Les hommes modernes sont présents en Asie du nord est depuis au moins 40.000 ans. Les oscillations climatiques entre la fin du Pléistocène et l'Holocène ont du avoir des conséquences importantes sur les populations humaines de cette région comme en Europe. Seuls deux génomes datant d'avant le dernier maximum glaciaire sont connus en Asie du nord est. Le premier est issu d'un individu vieux de 40.000 ans de la grotte de Tianyuan située dans le nord de la Chine, et le second est issu d'un individu vieux de 34.000 ans du site archéologique de Salkhit situé en Mongolie du nord est. Les anciens génomes plus récents de la région remontent au début du Néolithique et sont vieux d'environ 9000 ans (site archéologique de Bianbian).

Xiaowei Mao et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: The deep population history of northern East Asia from the Late Pleistocene to the Holocene. Ils ont séquencé le génome de 25 anciens individus de la région Amour en Asie du nord, datés entre 33.590 et 3420 ans. Parmi ces échantillons on trouve un ancien individu vieux de 33.000 ans, un ancien individu vieux de 19.000 ans, deux anciens individus vieux de 14.000 ans, quatre individus datés entre 13.000 et 10.000 ans, et douze individus datés entre 9400 et 3400 ans:

2021_Mao_Figure1A.jpg, mai 2021

Le plus ancien individu de cette étude est une femme datée de 33.600 ans (AR33K). Les statistiques f3 et D montrent qu'elle est plus proche génétiquement de l'ancien individu de Tianyuan que de tout autre ancien individu de la région. Ces résultats sont également confirmés par le graphe de mélanges génétiques obtenu à l'aide du logiciel qpGraph:

2021_Mao_Figure3A.jpg, mai 2021

Les deux anciens individus Tianyuan et AR33K montrent un excès d'ascendance Dénisovienne par rapport aux autres anciens individus plus récents de la région. Il a été montré que l'ancien individu de Tianyuan présentait plus d'affinité génétique avec l'ancien individu de Belgique vieux de 35.000 ans: GoyetQ116-1 et avec les Surui d'Amazonie. Ces résultats ne se retrouvent pas chez AR33K malgré leur forte similarité génétique, suggérant ainsi une structure génétique complexe dans la région à cette époque. Il a été montré que l'ancien individu de Salkhit pouvait être modélisé comme issu d'un mélange génétique entre une population proche de l'individu de Tianyuan (75%) et une population proche de l'ancien Sibérien du site de Yana, vieux de 31.600 ans (25%). Comme Tianyuan, Salkhit montre une affinité génétique avec l'ancien individu de Goyet. Cependant AR33K ne possède pas d'ascendance issue de Yana. Ainsi l'ascendance de Tianyuan devait être répandue dans la région avant le dernier maximum glaciaire. Apparemment seuls les individus de cette époque en Mongolie se sont mélangés avec les anciens nord Sibériens proche de Yana.

Sur l'Analyse en Composantes Principales l'ancien individu de la région Amour vieux de 19.000 ans (AR19K) et datés de la fin du dernier maximum glaciaire, est plus proche génétiquement des anciens individus de la région plus récents:

2021_Mao_Figure1B.jpg, mai 2021

Les individus de Tianyuan et AR33K montrent une dérive génétique qui n'est pas partagée par AR19K. Ces résultats suggèrent un remplacement de population dans la région avant la fin du dernier maximum glaciaire. Ce remplacement est confirmé par le génome de l'ancien individu Khaiyrgas-1 de Yakoutie, vieux de 16.900 ans. Une étude précédente a montré qu'au début du Néolithique, les populations d'Asie du nord est sont déjà séparées génétiquement des populations d'Asie du sud est. La statistique D montre que l'ancien individu de cette étude: AR19K est déjà plus proche des populations d'Asie du nord est que des populations d'Asie du sud est. Cette séparation nord/sud est donc déjà présente il y a 19.000 ans.

Dans une étude précédente, le génome de huit individus de la grotte de Devil’s Gate datés de 7600 ans, montrent une continuité génétique dans la région Amour jusqu'à maintenant. Cette étude montre de plus que les anciens individus AR14K, AR13_10K et ARpost9K datés entre 14.000 et 9.000 ans sont également très proches des anciens individus de la grotte de Devil’s Gate. Ainsi ces résultats suggèrent que la continuité génétique jusqu'à maintenant a commencé dans la région Amour dès 14.000 ans.

Des études précédentes ont proposé l'existence d'une population appelée paléo-sibérienne représentée par les individus de Kolyma daté de 10.000 ans et Ust-Kyakhta-3 (UKY) daté de 14.000 ans. Cette population serait issue d'un mélange génétique entre une population Nord Eurasienne et une population Est Asiatique. Elle serait également l'ancienne population la plus proche des anciens Amérindiens. Cependant une modélisation à partir des anciens génomes de AfontovaGora3 et Devil’s Gate échoue pour expliquer la composition génétique de Kolyma et Ust-Kyakhta-3. Par contre les auteurs de cette étude ont montré que Kolyma et Ust-Kyakhta-3 pouvaient être modélisés comme issus d'un mélange génétique entre AR19K ou AR14K et l'ancien individu USR1 de Béringie.

Les auteurs ont ensuite analysé la sélection naturelle sur le gène EDAR V370A associé à l'épaisseur des cheveux, les glandes sudoripares et les incisives en forme de pelle chez les populations Asiatiques. La forme dérivée de ce gène apparait dans la région dès 19.000 ans chez l'individu AR19K, mais il est absent chez Tianyuan et AR33K:

2021_Mao_Figure4B.jpg, mai 2021

Cette mutation est donc apparue avec le remplacement de population autour du dernier maximum glaciaire.