Les Dénisoviens sont un groupe d'anciens hominidés d'Asie identifié à partir de l'analyse ADN de fossiles issus de la grotte Denisova située en Sibérie. Les fossiles actuels attribués à l'homme de Denisova représentent quelques dents et quelques fragments d'os. Des analyses protéomiques précédentes ont également permis d'identifier une partie de mandibule et une côte de la grotte Baishiya située au Tibet, une mandibule issue du canal Penghu à Taïwan et une molaire issue de la grotte Cobra au Laos comme appartenant à des Dénisoviens. Ainsi, malgré l’identification des Dénisoviens comme une lignée humaine archaïque distincte par rapport aux Néandertaliens et aux humains modernes, nous ne savons toujours pas à quoi ils ressemblaient. Cependant, certains fossiles (Xujiayao, Harbin), avec des crânes presque complets et des caractéristiques morphologiques informatives, ont été suggérés comme de possibles Dénisoviens, compte tenu de leur âge, de leur géographie et de leurs caractéristiques archaïques.

Le fossile de Harbin est un crâne quasiment complet situé dans la province de Heilongjiang en Chine. Sa datation a été estimée supérieure à 146.000 ans à partir de mesures de datation uranium-thorium, alors que la stratigraphie de la couche dans laquelle ce fossile a été retrouvé, suggère une date comprise entre 138.000 et 309.000 ans. Dans un papier précédemment publié, ce fossile a été attribué à une nouvelle espèce: Homo longi, littéralement l'homme dragon, à partir de sa morphologie.

2025_Fu_Figure1A.png, juin 2025

Qiaomei Fu et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: The proteome of the late Middle Pleistocene Harbin individual. Ils ont analysé le protéome à partir des os du rocher du crâne de Harbin.

Les auteurs ont obtenu 95 anciennes protéines appartenant à l'homme de Harbin. Ces résultats montrent une connexion claire avec les Dénisoviens. Ainsi une allèle dérivée chez l'homme de Harbin, a auparavant été détectée chez les individus de la grotte Baishiya au Tibet et du canal Penghu à Taïwan. Les auteurs ont ensuite tracé un arbre phylogénétique afin de comparer le protéome de l'homme de Harbin avec celui de différentes espèces:

2025_Fu_Figure4.png, juin 2025

Les résultats montrent clairement le rattachement de l'homme de Harbin avec les Dénisoviens et son éloignement des hommes de Néandertal (Vindija, Altaï) et des hommes modernes. Ces résultats suggèrent que l'homme de Denisova était largement répandu en Asie au Pléistocène. De plus il permet de savoir à quoi ressemblait morphologiquement l'homme de Denisova.

Les auteurs ont également publié un papier intitulé: Denisovan mitochondrial DNA from dental calculus of the >146,000-year-old Harbin cranium. Ils ont essayé d'analyser le génome de l'homme de Harbin. Malheureusement, ils ont échoué à récupérer de l'ADN autosomal à partir de l'os du rocher ou à partir d'une dent. Ils ont néanmoins réussi à obtenir le génome mitochondrial de l'homme de Harbin à partir du tartre dentaire.

Les résultats montrent que le génome obtenu contient des allèles dérivés spécifiques aux Dénisoviens. Les auteurs ont ainsi reconstitué un arbre phylogénétique afin de comparer le génome mitochondrial obtenu avec celui d'autres Dénisoviens, d'hommes de Néandertal, d'hommes modernes ainsi que de l'homme de Sima de los Huesos. Le résultat obtenu montre que l'homme de Harbin se situe dans la variabilité des Dénisoviens:

2025_Fu2_Figure4.png, juin 2025