La Calabre est la région la plus méridionale d'Italie continentale, bordée au sud et à l'est par la mer Ionienne et à l'ouest par la mer Tyrrhénienne. La région a une histoire complexe de migrations anciennes et récentes. Au néolithique, une population d'Anatolie a migré par bateaux en suivant la côte nord méditerranéenne et s'est établie en Italie du Sud autour de 6000 av. JC. Bien plus tard, la colonisation grecque du 8ème siècle av. JC. a apporté beaucoup de changements culturels et démographiques à l'Italie du sud. Entre les 6ème et 11ème siècles de notre ère, les migrations byzantines ont renforcé la culture grecque qui survit aujourd'hui dans certaines communautés. Plus tard au 15ème siècle, des réfugiés albanais, fuyant l'expansion Ottomane, se sont établis en Calabre pour former une minorité ethnolinguistique arberèche.

Francesco Fontani et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Archaeogenetics reconstructs demography and extreme parental consanguinity in a Bronze Age community from Southern Italy. Ils ont analysé le génome des restes humains issus de la Grotta della Monaca située au nord-ouest de la Calabre, et qui a servi de sépultures durant l'Âge du Bronze Moyen. Les datations radiocarbones permettent de montrer que cette grotte a été utilisée entre 1780 et 1380 av. JC. Une étude anthropologique a montré que le nombre minimum d'individus enterrés dans cette grotte est de 24. Cette population est particulière puisque 62,5% de ces individus ont moins de 12 ans:

2025_Fontani_Figure1.png, déc. 2025

Les auteurs ont obtenus un génome de bonne qualité pour 14 individus. En effet neuf génomes se sont révélés de mauvaise qualité. Ils ont été cependant utilisés pour déterminer le sexe et des relations familiales. Les auteurs ont ainsi identifiés dix femmes et huit hommes. Ces individus appartiennent à 12 haplotypes mitochondriaux différents. Seuls les hommes GMO022 et GMO015 partagent le même haplotype mitochondrial: H1e. Les hommes appartiennent aux haplogroupes du chromosome Y: G2a-PF3330, I2a-S2599, H2a-Z18988, R1b-V88, R1b-M269 et H2-SK1189. Les hommes GMO007 et GMO022 partagent le même haplogroupe H2a. Les échantillons GMO006, GMO021 et GMO023 appartiennent au même individu.

Les auteurs ont ensuite recherché d'éventuelles relations familiales entre ces individus. Ils ont ainsi déterminé deux paires reliées au premier degré: GMO007-GMO022 et GMO018-GMO019. Considérant leur âge au décès et leurs différents haplogroupes mitochondriaux, les auteurs ont déduit que GMO022 est le père de GMO007. Les deux femmes GMO018 et GMO019 sont mère et fille. En plus de ces deux paires, les auteurs ont identifié la paire: GMO005-GMO006 reliée au quatrième degré.

Les auteurs ont ensuite étudié les segments d'homozygotie. GMO006 et GMO009 possèdent ainsi plusieurs segment plus long que 4 cM pour un total de 26 cM et 18 cM respectivement. Ces résultats suggèrent que ces individus ont des parents reliés entre la 6ème et la 10ème génération. Sinon les autres résultats suggèrent que la population de la Grotta della Monaca fait partie d'un réseau de reproduction d'environ 5000 individus. Ces résultats sont similaires aux résultats obtenus dans la péninsule Ibérique ou en Croatie durant l'âge du bronze, mais suggèrent néanmoins une population inférieure à celle d'Europe centrale ou au Levant à la même époque. Cependant parmi les individus de la Grotta della Monaca, un individu se signale par un très grand nombre de segments d'homozygotie plus longs que 20 cM pour un total de 800 cM. Son plus long segment mesure 142 cM. Ces résultats démontrent que cet individu est l'enfant d'une union incestueuse au premier degré. Nous savons que le père de GMO007 est GMO022. La mère n'a pas été identifiée, mais les résultats indiquent que la mère de GMO007 était une fille de GMO022:

2025_Fontani_Figure2f.png, déc. 2025

Les auteurs ont ensuite effectué une Analyse en Composantes Principales pour comparer ces génomes avec ceux d'autres individus anciens ou contemporains. Dans la figure ci-dessous les anciens individus de la Grotta della Monaca sont représentés par des symboles rouge. La plupart se regroupent ensemble entre les anciens individus de l'âge du bronze d'Europe Centrale (symboles marron), de la péninsule Ibérique (symboles orange) et de Sicile (symboles rose):

2025_Fontani_Figure3a.png, déc. 2025

Cependant les autres anciens individus les plus proches de ceux de la Grotta della Monaca sont des individus de l'Âge du Bronze Ancien d'Italie continentale (symboles bleu et vert) ou de Sicile, suggérant une forte continuité génétique dans la région durant l'âge du Bronze. Cependant deux individus GMO004 et GMO010 sont légèrement décalés vers les anciens individus d’Europe Centrale, alors que deux autres: GMO005 et GMO012 sont décalés vers les anciens individus de Sicile.

Les auteurs ont ensuite utilisé le logiciel qpAdm pour modéliser le génomes de la population de la Grotta della Monaca en fonction de plusieurs source. Ils ont ainsi montré qu'elle est issue d'un mélange génétique entre les chasseurs-cueilleurs de l'ouest (9,3%), les fermiers des Balkans (75,3%) et les pasteurs des steppes (15,4%). Ils ont également modélisé de la même façon d'autres populations de l'âge du bronze d'Italie:

2025_Fontani_Figure4.png, déc. 2025

Les auteurs n'ont pas trouvé d'ascendance Iranienne, Nord africaine ou Punique dans la population de la Grotta della Monaca.

Pour finir, les auteurs ont exploré les phénotypes de ces anciens individus de Calabre. Six sur neuf ont des yeux bleus. Cinq ont les cheveux bruns et six les cheveux roux. Ils ont la peau plutôt foncée à l'exception de quatre individus. Ils sont tous intolérants au lactose.