La diversité génétique européenne a été façonnée par différents événements démographiques clés, dont la dernière transformation majeure était l'afflux de migrants issus de pasteurs de la steppe ponto-caspienne entre 3000 et 2000 av. JC. A l'âge du bronze, divers groupes culturels ont émergé et se sont disséminés sur tout le continent. Notamment, la phase finale de l'âge du bronze est caractérisée par l'apparition de la culture des champs d'urnes, qui s'étend vers l'ouest, de l'Europe centrale au nord-est de la péninsule ibérique, et qui a établi la crémation comme un rituel funéraire nouveau. Les crémations ont continué à être le principal traitement funéraire dans les sociétés de l'âge du fer qui ont suivi, où seuls les nourrissons et certains adultes n'ont pas reçu ce traitement. La crémation et le dépôt ultérieur de restes humains dans des urnes représentent des défis majeurs pour la recherche bio-archéologique. D'un point de vue moléculaire, la crémation réduit considérablement les chances de récupérer du collagène et/ou de l'ADN ancien. Cependant, les progrès récents dans l'analyse des restes incinérés, y compris les approches morphologiques, ostéo-métriques et histologiques, ont considérablement augmenté les informations obtenues à partir de ces matériaux. Il n'existe que quelques sites connus de l'âge du bronze où des crémations et des inhumations ont potentiellement eu lieu simultanément, et le site de Los Castellets II situé dans le nord-est de l'Espagne, près du confluent des rivières Segre et Èbre, présenté ici en est un exemple. Le site s'étend sur deux éperons rocheux, séparés par un profond ravin. Un habitat dont la culture matérielle s'étend du début de l'âge du bronze à la fin de l'âge du fer est situé sur la colline la plus à l'est. Il comprend des objets caractéristiques de la culture locale des champs d'urnes. A proximité, une vaste nécropole de tumulus funéraires nommée Los Castellets I, datée de la transition âge du bronze/âge du fer a été découverte. L'éperon occidental s'appelle Los Castellets II et est en grande partie occupé par une nécropole mixte de tumulus d'inhumation et de crémation qui s'étend de l'âge du bronze final à la fin de l'âge du fer. Les inhumations et les crémations présentent une continuité chronologique et culturelle avec un chevauchement temporel minimal entre 900 et 800 av. JC. À partir de 800 av. JC., la pratique de l'inhumation a pris fin et les crémations sont devenues prédominantes, jusqu'à la fin du début de l'âge du fer, lorsque la nécropole a été abandonnée. Il existe une corrélation entre les pratiques d’enterrement collectif/individuel et d’inhumation/crémation, puisque toutes les crémations semblent concerner des individus uniques, et les quelques exemples d’enterrements collectifs sont des inhumations. Le tumulus 2, la principale structure funéraire analysée ici, consiste en une sépulture collective à inhumation, contenant au moins 30 individus datés entre 1200 et 827 av. JC.
Marina Bretos Ezcurra et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Genomic insights from a final Bronze Age community buried in a collective tumulus in an Urnfield settlement in Northeastern Iberia. Ils ont analysé le génome des individus du site unique de Los Castellets II, où les deux pratiques funéraires d'inhumation et de crémation montrent un continuum chronologique et culturel et pourraient avoir coexisté pendant un certain temps, éclairant les communautés de la culture des champs d'urnes du nord-est de la péninsule Ibérique. À titre de comparaison, les auteurs ont également analysé le génome d'un individu du début de l'âge du fer du nord-est de la péninsule ibérique issu du site archéologique de Cueva de Los Piojos, daté directement entre 760 et 431 av. JC. La figure ci-dessous montre en A la distribution de la culture des champs d'urnes en Europe, en B la position des sites de Los Castellets, de Los Piojos et des autres sites de l'âge du bronze et de l'âge du fer de la péninsule ibérique ayant produit des données génomiques:
Les auteurs ont réalisé une Analyse en Composantes Principales pour comparer les génomes obtenus dans cette étude avec des génomes anciens d'Europe préalablement obtenus. La figure ci-dessous montre que les anciens individus de Los Castellets II (en vert ci-dessous) se situent dans une position qui chevauche partiellement les individus de l'âge du bronze ibériques publiés, mais en dehors de la variation des groupes du sud-est, tels que ceux associés à El Argar (2200-1550 av. JC.) ou ceux de l'âge du bronze du site de Valencia, car ces derniers portent moins d'« ascendance liée à la steppe » que les groupes du Nord. D'autre part l'individu de l'âge du fer de Los Piojos (en bleu ci-dessous) possède plus d'ascendance steppique:

Les modélisations réalisées par les auteurs montrent que les individus du site de Los Castellets II peuvent être modélisés comme issus d'un mélange génétique entre une population de l'âge du bronze du sud-est de la péninsule ibérique (83%) et une population de l'âge du bronze d'Europe centrale (17%):

De manière intéressante, tous les hommes de Los Castellets II appartiennent à l'haplogroupe du chromosome Y: R1b-Z198 (sous branche de R1b-DF27) qui était déjà prépondérant à l'âge du Bronze dans la péninsule ibérique. Ces résultats suggèrent que l'influx d'Europe centrale pourrait être liée à une exogamie féminine déjà identifiée à l'âge du bronze en Europe. De manière intéressante l’individu de l'âge du fer de Los Piojos est modélisé comme issu d'un mélange génétique entre une population de Los Castellets II et une population de l'âge du bronze d'Europe centrale.
L'analyse des relations familiales entre les différents individus du site de Los Castellets II a mis en évidence une paire reliée au premier degré, sept paires reliées au second degré, deux paires reliées au troisième degré, cinq paires reliées au quatrième degré et au moins douze paires reliées au cinquième ou sixième degré. Ainsi au moins les deux tiers des individus du site de Los Castellets II sont reliés entre eux. Ce tumulus était donc dédié à une famille au sens large. Parmi les 24 adultes il y a 11 femmes et 13 hommes. Les auteurs ont remarqué qu'il y avait plus de relations entre les hommes qu'entre les femmes suggérant une communauté patrilinéaire:

Enfin l'analyse des segments d'homozygotie montre qu'un individu de Los Castellets II est issu d'une union entre deux cousins au premier degré et un autre est issu d'une union entre deux cousins au second degré Ces résultats suggèrent une pratique endogame dans cette communauté.
Génomes provenant d'une communauté de la fin de l'âge du bronze enterrée dans un tumulus du nord-est de la péninsule Ibérique
samedi 30 août 2025. Lien permanent ADN ancien

une réaction
1 De Moesan - 02/09/2025, 19:15
Je n'ai guère de commentaire à faire sinon que je vous remercie pour cette communication qui vient compléter d'autres études et qui est vraiment intéressante.
A.D.