Pendant le second siècle ap. JC. l'empire Romain s'étend de la Mésopotamie jusqu'à la péninsule Ibérique, contrôlant ainsi toute la côte nord Méditerranéenne. Il est bordé au nord par le Danube et le Rhin. Le réseau routier et les voix maritimes ont connecté les populations sur une vaste aire géographique culturellement et génétiquement diverse. Ainsi les étude de paléo-génétique précédentes ont montré que parmi sept Romains de York en Angleterre, un individu avait une forte ascendance du Moyen-Orient, de plus dans la péninsule Ibérique un Romain avait une forte ascendance d'Afrique du nord. L'analyse de 48 squelettes de la période impériale Romaine d'une nécropole de la région de Rome a montré une forte diversité génétique et une forte influence du Proche-Orient.
Une région stratégique de l'empire Romain était la frontière Danubienne qui occupe la place de l'actuelle Serbie. Durant les grandes invasions barbares, les Balkans sont devenus une zone de passage pour des populations comme les Goths, les Huns, les Gépides, les Hérules, les Lombards et les Slaves. Ces derniers ont eu un impact important sur la région caractérisée par l'utilisation aujourd'hui de langues Slaves comme le Serbe, le Croate, le Monténégrin, le Bosniaque, le Slovène, le Macédonien et le Bulgare.
Iñigo Olalde et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Cosmopolitanism at the Roman Danubian Frontier, Slavic Migrations, and the Genomic Formation of Modern Balkan Peoples. Ils ont séquencé le génome de 70 anciens individus issus de trois sites archéologiques de Serbie datés entre l'an 250 et l'an 1000 de notre ère. 52 sont issus du site de Viminacium situé à la confluence du Danube et de la Mlava. Cette ville était la capitale de la province de la Moésie supérieure. Ces squelettes viennent de quatre nécropoles: Pirivoj (n=19), Vise Grobalja (n=10), Rit (n=13) et Pećine (n=10). 18 individus viennent du site de Timacum Minus situé sur la rive gauche de la rivière Beli Timok et sont issus de deux nécropoles: Slog (n=10) et Kuline (n=7). Enfin les deux derniers échantillons sont issus du site archéologique de Mediana situé dans la banlieue de l'ancienne ville de Naissus:

Les datations radiocarbones de 20 échantillons indiquent que ces individus sont datés de la première moitié du premier millénaire après J.C., sauf ceux de la nécropole de Kuline qui sont datés entre l'an 900 et l'an 1000.
Les auteurs ont identifié deux relations familiales: deux jumeaux de la nécropole de Kuline et deux individus reliés au second degré de la nécropole de Pirivoj.
Ils ont réalisé une Analyse en Composantes Principales. Les anciens individus de cette étude s'étendent entre les populations actuelles d'Europe (points gris à gauche) et celles du Proche-Orient (points gris à droite):

Un individu de Viminacium (carré rose en bas à droite) sort de la diversité ouest Eurasienne et se rapproche des populations Africaines. Une caractéristique de la figure ci-dessus réside dans l'existence de deux gradients horizontaux parallèles à la première composante. Le premier est le gradient de l'Âge du Fer des Balkans (carrés bleus). Ce gradient est doublé par le gradient des populations actuelles des Balkans (points gris) qui est légèrement décalé vers le haut et la gauche. Ce résultat suggère que les populations actuelles des Balkans ne sont pas les simples descendants des populations de l'Âge du Fer de la même région.
L'utilisation du logiciel qpAdm a permis d'identifier trois clusters principaux: le gradient de l'Âge du Fer des Balkans (carrés bleus), un cluster Proche-Oriental (carrés rouges) et un cluster nord ou centre Européen (carrés verts).
Viminacium a été fondée au premier siècle ap. JC en tant que fort militaire à la frontière de l'empire et nœud de communication sur le Danube. Entre le premier et le troisième siècle, les individus de cette étude se regroupent en deux clusters principaux présents dans les quatre nécropoles du site de Viminacium: le premier s'inscrit dans le gradient de l'Âge du Fer des Balkans (carrés bleus) et constitue le groupe des individus d'origine locale. Une majorité des hommes de ce groupe a l'haplogroupe du chromosome Y: E-V13. Avant l'arrivée des Romains, les individus de la région étaient principalement incinérés. Ce rite a changé avec l'arrivée des Romains puisque l'inhumation est apparue en parallèle avec l'incinération. Le second cluster est décalé vers les individus du Proche-Orient (carrés rouges) et se rapproche de certains individus de la Rome impériale. Ce résultat suggère que l'immigration d'individus du Proche-Orient était une chose courante dans les villes de l'empire Romain. Certains individus de ce groupe avaient un haut statut social comme le montre leur mobilier archéologique et la présence de cercueil de bois:

Trois individus de cette époque ne se regroupent pas dans ces deux clusters. Deux hommes de Viminacium (triangles oranges à gauche) se regroupent avec une population de l'Âge du Fer d'Europe du nord-ouest. Ils ont l'haplogroupe du chromosome Y: R1b-U106 commun dans les régions germaniques. Le troisième individu (carré rose en bas à droite) est d'origine Est Africaine et se regroupe notamment avec les premiers chrétiens du Nord Soudan datés entre 500 et 800. Son haplogroupe mitochondrial est L2a1j et son haplogroupe du chromosome Y est E1b-V32, tous les deux communs aujourd'hui en Afrique de l'est. Un des éléments de son mobilier funéraire est une lampe à huile décoré d'un aigle symbole de la légion Romaine, suggérant ainsi qu'il était légionnaire.
Durant le troisième siècle, l'empire Romain subit des migrations venues du nord et de l'est qui ont initié son déclin. Les individus des nécropoles de Mediana, Slog et certains individus de Viminacium sont de cette époque. Un individu de Slog (disque rouge à droite dans la figure ci-dessous) est d'origine Proche-Orientale alors que les autres individus se regroupent dans le cluster de l'Âge du Fer des Balkans. Le cluster Proche-Orientale décline, alors qu'un cluster d'origine nord ou centre Européenne (carrés verts) apparaît à cette époque à l'instar de ce qui se passe à Rome. Ces individus peuvent être modélisés comme issus d'un mélange génétique entre une population de l'Âge du Fer des Balkans (38%), une population nord ou centre Européenne (50%) et une population des steppes (12%). Cinq des sept hommes de ce groupe appartiennent aux haplogroupes du chromosome Y: I1 et R1a-Z645:

L'origine des steppes est particulièrement importante chez deux individus de la nécropole de Pećine (carrés oranges) à Viminacium qui peuvent être modélisés comme issus d'un mélange génétique entre une population de l'Âge du Fer des Balkans (43%) et une population Sarmate des steppes (57%). L'empire Romain a eu des contacts prolongés avec des tribus germaines originaire d'Europe du nord entre le Rhin et la Vistule. Ces dernières ont migré vers les steppes Pontiques et le nord de la Mer noire avant d'entrer dans l'empire Romain.
Deux individus de la nécropole de Kuline à Timacum Minus sont datés du 10ème siècle de notre ère longtemps après les premiers sites Slaves des Balkans qui sont datés du 7ème siècle. Deux individus de Kuline sont des vrais jumeaux (losanges jaunes ci-dessous) d'origine du sud-ouest de l'Europe. Les cinq autres individus de cette nécropole (losanges rouges) sont localisés en haut du gradient des populations actuelles des Balkans. Ils sont donc plus proches des populations Slaves que des populations Nord ou Centre Européennes. Leur haplogroupe du chromosome Y est I2-L621 commun dans les populations actuelles Slaves. Leur composition génétique peut être modélisée comme issue d'un mélange génétique entre une population de l'Âge du Fer des Balkans (56%) et une population de l'Âge du Fer d'Europe du nord-est (44%):

Ces résultats indiquent ainsi une forte contribution du nord-est de l'Europe à l'époque médiévale dans les Balkans, associée à l'arrivée des Slaves. Les populations actuelles de la région présentent une composition génétique similaire suggérant une continuité génétique dans les Balkans ces mille dernières années.
En résumé cette étude a montré un fort cosmopolitisme dans l'empire romain dans les Balkans avec une forte influence Proche-Orientale. Au moment du déclin de l'empire Romain, il y a une résurgence de l'ascendance locale et l'arrivée d'une ascendance nord Européenne et d'une ascendance des steppes. Enfin à l'époque médiévale il y a l'arrivée d'une ascendance d'Europe du nord-est associée à l'arrivée des Slaves:

Le cosmopolitisme à la frontière Romaine danubienne
vendredi 3 septembre 2021. Lien permanent ADN ancien

une réaction
1 De hpdp - 07/09/2021, 23:16
l'aigle est un symbole courant dans l'est de la méditerranée, il figurait sur de nombreuses monnaies des Ptolémée et d'autres peuples de la région, les empereurs romains ne se sont pas privé d'en faire figurer aussi sur leurs monnaies, notamment égyptiennes.
les aigles légionnaires sont souvent représentés en position de vol ailes au plus haut, les aigles ptolémaïque posés sur des foudres ailes repliées.