Machu Picchu est le site archéologique le plus renommé de l'occident qui attire des millions de visiteurs tous les ans. C'est également une icône pour le Pérou, et un symbole des réalisations historiques des peuples autochtones d'Amérique latine. Il est situé à 2430 m d’altitude et domine la vallée de la rivière Urubamba. Malgré cette célébrité, peu de choses est connu sur la vie de ses habitants, notamment à cause de l'échec des archéologues pour déchiffrer les quipus incas, ces objets qu'utilisait l'administration inca pour le recensement des données statistiques concernant l'économie et la société de l'empire. Cependant les recherches de ces dernières années ont donné des résultats importants liés à l'alimentation et à la santé de la population ancienne du Machu Picchu et un aperçu des activités quotidiennes qui s'y déroulaient. Il y a maintenant un consensus parmi les archéologues et les historiens sur le fait que Machu Picchu faisait partie d'un domaine royal appartenant à la lignée de l'empereur Pachacutec, le souverain crédité d'avoir établi l'empire Inca. L'architecture monumentale au cœur du Machu Picchu est en fait les vestiges d'un palais de campagne situé dans le domaine royal de Pachacutec. L'empereur et sa famille ne résidaient que de façon saisonnière dans les palais construits dans ces domaines de campagne, mais une suite de serviteurs étaient laissée pour entretenir les installations. Le Machu Picchu a peut-être été construit pour célébrer la conquête de la basse vallée de l'Urubamba par Pachacutec. Les membres de la famille royale étaient desservis par des individus connus sous le nom de yanacona qui n'étaient pas ethniquement incas et ont été installés en permanence pour répondre aux besoins quotidiens de l'Inca, de sa momie et de ses invités. Les yanacona étaient considérés comme privilégiés par rapport à la population générale, et cela s'exprimait dans leur proximité avec la royauté et les avantages matériels, tels que les produits de luxe. Les yanacona étaient généralement enterrés dans des cimetières à l'extérieur des murs du palais.

Lucy Salazar et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Insights into the genetic histories and lifeways of Machu Picchu’s occupants. Ils ont séquencé le génome de 34 anciens individus enterrés autour du site du Machu Picchu ainsi que le génome de 36 anciens individus de la vallée de l'Urubamba (Ollantaytambo et Torontoy) et de la région de Cuzco (San Sebastian, Sacsahuaman, Kusicancha, Casa Concha, Qotakalli et Kanamarka):

2023_Salazar_Figure1.jpg, août 2023

Les auteurs ont réalisé une Analyse en Composantes Principales pour comparer ces anciens individus avec d'autres anciens individus dont le génome a été auparavant publié et avec des populations contemporaines. Les résultats montrent que les anciens individus du Machu Picchu se superposent avec toutes les populations anciennes des Andes, mais aussi des côtes nord et sud du Pérou. De plus six individus (en haut de la figure ci-dessous) se regroupent avec les populations d'Amazonie du centre et du nord-ouest:

2023_Salazar_Figure2.jpg, août 2023

Ces résultats sont confirmés par la statistique f3 et montrent toute la diversité de la population du Machu Picchu. Seuls six individus ont le profil génétique des anciens habitants de la vallée de l'Urubamba. Les auteurs ont ensuite utilisé les logiciels qpWave et qpADM pour modéliser les profils génétiques des anciens individus du Machu Picchu. Les résultats obtenus montrent toute la diversité de cette population:

2023_Salazar_Figure4.jpg, août 2023

L'analyse ostéologique des restes des anciens individus du Machu Picchu montrent qu'ils avaient une vie relativement facile sans travaux physiques pénibles comme l'agriculture ou la construction d'infrastructure. Aucun d'eux n'a de trace de blessures provoquées par la guerre. Ils ne présentent pas non plus de signes liés à une croissance difficile liée à des maladies ou à la malnutrition. Quatorze d'entre eux ont dépassé l'âge de 50 ans. Il n'y a pas de corrélation entre le profil génétique des individus et l'emplacement dans un des quatre cimetières du Machu Picchu. La recherche de liens familiaux a conduit à une seule paire reliée au premier degré: probablement une mère et sa fille d'origine Amazonienne. Il est donc probable que les individus arrivés à Machu Picchu sont arrivés individuellement et non pas par groupes entiers de même origine.

A l'inverse la majorité des anciens individus de la vallée de l'Urubamba et de la région de Cuzco (symboles violets sur la PCA ci-dessus) se regroupent entre eux et avec les autres populations des hautes terres Péruviennes du sud ou du bassin du lac Titicaca. Quelques outliers de la région de Cuzco se regroupent néanmoins avec les populations de la côte nord du Pérou. Ainsi l'ancienne population de Cuzco est plus diverse que l'ancienne population rurale Inca, mais bien moins que celle du Machu Picchu.