Continuité génétique en Grande-Bretagne de l'Âge du Fer jusqu'à la venue des Anglo-Saxons

L'étude génétique de la population actuelle de Grande-Bretagne a mis en évidence un gradient est-ouest dans les fréquences des allèles autosomales, du chromosome Y et mitochondriales, qui a été interprété comme un reflet des migrations Anglo-Saxonnes. Cependant il est difficile de séparer les effets de ces dernières, d'autres événements démographiques comme l'arrivée de soldats Germaniques inclus dans l'armée Romaine ou les colonies Vikings.

A son maximum, l'Empire Romain s'étendait de l'Atlantique au Proche-Orient et de la Grande-Bretagne au Sahara. La présence d'étrangers en Grande-Bretagne est attestée par des sources épigraphiques, la culture matérielle et plus récemment des études isotopiques des restes humains.

Rui Martiniano vient de publier un papier intitulé: Genomic signals of migration and continuity in Britain before the Anglo-Saxons. Il a analysé le génome complet de neuf individus dont sept appartenant à un cimetière Romain à York daté entre le 2d et le 4ème siècle ap. JC, un appartenant à une tombe de l'Âge du Fer datée entre 210 av. JC et 40 ap. JC et située à Melton, et un appartenant à une tombe Anglo-Saxonne datée entre 650 et 910 ap. JC, située à Norton:
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La ville de York a été fondée en 71 ap. JC. par les Romains et est devenue la capitale de province Romaine située le plus au nord vers 200 ap. JC. Le cimetière fouillé en 2004 et 2005 a révélé un grand nombre d'individus décapités.

Le sexe de ces individus a été déterminé par la génétique: tous les individus de l'époque Romaine sont des hommes, l'individu de l'Âge du Fer est une femme et l'individu Anglo-Saxon est un homme. Les haplogroupes mitochondriaux et du chromosome Y ont été déterminés. Ils sont tous communs dans la population actuelle:
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Six des sept individus de l'époque Romaine appartiennent à l'haplogroupe du chromosome Y R1b-L11 qui atteint ses plus hautes fréquences en Europe Occidentale. Deux sont de la sous-clade R1b-U106, un est de la sous-clade R1b-U152, un est de la sous-clade R1b-L21. Les deux derniers sont R1b-L11*: leur sous-clade n'a pas été déterminée. Le septième individu (3DRIF−26) est de l'haplogroupe J2-L228 qui a une distribution centrée sur le Moyen-Orient. Enfin l'individu Anglo-Saxon est de l'haplgroupe I1-M253 largement répandu en Europe du Nord notamment en Scandinavie.

Une Analyse en Composantes Principales a été effectuée pour comparer le génome de ces anciens individus avec les populations contemporaines de différentes régions:
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Huit des neuf anciens individus se regroupent proche des populations d'Europe du Nord-Ouest. Par contre un des individus de l'époque Romaine (3DRIF−26) se positionne avec les populations du Moyen-Orient, notamment les Jordaniens, les Palestiniens et les Syriens. Cette distinction pour cet individu apparait également avec l'analyse avec le logiciel NGSadmix:
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Ainsi le modèle à 3 ascendances sépare une ascendance Européenne en orange, une ascendance d'Afrique du Nord en jaune et une ascendance Moyen-Orientale et Ouest Asiatique en bleu. L'ascendance Européenne est majoritaire chez tous les individus anciens sauf un qui possède une ascendance Moyen-Orientale et Ouest Asiatique majoritaire.

Les analyses isotopiques du strontium et de l'oxygène conforte ses résultats:
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En effet l'individu 3DRIF−26 se situe en dehors des valeurs correspondant à la région de York.

Ensuite une Analyse des segments IBS (identical by state) a été effectuée. Tous les anciens individus sont proches des populations actuelles des îles Britanniques, et plus précisément proche des habitants actuels du Pays de Galle, sauf l'individu 3DRIF−26 qui est proche des populations du Moyen-orient:
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Pour effectuer une comparaison plus précise entre les anciens individus et les populations actuelles, les auteurs ont réalisé une nouvelle Analyse en Composantes Principales avec 3075 échantillons de Grande-Bretagne et des Pays-Bas:
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La première composante (suivant l'axe horizontal) est informative puisqu'elle sépare les Irlandais, les Ecossais, les Gallois, les Anglais et les Néerlandais. Ainsi les individus de l'Âge du Fer et de l'époque Romaine se regroupent avec les Gallois, alors que l'individu Anglo-Saxon se retrouve entre les Anglais de l'Est et les Néerlandais.

Les changements génétiques dans le Yorkshire entre les premiers siècles de notre ère et l'époque actuelle sont également illustrés par le groupe sanguin et l'hapogroupe du chromosome Y:
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Dans chacun des exemples ci-dessus, la population ancienne de York est plus proche de la population actuelle de l'ouest des îles Britanniques, et non pas de la population actuelle de l'est de l'Angleterre.

Les auteurs ont également testé les marqueurs relatifs aux traits phénotypiques pour prédire la couleur des yeux et des cheveux. Ainsi les individus de l'époque Romaine ont les cheveux sombres et les yeux marrons sauf un individu (6DRIF-18) qui a les yeux bleus et les cheveux blonds comme l'individu Anglo-Saxon. Le groupe sanguin est O pour tous les individus sauf l'Anglo-Saxon de groupe B ou A. De plus cinq individus sont tolérants au lactose.

Un individu de l'époque Romaine (3DRIF−26) est originaire d'un pays éloigné de la Grande-Bretagne: au Moyen-Orient. Ce résultat conforte la nature cosmopolite de l'Empire Romain suggérée par les sources documentaires et épigraphiques.

La structure génétique de la population actuelle des îles Britanniques montre un contraste entre une zone de plaine située dans le sud et l'est et une zone plus montagneuse située au nord et à l'ouest. Cette structure se calque sur la colonisation Anglo-Saxonne entre le 5ème et le 7ème siècle, indiquant ainsi que les changements culturels et linguistiques de cette époque se sont également traduits par des changements génétiques. Six des sept individus de l'époque Romaine sont clairement des Britanniques d'origine. Ils sont similaires génétiquement avec l'individu de l'Âge du Fer. Pourtant ils sont plus proches des habitants actuels du Pays de Galle, et plus éloignés des habitants actuels du Yorkshire, suggérant ainsi un changement génétique majeur en Angleterre de l'Est durant les 1500 dernières années. Ce changement est probablement survenu à l'époque Anglo-Saxonne comme le montre le génome de l'individu de cette époque.

Enfin dans le cimetiere de York, la majorité des individus sont des hommes de moins de 45 ans, et beaucoup d'entre eux ont été décapités. Ce profil ressemble à la population récemment fouillée dans un cimetière d'Ephèse des 2d et 3ème siècle interprété comme un cimetière de gladiateurs. Cependant cette population de York pourrait correspondre également à un cimetière de soldats de l'armée Romaine.

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