Le bassin des Carpates est souvent considéré comme la limite occidentale des steppes Eurasiennes et fut ainsi souvent influencé par des mouvements de populations nomades d'origine orientale. Après l'an 568 de notre ère, les Avars se sont installés dans le bassin des Carpates et ont régné dans la région pendant plusieurs siècles. Leur histoire est connue en partie par les écrits Byzantins qui indiquent une origine des Avars en Asie Centrale ou Orientale. Les tombes des élites Avars sont peu nombreuses et regroupées dans la région inter-fleuve entre le Danube et la Tisza. Elles sont caractérisées par des artefacts de prestige comme des épées en or ou en argent, des boucles de ceinture en or, des bijoux en métal précieux.
Veronika Csáky et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Genetic insights into the social organisation of the Avar period elite in the 7th century AD Carpathian Basin. Ils ont analysé l'ADN mitochondrial et du chromosome Y de 26 individus de l'élite Avar dont les tombes sont situées sur 10 sites archéologiques différents dont sept se trouvent dans la zone inter-fleuve entre le Danube et la Tisza, et les trois autres à l'est de la Tisza:

Parmi ces 26 individus il y a 18 hommes et 8 femmes. Les auteurs ont obtenu 25 séquences mitochondriales complètes dont 69,5% des lignages sont d'origine Asiatique: C4a, C4b, D4, D5, F1b, M7c, R2, Y1 et Z1a. Les lignages Européens sont H5, H8, J1b, T1a, U5a et U5b.
Les auteurs ont également obtenu des résultats sur les marqueurs STR du chromosome Y pour 17 hommes. 14 d'entre eux appartiennent à l'haplogroupe N1a-M46 (N-Tat) et se regroupent en seulement trois haplotypes identifiés dans la figure ci-dessous parmi des haplotypes de populations contemporaines appartenant à l'haplogroupe N1a-M46. Les anciens Avars sont en noir et les trois haplotypes sont identifiés par les chiffres 1 et 2 et par la flèche rouge:

De manière intéressante l'haplotype 1 se retrouve aujourd'hui chez des individus de la région de l'Oural, en Europe du Nord (Estonie et Finlande) et à l'ouest de l'Alaska (Yupiks). L'haplotype 2 se retrouve aujourd'hui en Mongolie (Bouriates et Khalkhas), en Russie (Iakoutes) et en Chine (Xinjiang et Mongolie Intérieure). L'haplotype 3 se retrouve chez un seul Avar sans aucune correspondance actuelle. Parmi les anciens individus l'haplogroupe N1a-M46 a été trouvé uniquement dans deux individus de l'Âge du Bronze de Mongolie Intérieure et chez un Iakoute de l'époque médiévale.
Les deux autres anciens Avars appartiennent aux haplogroupes Q1a et Q1b. Leur haplotype n'a aucune correspondance actuelle.
Parmi l'ensemble de ces anciens Avars, deux possèdent le même haplotype mitochondrial F1b et deux autres le même haplotype mitochondrial C4a. Ces quatre individus sont situés dans le même cimetière de Kunszállás. Ces résultats peuvent indiquer une relation maternelle. Deux autres individus partagent également le même haplotype mitochondrial T1a. Dans ce cimetière de Kunszállás, quatre hommes partagent également le même haplotype du chromosome Y.
Ce groupe issu d'une élite Avar est différent génétiquement d'un groupe Avar préalablement étudié en Hongrie du sud-est car ce dernier était composé principalement de lignées maternelles est Européennes en accord avec les restes archéologiques situés dans des tombes en catacombes suivant une tradition est Européenne. Ces résultats suggèrent donc une forte hétérogénéité des différents groupes Avars.
Les auteurs ont comparé la distribution mitochondriale du groupe Avar avec celle d'autres anciennes populations Eurasiennes. Ils ont réalisé pour cela une Analyse en Composantes Principales:

Le groupe AVar se situe ainsi plus proche des Iakoutes de l'est de la Sibérie et de deux anciennes populations de Chine. D'autre part une analyse multi-échelles montre que les Avars se situent à proximité d'anciens groupes d'Asie Centrale.
Les auteurs ont ensuite comparés la distribution mitochondriale des Avars avec celle de populations actuelles en effectuant une Analyse en Composantes Principales et une analyse multi-échelles. Ainsi les populations Iakoute et Nganassane sont les populations actuelles les plus proches des Avars, suivies par les Bouriates, les Bargoutes de Mongolie et les Ouïghours du nord-ouest de la Chine.
Les résultats de cette étude suggèrent que la composante Asiatique du groupe Avar est entrée dans le bassin des Carpates pendant la conquête Avar au sixième siècle. Ces premiers migrants étaient quelques familles organisées autour de relations paternelles caractérisées par la faible diversité du chromosome Y. Pendant environ un siècle ces Avars ne se sont probablement pas mélangés génétiquement avec les populations locales. Ensuite le nombre de mariage avec des femmes locales a dû augmenter.
Mise à jour
Ce papier a été définitivement publié en janvier 2020: Genetic insights into the social organisation of the Avar period elite in the 7th century AD Carpathian Basin
