Anciens génomes des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique Supérieur du site Russe de Sunghir

L'opportunité de connaître la dynamique des premières populations d'hommes modernes est rare à cause du manque de restes fossiles et de l'absence de preuve de réelle contemporanéité des différents fossiles retrouvés. Une exception réside cependant dans les quelques sépultures multiples qui peuvent représenter les restes d'un unique groupe social.

Un de ces exemples est le site de Sunghir situé en Russie au Nord-Est de Moscou, qui abrite deux sépultures du Paléolithique Supérieur. La première contient un unique individu mâle adulte, et la seconde contient les restes de deux enfants ainsi qu'un morceau de fémur d'un individu adulte. Le site contient également d'autres restes humains de provenance stratigraphique incertaine appartenant à cinq individus. Les analyses radiocarbones placent l'âge des quatre premiers individus entre 34.600 et 33.600 ans.

Martin Sikora et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Ancient genomes show social and reproductive behavior of early Upper Paleolithic foragers. Ils ont séquencé le génome de 6 individus du site de Sunghir dont cinq seulement ont donné un résultat. Ces cinq individus comprennent les quatre individus des deux sépultures bien datées et un cinquième individu dont la date radiocarbone a donné un âge de seulement 800 ans. Ce dernier individu n'appartient donc pas aux sépultures du Paléolithique Supérieur et a donc été écarté des analyses ultérieures.

Les résultats d'ADN mitochondrial montrent que l'unique individu de la première sépulture est de l'haplogroupe U8c, alors que les trois individus de la seconde sépulture sont de l'haplogroupe U2:
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De plus les résultats de l'ADN du chromosome Y montrent que les quatre individus sont de l'haplogroupe C1a2.

Les auteurs ont ensuite étudié le degré de relation entre les individus de Sunghir. De manière surprenante, ces individus ne sont pas des proches parents, au moins jusqu'au troisième degré, bien que les trois individus de la seconde sépulture aient le même haplogroupe mitochondrial et du chromosome Y. De plus, la taille effective de la population de Sunghir est estimée entre 200 et 500, valeur compatible avec les tailles effectives des populations de chasseurs-cueilleurs actuelles en Afrique.

Les auteurs ont ensuite comparé les individus de Sunghir avec les autres populations Eurasiennes de chasseurs-cueilleurs en utilisant la statistique f3. La figure ci-dessous montre que les individus de Sunghir se regroupent entre eux, mais qu'ils présentent une affinité génétique avec les individus de Kostenki en Russie et de Vêstonice en République Tchèque, ces derniers associés à la culture Gravettienne:
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Sur un modèle de mélange génétique des principaux individus Paléolithiques d'Eurasie, les auteurs ont estimé que la population de Sunghir descend d'un lignage relié à la population de Kostenki, et contribue à la plus forte fraction génétique de la population de Vêstonice. Il s'agit de la lignée Gravettienne:
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A l'aide d'un modèle de coalescence, les auteurs ont montré que les individus de Sunghir ont divergé des ancêtres de la population Européenne il y a environ 38.000 ans, alors que la population de Ust-Ishim de Sibérie vieille de 45.000 ans avait divergé des ancêtres de la population Asiatique il y a environ 48.000 ans. L'introgression Néandertalienne est identique chez les deux populations de Sunghir et de Ust-Ishim et est multiple. La première (2,4 à 2,5%) est datée d'environ 55.000 ans. Une seconde introgression (0,4 à 0,6%) est détectée dans les deux populations de Ust-Ishim et de Sunghir:
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Les résultats de cette étude suggèrent au Paléolithique Supérieur, un réseau de groupes de chasseurs-cueilleurs qui recherchent leur partenaire sexuel dans un autre groupe (exogamie) pour éviter la consanguinité. Ce résultat contraste avec les résultats obtenus précédemment chez les Néandertaliens qui montraient une forte consanguinité. Néanmoins, plus de données génomiques sont nécessaires pour confirmer ces premiers résultats.

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