Maria Regueiro vient de publier un papier intitulé: On the Origins, Rapid Expansion and Genetic Diversity of Native Americans From Hunting-Gatherers to Agriculturalists basé sur l'étude de l'haplogroupe Q du chromosome Y. Le processus de migration qui a amené l'espèce humaine aux Amériques est divisé en trois phases: la première est une migration dans le nord de la Sibérie datée d'environ 40.000 ans, de la région de l'Altaï vers la Béringie. Ensuite les conditions climatiques ont bloqué l'avance des hommes pendant environ 15.000 ans en Béringie. La dernière phase consiste en l'arrivée aux Amériques depuis la Béringie. Ce mouvement vers le sud a été probablement facilité par le réchauffement climatique il y a environ 12.500 ans. Les progrès de la biologie moléculaire aussi bien que l'amélioration des connaissances de l'archéologie, la linguistique et la paléo-climatologie ont éclairé cette diaspora ces dernières années. Deux fenêtres temporelles ont permis l'accès à la Béringie: entre 40.000 et 20.000 ans et entre 16.000 et 12.500 ans, et il y a encore aujourd'hui un désaccord sur le nombre de migrations et sur l'époque de ces migrations.

L'étude actuelle porte sur plusieurs populations est-asiatiques et natives américaines: 3 régions de la république Touva en Asie Centrale, 2 régions de la zone nord-est de la Sibérie, et des mayas du Yucatán et du Guatemala. Un total de 293 échantillons issus de ces 7 régions a été étudié: 146 de la république Touva, 32 du nord-est de la Sibérie, 72 du Yucatán et 43 du Guatemala. Des résultats issus d'études précédentes ont également été analysés. Le nombre d'échantillons de l'haplogroupe Q est donné dans le tableau ci-dessous:
2013 Regueiro Table 1
Il y ainsi 24 échantillons sur 146 de l'haplogroupe Q dans la république de Touva, 9 sur 32 dans le nord-est de la Sibérie, 56 sur 72 au Yucatán et 39 sur 43 au Guatemala.

8 marqueurs ont été étudiés. Leurs fréquences dans les différentes populations sont données ci-dessous:
2013 Regueiro Figure 1

La répartition géographique de ces différents marqueurs est donnée ci-dessous:
2013 Regueiro Figure 2

L54 est le SNP le plus fréquent dans la république de Touva, alors que M3 domine chez les mayas et dans le nord-est de la Sibérie. MEH2 est présent uniquement dans le nord-est de la Sibérie. L'analyse des différents haplotypes montre que la plus grande diversité se retrouve en Sibérie du nord-est, suivie par les mayas.

L'analyse multidimensionnelle basée sur la distance génétique, permet de différentier nettement les populations d'Asie Centrale qui possèdent la plus faible diversité:
2013 Regueiro Figure 3

Les estimations des temps de coalescence des différents haplogroupes ont été fait avec le taux de mutation évolutionnaire de Zhivotovsky et le taux de mutation généalogique de Goedbloed:
2013 Regueiro Table 2

Le taux de mutation généalogique donne des résultats 3 fois plus jeune que le taux de mutation évolutionnaire. En général le taux généalogique est plus en accord avec les données archéologiques. Cependant certains ont proposé que le taux généalogique s'applique davantage aux données récentes avec une faible diversité, alors que le taux évolutionnaire s'applique davantage avec les données anciennes à plus grande diversité. Les plus anciens temps de coalescence pour tout l'haplogroupe Q, sont situés en Sibérie du nord-est (11.090 +/- 2.790 ans), et en Amérique du nord chez les Purepecha (11.270 +/- 3.740 ans) et Pima (10.870 +/- 5.250 ans). Pour le SNP M3, les plus anciennes dates sont pour les Nahuas d'Amérique du nord (11.450 +/- 2.810 ans). Ainsi la mutation Q-M3 est arrivée peu de temps après l'émergence de Q-L54. Cela supporte l'idée d'une isolation des premières populations américaines créant un scénario démographique qui favorise des épisodes multiples de dérives génétiques issus de goulots d'étranglement et d'effets fondateurs. La faible diversité de l'haplogroupe Q en Asie centrale est probablement le résultat d'effets fondateurs suivis de dérives génétiques provoqués par le style de vie nomade. Il est aussi possible que cela soit du à des événements démographiques récents qui ont modifié le paysage génétique de cette région, ou tout simplement à des effets de sous-échantillonnage.

La prédominance et l'ubiquité du SNP M3 Natif américain est cohérent avec un unique événement migratoire pré-holocène. Les temps de coalescence proches entre L54 et M3 suggère que le peuplement des Amériques a été rapide. Le séquençage complet du paléo-eskimo de la culture Saqqaq, daté de 4000 ans indique d'autre part, une migration récente datée d'environ 5.500 ans entre la Sibérie du nord-est et les Amériques.

La grande diversité à l'intérieur de l'haplogroupe Q-M3 indique un fort accroissement de la population des Amériques du probablement à l’avènement du néolithique entre 2.000 et 1.000 av. JC. La population maya est ainsi maximale à la période classique vers 750 de notre ère.