Le Gravettien est une ancienne culture paléolithique datant d'avant le dernier maximum glaciaire. Malgré une certaine similarité de la technologie, la culture Gravettienne n'était pas totalement homogène. Ainsi neuf groupes régionaux ont été identifiés archéologiquement. Les génomes Gravettiens aujourd'hui publiés restent rares en République Tchèque, Autriche, Italie, Belgique, France et Espagne. Ils montrent néanmoins l'existence de deux ascendances Gravettiennes en Europe: une occidentale associée au groupe de Fournol et une orientale associée au groupe de Vêstonice. Les cas de mélanges génétiques entre ces deux ascendances sont rares. Néanmoins un cas en Belgique suggère une expansion vers l'ouest du groupe de Vêstonice.
Pere Gelabert et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Genetic admixture between East and West European Gravettian-associated populations in Western Europe before the Last Glacial Maximum. Ils ont analysé le génome de trois squelettes Gravettiens de la grotte Chufín en Cantabrie daté d'environ 27.000 ans, de la grotte Isturitz au Pays Basque français daté d'environ 30.400 ans et de la grotte Ostuni située dans le sud de l'Italie daté d'environ 27.600 ans ainsi qu'un génome humain issu de la couche sédimentaire de la grotte El Mirón également en Cantabrie et datée d'environ 22.000 ans. L'individu d'Ostuni (Ostuni1b) est un fœtus qui accompagne sa mère (Ostuni1a) dans la sépulture. Le génome de cette dernière a été préalablement publié:

Les anciens individus de Chufín et d'Isturitz sont des femmes, alors que le fœtus d'Ostoni est un garçon. Les haplogroupes mitochondriaux de ces individus sont U8 pour celui de Chufín, le même haplogroupe que pour l'ancien individu Dolni Vêstonice 13 en République Tchèque, Goyet Q116-1, un aurignacien de Belgique, BK-1653 un ancien paléolithique de la grotte Bacho Kiro en Bulgarie, et un solutréen de Piage en France. Les anciens individus des grottes Isturitz et Ostuni sont de l'haplogroupe mitochondrial M, un haplogroupe commun en Europe avant le dernier maximum glaciaire, mais très rare après. Les sédiments de la grotte El Mirón ont produit un haplogroupe U: U2'3'4'7'8’9. Le fœtus d'Ostuni est de l'haplogroupe du chromosome Y: C*.
Les auteurs ont pu ensuite montré que le génome d'Isturitz possède 1,9% d'ADN de Néandertal et celui d'Ostuni 1,3%.
Le génome de l'ancien individu de Fournol situé dans le sud-ouest de la France préalablement publié avait suggéré une certaine continuité génétique entre l'Aurignacien et le Gravettien. Cette ascendance s'est ensuite mélangée avec une ascendance épi-gravettienne venue d'Italie pour donner naissance à l'ascendance Magdalénienne originaire du nord de la péninsule Ibérique.
Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse multi-échelles pour comparer les génomes de cette étude avec ceux préalablement publiés des anciens chasseurs-cueilleurs d'Europe. Dans la figure ci-dessous, le groupe Gravettien de Fournol est représenté par des symboles orange, le groupe Gravettien de Vêstonice est représenté par des symboles violet, les épi-gravettiens d'Italie sont représentés par des symboles rouge foncé, les chasseurs-cueilleurs de l'ouest par des symboles rouge, les chasseurs-cueilleurs de l'est par des symboles bleu clair, les Magdaléniens par des symboles bleu foncé:

La figure ci-dessus montre que les génomes de Chufín, d'Isturitz et de la couche sédimentaire d'El Mirón (El Mirón 14) sont proches du groupe Gravettien de Fournol. A l'inverse celui d'Ostuni est proche du groupe Gravettien de Vêstonice.
L'analyse avec la statistique f4 montre que tous les anciens génomes de la péninsule Ibérique possèdent plus d'affinité génétique avec le groupe de Fournol que l'ancien individu d'Isturitz. D'autre part tous les individus du groupe de Vêstonice possède plus d'affinité génétique avec le génome d'Isturitz qu'avec celui de GoyetQ116-1. Ces résultats suggèrent que les individus solutréens de la péninsule Ibérique descendent d'une population reliée à GoyetQ116-1 sans ascendance du groupe de Vêstonice, alors que cette dernière ascendance est présente chez l’ancien individu d'Isturitz. Ces résultats sont confirmés par l'utilisation de la fonction Graph du logiciel ADMIXTOOLS2 qui montre que le génome d'Isturitz possède une majorité d’ascendance de Fournol avec un influx d'ascendance issus des anciens chasseurs-cueilleurs de Sungir en Russie datés entre 33.000 et 31.000 ans. Ces résultats suggèrent un mouvement de populations venus de l'est durant la période Gravettienne. A l'inverse aucun Gravettien de la péninsule Ibérique ne possède d’ascendance issue de l'est suggérant une stabilité génétique dans la zone Franco-Cantabrienne entre 30.000 et 22.000 ans, avec l'exception notable de l'individu d'Isturitz proche de cette zone géographique. La présence d'ascendance gravettienne orientale à Isturitz témoigne d'un flux génétique à longue distance et positionne le site comme un point de contact pour les populations de tout le continent. Compte tenu des assemblages exceptionnels du mobilier archéologique d'Isturitz, parmi les plus riches d'Europe du Sud et présentant d'étroites similitudes avec des objets des régions pyrénéennes et cantabriques datant de différentes périodes culturelles du dernier maximum glaciaire, ces preuves renforcent la théorie archéologique selon laquelle le site fut un carrefour clé d'échanges culturels et biologiques pendant une grande partie du Paléolithique supérieur, situé à l'extrémité occidentale des Pyrénées, au carrefour crucial entre l'Europe continentale et la péninsule Ibérique. Une explication alternative est que le signal lié à Sungir représente une composante ancestrale plus ancienne qui a persisté dans certaines parties de l’Europe et a été diluée par la suite.
Mélange génétique entre les populations associées au Gravettien d'Europe de l'Est et de l'Ouest en Europe
jeudi 2 octobre 2025. Lien permanent ADN ancien

3 réactions
1 De Rogelio - 28/10/2025, 21:45
Bonjour monsieur secher, j aimerais savoir si vous avez déjà fait une étude génétique sur la culture de veraza qui couvre la période entre -3000 et -2000 dans le sud de la France. Et savoir leur lien avec les Balkans et l Iran. Merci a vous
2 De Bernard - 29/10/2025, 08:41
Bonjour Rogelio, des analyses génomiques ont été effectuées sur des individus de la fin du néolithique dans le sud de la France. Voir le lien suivant: http://secher.bernard.free.fr/blog/...
Mais j'ignore si certains de ces individus appartenaient à la culture de Véraza. Cependant ces individus sont conforme génétiquement aux autres fermiers du néolithique de l'ouest de l'Europe. Si des liens existent avec les Balkans et l'Iran ils sont sûrement très anciens.
Bien cordialement
3 De Rogelio - 01/11/2025, 23:59
Merci Bernard, il y a des similitudes d après les paleogeniticiens de cette culture de veraza et des individus étant resté longtemps sur la mer Egée vers -6500 avant BCE. On dirait que le groupe G a créé une branche le long de la Méditerranée et une autre version l Europe de l est et le nord de l Europe. Merci pour votre travail