La tolérance au lactose qui se traduit par le fait que des adultes digèrent bien le lait, est un des caractères humains qui a subi la plus forte sélection naturelle durant les 10.000 dernières années, dans de nombreuses populations humaines. Il a été démontré que cette tolérance au lactose ne s'est développée en Eurasie dans des proportions appréciables uniquement aux Âges du Bronze et du Fer, longtemps après que les hommes aient commencé à consommer du lait d'animaux domestiques. Cette augmentation rapide a été attribuée à la migration de populations des steppes Pontiques depuis il y a environ 5000 ans.

Joachim Burger et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Low Prevalence of Lactase Persistence in Bronze Age Europe Indicates Ongoing Strong Selection over the Last 3,000 Years. Ils ont séquencé le génome de 21 individus issus du site de Tollense en Allemagne du Nord connu pour avoir été le théâtre d'une bataille armée survenue durant l'âge du bronze sur les bords de la rivière Tollense. Ils se sont notamment intéressés à des traits phénotypiques comme la tolérance au lactose, les maladies non infectieuse et inflammatoires, et à la couleur des yeux de la peau et des cheveux. Parmi les 21 échantillons, 14 ont donné des résultats génétiques intéressants. Il y a deux femmes parmi ces 14 individus. Ainsi la bataille de Tollense a également réuni des femmes bien qu'en faible proportion.

Les auteurs ont comparé le génome de ces individus à celui d'autres individus Européens anciens et modernes par l'intermédiaire d'une Analyse en Composantes Principales:

2020_Burger_Figure1.jpg, sept. 2020

Les individus de Tollense sont localisés avec les autres individus d'Europe Centrale et du Nord, suggérant peu de structure génétique parmi les guerrier de Tollense. Ces résultats sont confirmés par la statistique D et les mesures de distance génétique. L'individu le plus exotique génétiquement est WEZ35. Cependant les auteurs sont conscients du faible nombre d'échantillons de cette étude qui pourrait biaisé ce résultat.

Les auteurs ont ensuite déterminé la fréquence d'allèle dérivée sur la position correspondant à la tolérance au lactose sur plusieurs populations anciennes. Les résultats donnent ainsi une fréquence de 7,1% à Tollense, et 4,6% sur le site de Mokrin situé en Serbie daté entre 4100 et 3700 ans. Ces valeurs sont voisines de celles obtenues sur d'autres populations de l'Âge du Bronze. La plus forte proportion obtenue (29%) est celle de la population de la grotte Lichtenstein en Allemagne un peu plus récente que celle de Tollense. De manière frappante, les plus fortes proportions de tolérance au lactose obtenue (57% et 73%) dans des populations anciennes sont issues de populations beaucoup plus récentes et datées de l'Âge du Fer ou du Moyen-Âge. Ainsi, si la fréquence de tolérance au lactose est non négligeable durant l'Âge du Bronze en Europe, elle est loin d'atteindre les valeurs obtenues à des dates plus récentes. Ainsi la sélection naturelle a continué en Europe à jouer un rôle important sur la tolérance au lactose après l'Âge du Bronze.

Les auteurs ont ensuite recherché l'allèle dérivée sur la position correspondant à la tolérance au lactose sur des individus de l'Enéolithique et de l'Âge du Bronze en Europe de l'est et dans la région des steppes, datés entre le 4ème et le 2d millénaire av. JC. Ils n'ont pas trouvé cette allèle dérivée sur l'ensemble des 37 individus testés, suggérant que la tolérance au lactose était très faible dans ces anciennes populations. La figure ci-dessous résument ces principaux résultats. Les points rouges correspondent aux individus avec l'allèle ancestrale et les points jaunes ceux avec l'allèle dérivée:

2020_Burger_Figure3.jpg, sept. 2020

Ces résultats indiquent que la tolérance au lactose n'est pas due aux migrations en provenance des steppes durant l'Âge du Bronze.