La population de Scandinavie a changé radicalement durant les trois siècles de l'ère Viking entre 750 et 1050. La transformation maritime de ce peuple a modifié la politique, la culture et la démographie de l'Europe pendant cette période. Les Vikings ont établi des systèmes commerciaux et de colonisation qui s'étirent entre la côte est de l'Amérique du Nord et les steppes Eurasiennes. Ils ont exporté de nouvelles idées, technologies, langues, croyances et pratiques dans ces régions. Ils ont développé graduellement des nouvelles structures socio-politiques, assimilées des influences culturelles et adopté le christianisme.

Actuellement, notre compréhension du monde Viking est basé sur les sources écrites et les preuves archéologiques. Le premier raid documenté est celui de Lindisfarne en 793, une île de la côte est de la Grande-Bretagne. La défaite Viking de Stamford Bridge en Angleterre en 1066 est considérée comme la fin de l'Âge Viking.

Ashot Margaryan et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Population genomics of the Viking world. Ils ont séquencé le génome de 442 anciens individus du monde Viking entre l'Âge du Bronze (2400 av. JC.) et le Moyen-Âge (an 1600) dont 2 individus de l'Âge du Bronze, 10 individus de l'Âge du Fer en Scandinavie, 43 individus du début de l'ère Viking dont 34 d'Estonie, 6 du Danemark et 3 de Suède, 23 Vikings du Groenland, 78 Vikings du Danemark, 1 Viking des îles Féroé, 17 Vikings d'Islande, 4 Vikings d'Irlande, 29 Vikings de Norvège, 8 Vikings de Pologne, 33 Vikings de Russie, 118 Vikings de Suède, 42 Vikings du Royaume Uni, 3 Vikings d'Ukraine, ainsi que 31 individus du Moyen-Âge dont 16 des îles Féroé, 5 d'Italie, 7 de Norvège, 2 de Pologne et 1 d'Ukraine:
2019_Margaryan_Figure1.jpg

Les auteurs ont réalisé une analyse multi-échelles basée sur l'identité par état (IBS). La majorité des anciens individus de cette étude se regroupent avec les Européens de l'Âge du Bronze et ceux de l'Âge du Fer:
2019_Margaryan_Figure2.jpg

Le passage de l'Âge du Bronze à l'Âge du Fer s'accompagne d'une réduction de l'ascendance fermier Néolithique au profit des ascendances chasseur-cueilleur et pasteur des steppes. Les résultats montrent également un flux de gènes venu du sud (Danemark) et de l'est (est de la Suède) durant l'Âge du Fer en Scandinavie. Alors que la plupart des groupes Viking montrent une légère augmentation de l'ascendance Néolithique par rapport à l'Âge du Fer, il y a une variation importante des ascendances génétiques à travers la Scandinavie. Notamment il y a des groupes au sud de la Suède qui montrent une forte augmentation de cette ascendance Néolithique. Les proportions ancestrales en Norvège et au Danemark sont plus homogènes. Enfin il y a un flux de gènes oriental dans certains groupes de l'est et du centre de la Suède, ainsi que dans certains groupes Norvégiens.

Les auteurs ont également réalisé une analyse avec le logiciel ADMIXTURE. Dans la figure ci-dessous, pour K=5, l'ascendance chasseur-cueilleur de l'ouest est en vert, l'ascendance Néolithique en bleu clair, l'ascendance sibérienne en noir, l'ascendance des steppes à une composante majoritaire rouge et une seconde composante bleu foncé:
2019_Margaryan_FigureE2.jpg

L'analyse des segments identiques par descente montre que les Vikings de Scandinavie se regroupent en trois clusters génétiques liés à leur pays d'origine: Danemark (triangles bistre au milieu à droite), Suède (carrés bistre en haut à droite) et Norvège (cercles bistre en haut):
2019_Margaryan_Figure3a.jpg

L'utilisation du logiciel chromoPainter montre de plus que la population Viking de Scandinavie possède quatre ascendance différentes: Danoise, Suédoise, Norvégienne et Britannique. Les auteurs ont appelé cette dernière ascendance "Nord Atlantique". Ils supposent qu'elle reflète des individus d'origine celtique qui ont été apporté de la Grande-Bretagne vers la Scandinavie par les Vikings. De manière intéressante, les ascendances Norvégienne et Suédoise sont plutôt localisées respectivement en Norvège et en Suède alors que les ascendances Danoise et Nord Atlantique sont plus dispersées dans toute la Scandinavie. D'autre part deux individus du nord de la Norvège montrent une affinité génétique avec les Samis actuels.

La plupart des groupes Viking montrent une diversité génétique importante. Celle-ci est plus forte au Danemark, sur l'île Suédoise de Gotland et sur le site Suédois de Öland. Ces régions devaient être des centres d'interaction et de commerce à cette époque. Cependant la forte structure génétique détectée en Scandinavie à l'époque Viking montre que le nombre de routes commerciales était limité.

Il est communément admis que les migrations Viking vers l'ouest sont issus de Norvège et du Danemark, alors que les migrations vers l'est sont issus de Suède. Cette étude permet de confirmer ces points suggérés par l'archéologie. Ainsi une ascendance Suédoise est détectée vers l'est, une ascendance Norvégienne est détecté en Islande, au Groenland, en Irlande et sur l'île de Man et une ascendance Danoise en Grande-Bretagne, bien que sur cette île, il est impossible de discerner l'ascendance Viking de l'ascendance Anglo-saxonne des 5ème et 6ème siècles. Cependant, deux sites archéologiques Viking d'Angleterre montrent en plus de l'ascendance Danoise, une ascendance Nord Atlantique et une ascendance Norvégienne suggérant des forces Viking venues de différents endroits en Scandinavie.

L'utilisation du logiciel fineStrcuture montre de plus que des ascendances hors de Scandinavie sont présentes chez les Vikings en accord avec la connaissance des routes commerciales. On a déjà parlé de l'ascendance Nord Atlantique. A part celle-ci, les signaux les plus évidents viennent de sources Finnoise et Baltique et sont détectées en Suède. Il y a également quelques individus du Danemark et du sud de la Suède avec une ascendance sud Européenne.

Le sud-ouest du Groenland a été colonisé par les Vikings entre 980 et 1440. Ils venaient probablement d'Islande. On suppose qu'ils ont également atteint le Labrador en Amérique du Nord à partir du Groenland. L'archéologie montre que les colonies de l'ouest et une partie des colonies de l'est ont été abandonnées après 1200. Les auteurs n'ont pas trouvé d'ascendance Amérindienne dans les génomes des Vikings du Groenland.

L'analyse du génome des Vikings du site de Salme en Estonie montre qu'il y avait quatre frères et un individu relié au troisième degré parmi les squelettes étudiés. De plus les autres génomes ont des profils très similaires. Cela suggère que les raids Viking étaient organisés par une population homogène formée d'individus étroitement reliés familialement.

D'autre part les auteurs ont identifié des paires d'individus étroitement reliés familialement mais issus de sites distants de plusieurs centaines de kilomètres. Ce résultat souligne le degré de mobilité individuelle durant l'ère Viking.

Les auteurs ont ensuite étudié l'effet de la sélection naturelle en comparant notamment les génomes Viking avec d'anciens génomes de périodes antérieures. Ils ont notamment détecté un signal fort de sélection au niveau du gène associé à la tolérance au lactose. On sait que cette tolérance est actuellement très fréquente en Europe du Nord, alors qu'elle est encore faible à l'Âge du Bronze. Or la fréquence de tolérance au lactose durant la période Viking est équivalente à celle d'aujourd'hui:
2019_Margaryan_Figure5b.jpg

Durant l'Âge du Fer, elle est à un niveau intermédiaire de 37,5% suggérant une hausse de la fréquence pendant cette période. De manière intéressante la fréquence dans la région Baltique durant l'Âge du Bronze est plus forte (40%) que celle en Scandinavie durant l'Âge du Fer suggérant un éventuel flux de gène entre ces deux régions à l'origine de la hausse de la tolérance au lactose en Scandinavie.

D'autre part les marqueurs responsables de la couleur des yeux et des cheveux sont à des fréquences équivalentes durant la période Viking et aujourd'hui en Scandinavie, suggérant que cette couleur n'a pas évolué dans cette région depuis cette époque.