Le Néolithique est bien établi dans le sud de l'Italie à la fin du sixième millénaire av. JC. La céramique apparait dans les Pouilles, la Basilicate et la Calabre dès le début. Les habitats apparaissent le long de la côte. A l'inverse la présence humaine à l'intérieur des terres est beaucoup plus rare comme la grotte de Pietra Sant’Angelo située en Calabre à plus de 1000 m d'altitude sur la commune de San Lorenzo Bellizzi. Les fouilles archéologiques ont révélé la présence humaine sur ce site tout le long du Néolithique, avec la présence de céramique bichrome, trichrome et cardiale. En 2017 une sépulture a été découverte à quelques mètres de l'entrée de la cavité. Le squelette (appelé SLB par la suite) a été retrouvé dans une fosse ovale, positionné sur le ventre, orienté est/ouest et très contracté, recouvert de pierres de taille moyenne, et sans mobilier archéologique. Les mesures de radiocarbone ont donné une date comprise entre 5207 et 4853 av. JC. Cette sépulture est atypique pour le Néolithique Moyen dans la région car à cette période les inhumations sont retrouvées essentiellement en zone d'habitat, le corps positionné sur le côté:

Francesco Fontani et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Bioarchaeological and paleogenomic profiling of the unusual Neolithic burial from Grotta di Pietra Sant’Angelo (Calabria, Italy). Ils ont réalisé des études anthropologiques, protéomiques et paléo-génétiques sur les restes humains de cette sépulture. Pour comparer le génome de cet ancien individu avec la population contemporaine de la région, les auteurs ont également séquencé le génome d'une vingtaine d'individus du village de San Lorenzo Bellizzi.
L'examen de la position des os du squelette montre que l'individu a été enterré en pleine terre. Il s'agit d'un homme d'une trentaine d'années, d'environ 1,64 m de haut, avec les dents extrêmement usées liées à une activité non alimentaire. L'analyse des os montre également la présence d'une pathologie appelée ostéochondrite disséquante qui correspond à une nécrose du cartilage articulaire et de l'os sous-chondral (situé sous le cartilage) qui suggère une importante activité physique. L'analyse du tartre dentaire révèle la présence de nombreux restes de plantes comme des granulés d'amidon ou des tissus végétaux qui suggèrent la consommation de féculents et de plantes feuillues.
L'analyse paléo-génomique a confirmé que cet individu était un homme. Son haplogroupe mitochondrial est K1a + 195 et son haplogroupe du chromosome Y est G2a2a1 tous deux typiques d'un individu du Néolithique:

Les auteurs ont ensuite effectué une Analyse en Composantes Principales pour comparer ce génome à celui d'autres anciens individus et de populations actuelles. L'ancien individu de San Lorenzo Bellizzi se localise avec les anciens individus du Néolithique méditerranéen:

Comparé aux populations actuelles cet ancien fermier de Calabre (en bleu foncé dans la figure ci-dessous) se positionne proche des populations du sud de l'Italie (en jaune ci-dessous), bien que décalé vers la population Sarde (en bleu clair). De manière intéressante la population actuelle de San Lorenzo Bellizzi (en violet) se situe proche des autres populations actuelles du sud de l'Italie quoique légèrement décalée vers le bas probablement à cause d'une dérive génétique consécutive à son isolation:

Étude bio-archéologique d'une sépulture Néolithique atypique du sud de l'Italie
samedi 29 juillet 2023. Lien permanent ADN ancien
