de ANI que l'on observe dans cette étude en Europe est presque identique à celle de ANE: très forte en Europe du Nord, presque nule chez les Sardes qui sont essentiellement EEF. Or on sait aujourd'hui que la composante ANE est arrivée en Europe essentiellement par le biais de la composante Yamaya (donc les invasions indo-européennes) qui détenait une très forte ascendance ANE, majoritaire dans sa composition génétique, mais aussi avec les EHG (anciens chasseurs-cueilleurs est-européens, très proches de Yamnaya), et dans une moindre mesure les SHG (ancien chasseurs-cueilleurs scandinaves, environs intermédiaires entre WHG et EHG).
Comme ANI, la composante ANE atteint ses sommets actuels dans le Caucase, elle est très élevée en Asie Centrale et le Nord du Moyen-Orient actuel, et le Nord de l'Inde, puis en second lieu l'Europe du Nord.
Beaucoup considèrent que les invasions indo-européennes issues de Yamnaya ne peuvent expliquer à elles seules la totalité des hauts niveau d'ANE des populations actuelles du Caucase et du Nord du Moyen-Orient et de l'Inde, car ces dernières n'ont pas en proportion aussi élevée d'autres composantes issues de Yamnaya. Cela suggère que les ANE se seraient rependus en deux phases au moins: une première phase ancienne (paléolithique) d’expansion d'ANE pur (donc génétiquement très proche de l'échantillon paléolithique Malta) ou non, dans le Caucase, en Europe de l'Est et du Nord (ce qui générera plus tard en Europe les populations EHG, SHG et Yamnaya, qui sont caractérisées par de très fortes parts d'ascendance ANE), et en Inde du Nord. La seconde expansion de cette composante ANE, au moins aussi importante voir plus sur les populations actuelles concernées, serait l'expansion indo-européenne par le biais des populations issues de Yamnaya, rajoutant une grosse couche d'ANE dans ces régions.
Une autres hypothèse veut que après les invasions indo-européennes, une population orientale anciennement riche en composante ANE (en mélange avec d'autres composantes plus orientales aujourd'hui rares en Europe car non présentes chez Yamnaya), cachée quelque part en Asie Centrale, se serait répandue, apportant ce supplément d'ANE (dépourvue des autres composantes de Yamaya) dans le Caucase et le Nord du Moyen-Orient, vers l'age du Bronze.
Cette problématique ANE, particulièrement épineuse avec les donnés actuelles, est aujourd'hui sans doute la plus débattue et passionnée sur les forums anglophones de paléo-génétique !
8 De liganol - 23/07/2015, 06:11
Bonjour Rainetto, je vous remercie pour vos explications qui ont le mérite d'apporter un peu de lumière dans ce sujet qui n'est pas des plus simples; Et j'ai particulièrement trouvé intéressant la théorie voulant que les ANE se soient répandu en deux vagues dans le Nord de l'Inde, donc la 1ère fois au Paléolithique, et la 2ème fois via les Indo-Européens,car après avoir commenté cet article avec Mr Sécher, pour pouvoir comprendre et expliquer les résultats de cette étude concernant les ANI (que vous assimilez avec raison aux ANE, car je trouve vos arguments à ce sujet convainquant), j'avais justement pensé à un scénario se rapprochant de cette théorie: Je m'étais dit qu'il y avait sûrement eu une première vague de ANI qui était venu en Inde du Nord au Paléolithique, et que par la suite une autre vague était arrivée avec les Indo-Européens à l'âge du bronze, car c'était la seule manière que je pouvais expliquer la venue des langues indo-européennes en Inde du Nord.