La compétition fait rage entre les différents laboratoires d'ADN ancien: un nouveau papier sur des génomes anciens dans le Sud-Est Asiatique vient de sortir.

Mark Lipson et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Ancient genomes document multiple waves of migration in Southeast Asian prehistory. Ils ont analysé le génome de squelettes issus de cinq sites archéologiques différents: Man Bac (Néolithique du Viet-Nam), Nui Nap (Âge du Bronze du Viet-Nam), Oakaie 1 (transition Néolithique/Âge du Bronze au Myanmar), Ban Chiang (Âge du Bronze en Thaïlande) et Vat Komnou (Âge du Fer au Cambodge). Ils ont obtenu des résultats pour 13 individus:
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Les auteurs ont comparé ces résultats avec le génome de plusieurs populations contemporaines. Ils ont ainsi réalisé une Analyse en Composantes Principales (PCA). Dans la figure ci-dessous, les Européens sont en bas à droite, les Papous en haut et les Est Asiatiques en bas à gauche. Les anciens individus sont représentés par les points rouges pour les fermiers du Néolithique et des triangles de différentes couleurs pour les individus de l'Âge du Bronze et de l'Âge du Fer:
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Les anciens individus se trouvent proche des Chinois et Viet-Namiens contemporains, avec les fermiers du Néolithique cependant déplacés vers les populations Onge des îles Andaman (croix vertes) et les Papous (croix violettes).

Les auteurs ont ensuite réalisé une seconde PCA avec seulement des populations Est et Sud-Est Asiatiques. Les Chinois sont à droite, les groupes Austro-asiatiques (Mlabri et Htin de Thaïlande, Nicobarese et Cambodgiens, mais pas les Kinh) sont vers la gauche, et les aborigènes de Taïwan (Atayal et Ami) sont en haut:
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Les anciens individus de Man Bac, Ban Chiang et Vat Komnou se regroupent avec les Autro-asiatiques, alors que les anciens individus de Nui Nap se regroupent avec les Viet-Namiens et les Dai au centre de la figure. Enfin les anciens individus de Oakaie se trouvent proche des Birmans et des Sino-tibétains. Les populations actuelles de l'ouest de l'Indonésie (Borneo et Semende) se trouvent entre les Austro-asiatiques et les Taïwanais.

La statistique f3 confirme que les fermiers Néolithiques sont proches génétiquement des populations Austro-asiatiques actuelles, les individus de Nui Nap des populations Austronésiennes et des Dai, les individus de Oakaie des groupes actuels Sino-tibétains.

Les auteurs ont ensuite construit des graphes démographiques. Le résultat indique un événement de mélange génétique impliquant 29% d'ascendance ancienne proche des Onge chez les fermiers du Néolithique, puis encore 6% de cette même ascendance ancienne chez la population actuelle des Nicobarese:
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Les Indonésiens occidentaux (Borneo et Semende) sont issus d'un mélange génétique entre Austro-asiatiques et Austronésiens. Ils ont également un peu d'ascendance ancienne proche des Onge. De plus, de manière intéressantes une population Austro-asiatique d'Inde: les Juang possède 63% d'ascendance ouest Eurasienne et 37% d'ascendance Austro-asiatique.

En conclusion, cette étude suggère que les premiers fermiers Néolithiques du Sud-Est Asiatique parlaient une langue Austro-asiatique et venaient du sud de la Chine. Cependant, ils possédaient également de l'ascendance chasseur-cueilleur locale. Il y a ensuite un changement de population à l'Âge du Bronze au Viet-Nam reflétant un nouveau flux de gènes en provenance du sud de la Chine. D'autre part les individus de la fin du Néolithique et de l'Âge de Bronze de Oakaie n'ont pas la signature génétique Austro-asiatique, mais proche des populations actuelles Sino-tibétaines pointant vers une autre origine en Asie de l'Est.

Mise à jour:

Ce papier a été définitivement publié en juillet 2018 dans la revue Science: Ancient genomes document multiple waves of migration in Southeast Asian prehistory