Traversée par la Maine peu avant sa confluence avec la Loire, la ville d'Angers est occupée par l'homme depuis au moins le néolithique. À la fin de l’Antiquité, la cité des Andécaves, ancien peuple gaulois, est l’un des derniers territoires qui perdure sous l’Empire romain et reste aujourd’hui une des rares villes à présenter des indices de la présence précoce de populations goths dans la Gaule du Nord aux quatrième et cinquième siècles. Une nécropole datée entre la fin du deuxième siècle et le début du cinquième siècle a été découverte à proximité de la gare Saint Laud à Angers en l'an 2000. Les pratiques funéraires mises en évidence sont variées. Les architectures employées sont essentiellement des cercueils ou coffrages en bois pour les sujets adultes et en plomb, dalles de schiste ou bien un imposant caveau maçonné pour les enfants:

2025_Pruvost_Figure1.png, août 2025

Parmi la centaine de sépultures, onze se distinguent des autres par leur orientation nord/sud et leur mobilier archéologique typique des populations goths de la culture germano-orientale Čjernahov. Elles sont situées plutôt au nord de la nécropole. Quatre femmes portent des fibules ansées à pied losangique aux épaules, associées à un collier de perles et/ou une fusaïole. Deux hommes portent une boucle de ceinture et le troisième un bracelet au poignet droit. Ce mobilier révèle que les défunts portent le costume traditionnel oriental de la même manière que les populations du Bas Danube et du Nord de la Mer Noire au quatrième et début du cinquième siècles. Ce mobilier est traditionnellement associé à la présence de militaires barbares intégrés dans l’armée romaine en tant qu’auxiliaires. Ils étaient accompagnés de leurs familles lors de leur déplacement. À Angers, les nombreuses découvertes témoignent de la présence de militaires romains et de fonctionnaires impériaux dans la cité tout au long de l’Antiquité jusqu’au cinquième siècle.

2025_Pruvost_Figure2.png, août 2025

Plusieurs datations ont été réalisées en 2021 sur des échantillons osseux humains de trois sépultures orientées nord-sud et de quatre sépultures appartenant au reste de la nécropole orientées ouest-est:

2025_Pruvost_Table1.png, août 2025

Mélanie Pruvost et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: L’apport de la paléogénétique à la compréhension des populations de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge. L’exemple de la nécropole de la gare Saint-Laud à Angers. Ils ont mené une étude anthropologique et paléogénétique des squelettes de la nécropole de la gare Saint-Laud afin de préciser l'origine de ces individus. 46 individus ont été sélectionnés pour une étude génétique, dont huit des onze appartenant aux sépultures orientées nord/sud. Des génomes partiels ont été obtenus pour 35 d'entre eux. La détermination du sexe biologique a pu être effectuée pour 36 individus: il y a vingt femmes et seize hommes. Parmi les sépultures orientées nord/sud, il y a quatre femmes et trois hommes.

L'étude des haplogroupes du chromosome Y de ces seize hommes montre que la grande majorité (10) appartiennent à l’haplogroupe R1b-P312 qui arrive en Europe avec la culture Campaniforme. Les trois hommes des sépultures orientées nord/sud appartiennent aux haplogroupes: I1a2 et I2a1b1. Le premier est prédominant chez les populations scandinaves et le second est associé aux pays slaves du sud-est de l'Europe:

2025_Pruvost_Figure4.png, août 2025

En revanche, les haplogroupes mitochondriaux sont très variés:

2025_Pruvost_Figure5.png, août 2025

Aucune relation de parenté du premier au troisième degré n’a été identifiée entre les 35 individus étudiés, bien que les deux individus des sépultures 127 et 136 orientées nord/sud et de même haplogroupe du chromosome Y: I2a1b montrent une proximité génétique très élevée ce qui suggère une parenté éloignée entre ces deux individus.

Les auteurs ont ensuite effectué une Analyse en Composantes Principales afin de comparer ces individus aux populations actuelles d'Europe. Dans la figure ci-dessous les génomes des individus issus des sépultures orientées nord/sud associées à du mobilier germano-oriental sont représentés par des carrés rouges:

2025_Pruvost_Figure6.png, août 2025

Un premier groupe de 19 individus représentés par des carrés gris, appartiennent à la diversité génétique des populations actuelles de France et de Grande-Bretagne. L’individu n°29 se distingue en étant plus proche des populations espagnole et basque. En revanche, les individus restants montrent des affinités avec les populations de l’Est de l’Europe, telles que la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie et la Grèce, au sein duquel se trouve tous les individus associés au mobilier germano-oriental.

Afin d'établir le profil génétique de ces individus, les auteurs ont utilisé le logiciel qpAdm en prenant quatre populations source: antique France (Champagne), antique du sud (sud de la France et Espagne), une population « Italie impériale » qui représente la diversité génétique retrouvée chez les Romains de l’Empire et une population « Sarmates de Russie » qui présente une affinité génétique un peu plus forte que les autres populations avec le groupe des « germains » et illustre une composante orientale d’Europe:

2025_Pruvost_Figure7.png, août 2025

Tous les individus appartenant au groupe local ont un profil génétique représenté par la seule composante antique France bleue. A l'inverse, les individus du groupe germano-oriental sont caractérisés par une combinaison variable de ces différentes composantes génétiques provenant de populations plus anciennes, telles que les Sarmates de Russie ou les Romains de l’Empire. La jeune fille inhumée dans le seul caveau maçonné retrouvé sur le site (sépulture 5 en bas de la figure ci-dessus) peut être modélisée par un métissage entre une composante romaine et une composante locale et présente une lignée maternelle très rare R0a1a, qui n’est présente que chez une dizaine d’individus anciens principalement localisés au Proche-Orient. De plus, cet haplogroupe R0a a une fréquence de près de 40% dans les populations actuelles de la péninsule arabique. La figure ci-dessous représente la répartition de l’haplogroupe R0 des populations anciennes et un cliché de la sépulture 5:

2025_Pruvost_Figure8.png, août 2025

En conclusion, les 35 individus étudiés de la nécropole Saint-Laud à Angers présentent une forte diversité génétique qui a permis d’identifier deux groupes distincts. Le premier est d'origine locale et réprésente probablement l'antique population Andécave. Le second groupe n'est pas homogène et présente des origines diverses.