Les premières apparitions du Néolithique en Europe de l'Est au 6ème millénaire av. JC. sont liées à la diffusion des cultures rubanées et Starčevo du bassin du Danube vers la région des Carpates. A la suite de ces cultures, la culture Cucuteni-Trypillia émerge dans une vaste région qui s'étend de l'est de la Roumanie, la Moldavie à l'ouest et le centre de l'Ukraine. Cette culture fleurit pendant plus de deux millénaires entre 5100 et 2800 av. JC. Archéologiquement elle est divisée en trois phases: ancienne, moyenne et tardive. Elle est caractérisée par un mobilier riche typique des sociétés agricoles, un haut niveau d'organisation sociale et une métallurgie avancée, ainsi que par de grands centres urbains qui ont abrité des centaines ou des milliers d'individus pendant sa phase moyenne (entre 4100 et 3600 av. JC.). Cependant ces villes ont été subitement abandonnées. De plus des interactions avec leurs voisins des steppes ont été mis en évidence.

Jusqu'ici, des études génétiques ont été réalisées uniquement sur des individus de la culture Cucuteni-Trypillia enterrés dans la grotte Verteba en Ukraine. Elles ont confirmé l'appartenance de ces individus à la sphère Néolithique. Alexander Immel et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Gene-flow from steppe individuals into Cucuteni-Trypillia associated populations indicates long-standing contacts and gradual admixture. Ils ont séquencé le génome de trois femmes et une jeune fille enterrées dans deux sépultures de Moldavie: Pocrovca V et Gordinești I, datées entre 3500 et 3100 av. JC.:

2019_Immel_Figure1.JPG, nov. 2019

L'haplogroupe mitochondrial de ces individus est: U4, K1, T1 et T2. Il n'y aucune relation de parenté entre ces femmes. La recherche de différents pathogènes comme Yersinia pestis, Mycobacterium tuberculosis et Mycobacterium leprae a été négative. Les auteurs ont réalisé une Analyse en Composantes Principales pour comparer ces génomes à celui d'autres anciens Eurasiens:

2019_Immel_Figure2.JPG, nov. 2019

Trois des quatre individus (symboles pleins rouge) se regroupent avec les Campaniformes d'Allemagne et de Hongrie (losanges et cercle rouge foncé), non loin d'un des quatre individus de la grotte Verteba (symboles pleins bleu), alors que le quatrième se rapproche des individus de la culture rubanée (en jaune).

Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse avec le logiciel ADMIXTURE. La figure ci-dessous montre le résultat pour K=12:

2019_Immel_Figure3.JPG, nov. 2019

La composante violette est maximale chez les chasseurs-cueilleurs d'Europe, la composante vert-bleu est maximale chez les fermiers d'Anatolie et la composante marron est maximale chez les pasteurs des steppes. Ainsi la composante dominante chez les quatre individus de la culture Cucuteni-Trypillia de Moldavie, comme chez les quatre individus de la grotte Verteba, est la composante Anatolienne. De manière intéressante trois des quatre individus ont une proportion importante de la composante des steppes.

Les auteurs ont ensuite utilisé la statistique f3 pour déterminer les anciens individus les plus proches des quatre femmes de la culture Cucuteni-Trypillia de Moldavie. Ainsi trois d'entre elles sont proches des quatre hommes de la grotte Verteba et la quatrième est proche des individus de la culture Starčevo.

Les auteurs ont ensuite utilisé la statistique D et le logiciel qpAdm pour rechercher les sources génétiques à l'origine de ces quatre femmes. Ainsi la source Néolithique est plus proche de la culture rubanée que des fermiers d'Anatolie, et d'autre part la source chasseur-cueilleur de l'ouest est plus importante que la source des steppes. Un des quatre individu du site de Pocrovca V peut ainsi être modélisé comme issu d'un mélange génétique de 41 à 60% de la culture rubanée, 29 à 41% des chasseurs-cueilleurs de l'ouest et 8 à 18% des pasteurs des steppes. Ces résultats génétiques qui montrent la présence d'ascendance des steppes chez les individus de la culture Cucuteni-Trypillia est en accord avec l'archéologie qui montre l'existence de troc entre ces deux communautés. Ainsi leurs relations indiquent une montée progressive de l'influx génétique issu des steppes dans la culture Cucuteni-Trypillia dès le 4ème millénaire av. JC. Ces résultats sont très différents de ce qui se passera au début du 3ème millénaire en Europe Centrale où la culture cordée amènera un changement radical dans le paysage génétique de la région.