Le Néolithique Moyen dans le bassin parisien entre 4700 et 4300 av. JC. est connu pour l'émergence de structures architecturales funéraires monumentales comme on peut voir à Passy et dédiées à quelques individus privilégiés. Par contraste, le cimetière de Gurgy les Noisats, situé pourtant proche de ces sites, ne comprend aucune structure monumentale, mais abrite un cimetière de plus d'une centaine de sépultures. Il semble dédié à l'ensemble de la population.
Maïté Rivollat et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Extensive pedigrees reveal the social organization of a Neolithic community. Ils ont analysé le génome de 110 des 128 individus de la nécropole de Gurgy les Noisats dans l'Yonne, afin de rechercher d'éventuelles relations familiales entre elles. Ils ont obtenu des résultats pour 94 d'entre eux. Ils ont également réalisé des analyses isotopiques du strontium afin d'étudier le mouvement de cette population:

Les résultats ont permis d'identifier deux familles importantes dans ce cimetière qui sont reliées uniquement à travers la lignée masculine. La famille A la plus importante est reconstituée sur sept générations. Elle comprend 64 individus: 44 hommes et 20 femmes. La seconde comprend 12 individus: cinq hommes et sept femmes. L'haplogroupe du chromosome Y: G2a2b2a1a2-Z38302 est porté par 51 des 57 hommes de ce cimetière. La seule exception à cette règle est portée par la femme GLN325 de la famille A dont son époux, son beau-frère et leurs enfants mâles appartiennent à l'haplogroupe H2m. De manière intéressante les deux familles sont reliées entre elles puisque les deux individus: GLN263 de la famille A et GLN298 de la famille B, sont reliés au troisième ou quatrième degré:

La famille principale est également identifiée dans les analyses archéologiques puisque un fils de l'ancêtre de cette famille et un petits-fils sont enterrés ensemble dans une des plus grandes fosses de ce cimetière. De plus l'ancêtre de cette famille (GLN270B) est situé dans la seule sépulture secondaire sous la forme d'os longs enterrés avec le squelette d'une femme (GLN270A) dont le génome n'a pu être malheureusement obtenu. Cette femme devait être un membre important de cette famille, peut-être l'épouse de l'ancêtre. L'analyse géographique des différents individus à l'intérieur du cimetière montre que les pères et leurs fils sont proches les uns des autres.
A part deux femmes adultes: GLN325 et GLN288, aucune femme adulte n'a de parent biologique enterré sur ce site. Ce résultat suggère une origine étrangère pour ces femmes. De plus seulement six des vingt femmes appartiennent à une des deux familles de cette nécropole. Elles étaient probablement des épouses d'hommes des deux familles, venues de l'extérieur. Ce résultat suggère une organisation patrilocale de cette société et une exogamie féminine. L'analyse isotopique du strontium confirme que la majorité des femmes non reliées sont d'origine étrangère au site de Gurgy. Ce résultat est également confirmé par la diversité mitochondriale de ces individus. Enfin l'absence de longs segments d'homozygotie montre que cette communauté était soucieuse d'éviter des mariages consanguins et donc faisait venir des femmes de l'extérieur.
L'absence de demi-frère ou demi-sœur sur le site suggère de plus l'absence de polygamie dans cette société, et que la prise d'un nouveau conjoint dans la famille du conjoint défunt était rare.
Les deux familles de Gurgy se répartissent également l'espace du cimetière puisque la famille A occupe la majeure partie du cimetière alors que la famille B est localisée dans le coin nord-est. Les mesures de radiocarbone et la relation entre deux membres appartenant chacun à une famille différente suggère une certaine contemporanéité de ces deux familles. L'absence de jeunes enfants dans les premières générations de ces familles et leur présence dans les générations successives suggère de plus qu'un groupe entier formé de plusieurs générations à fondé le site de Gurgy laissant derrière eux les jeunes membres décédés de leur famille. De plus l'absence de nombreux parents dans les dernières générations suggèrent que ceux-ci sont partis de Gurgy pour fondé un autre site ailleurs. L'analyse isotopique du strontium confirme cette analyse par l'origine exogène des membres fondateurs du groupe. Ces résultats suggèrent ainsi que la durée de vie du site a duré seulement entre 3 et 4 générations et non sur l'ensemble des sept générations, soit environ une centaine d'années.
Mise à jour
Vous pouvez écouter l'émission de radio sur france culture carbone 14 du samedi 28 octobre 2023:
Vous pouvez également voir le résumé de l'étude sur youtube:
