La diversité mitochondriale autour du détroit de Bering éclaire les migrations préhistoriques entre la Sibérie et l'Amérique du nord arctique

Stanislav Dryomov vient de publier un papier intitulé: Mitochondrial genome diversity at the Bering Strait area highlights prehistoric human migrations from Siberia to northern North America.

Durant le dernier âge glaciaire entre 28.000 et 18.000 ans, l'arctique sibérien était complétement abandonné ou très faiblement peuplé. Le réchauffement climatique entre 17.000 et 15.000 ans a permis à certaines populations d'atteindre l'ouest de l'Alaska, alors que d'autres sont restées bloquées en Béringie. La première colonisation du nouveau monde a été suivie par une période de flux de gènes entre les populations asiatiques et américaines. Ainsi une étude précédente a montré que cette première colonisation de l'Amérique a été suivie par au moins deux mouvements de populations du nord-est de l'Eurasie vers l'Amérique. La première a contribué à l'arrivée de la majorité de l'ascendance Native Américaine. Les mouvements suivants ont affecté principalement les groupes Na-Dene et Eskimo-Aléoutes.

Les haplogroupes mitochondriaux des populations arctique du nord-est de la Sibérie et du nord de l'Amérique sont essentiellement A2a, A2b, D2a et D4b1a2a1. Dans cette étude, les auteurs ont obtenu 52 nouvelles séquences complètes mitochondriales qui se rajoutent à 149 séquences préalablement publiées.
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Sur les 201 séquences obtenues, 8 séquences appartenant aux haplogroupes C5a2, C4b2 et D3 ont été retirées de l'étude pour se focaliser sur les 4 haplogroupes principaux.

108 séquences appartiennent aux 2 haplogroupes A2a et A2b. A2a est divisé en 5 sous-clades:
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Contrairement aux sous-clades A2a1, A2a2 et A2a3 qui sont confinées dans la région arctique, les sous-clades A2a4 et A2a5 intègrent des tribus Na-Dene comme les Apaches ou les Navajo. L'âge de l'haplogroupe A2a est estimé à 3900 ans.

La sous-clade A2b a émergé dans la région du détroit de Bering il y a seulement 2600 ans peu de temps avant la séparation et la diffusion des populations parlant Inupiaq dans le nord de l'Alaska et le Canada arctique.

63 séquences appartiennent à l'haplogroupe D2a: 36 sont issues des îles du Commandeur à l'extrêmité ouest des îles Aléoutiennes, 22 sont issues de la péninsule de Chukotka à l'extrêmité est de la pointe nord-est de la Sibérie, et les 5 dernières viennent du Canada arctique et du Groënland.
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La sous-clade D2a1 est largement diffusée et englobe les Paléo-Eskimo (Saqqaq), datés de 3600 à 4200 ans, les Aléoutes (D2a1a), les Eskimos Sireniki (D2a1b), et la culture de Dorset moyen. La sous-clade D2a2 est associée aux Eskimos Plover et Chaplin, ainsi qu'aux populations Tchouktches de la côte arctique. La présence de la sous-clade D2a2 en Sibérie est intrigante et pourrait être liée au déplacement de population d'une cinquantaine de Yupiks de la baie Plover sur l'île Wrangel en 1926 par le gouvernement soviétique.

L'âge de l'haplogroupe D2a est estimé à environ 4300 ans et l'âge de la sous-clade D2a1a spécifiquement Alléoute est de seulement 1200 ans.

L'haplogroupe D4b1a2 est séparé en 2 sous-clades principales: D4b1a2a1 et D4b1a2a2:
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La distribution géographique de l'haplogroupe D4b1a2 et son âge de 9400 ans environ peut être attribué à certains sibériens différenciés dans le refuge Altai-Sayan, qui se sont ensuite dirigés vers le nord-est de la Sibérie. Ainsi les Toubalars de l'Altaï sont liés génétiquement avec des populations Néo-Eskimos avec un ancêtre commun vieux d'environ 5300 ans.

La phylogéographie de A2 montre que la Béringie centrale est le lieu d'origine de cet haplogroupe qui a émergé il y a environ 15.000 ans. Cette date est en accord avec l'archéologie qui montre un premier peuplement de cette zone il y a 14.500 ans à Swan Point en Alaska. De plus A2 est absent de l'intérieur de la Sibérie.

Les variations de l'haplogroupe D2a dans les îles du Commandeur montrent que 5 séquences ne sont pas d'origine Alléoutienne, mais Native Américaine. Ces résultats sont en accord avec l'histoire qui indique que des femmes Tlingit de New Archangel dans le sud-est de l'Alaska ont été relocalisées en 1840 par la compagnie russe d'Amérique.

La première colonisation de l'arctique nord américain a été fait par les Paléo-Eskimos il y a environ 5000 ans. Cette colonisation a coïncidé avec un réchauffement climatique qui a permis aux hommes de suivre leur gibier: caribous et boeufs musqués. Il y a environ 1000 ans, presque tous les groupes Paléo-Eskimos ont été remplacés par des groupes de la culture de Thulé d'Alaska appelés aussi Néo-Eskimos. Ils étaient les ancêtres directs des Inuits actuels, et chassaient les mammifères marins comme les baleines. Bien que les Néo-Eskimos sont originaires des côtes arctiques, il n'est pas vraiment clair si les Inuits et les Paléo-Eskimos sont génétiquement issus du même peuple ou sont des groupes différents. Sur les 3 tribus Eskimos (Sireniki, Chaplin et Naukan), seuls les Naukan sont génétiquement similaires aux Inuits du Canada et du Groënland, parce qu'ils incluent la sous-clade D4b1a2a1. Cependant, les Néo-Eskimos, Naukan compris, n'incluent pas la sous-clade D2a. Au contraire les Sireniki incluent la sous-clade D2a1b qui est une trace des Paléo-Eskimos. Mais il faut être prudent, car ces résultats sont peut-être liés à un problème de sous-échantillonnage (trop peu de séquences obtenues aujourd'hui).

Les ancêtres directs des Paléo-Eskimos sont issus principalement de la péninsule de Chukotka en Sibérie nord orientale, alors que les Néo-Eskimos sont trouvés principalement dans le nord de l'Alaska, mais ont aussi une ascendance Altaï-Sayan. Cette étude pointe vers une origine commune des Paléo-Eskimos, des Alléoutes et des Tlingit (avec probablement d'autres groupes Na-Dene), dont les ancêtres communs vivaient sur la côte sud de la Béringie au début de l'holocène.

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