L'Amazonie du Nord-Ouest abrite une forte diversité biologique, linguistique et culturelle qui reflète probablement l'hétérogénéité du paysage notamment le réseau complexe des rivières. Cette région s'étend des contreforts des Andes à l'Ouest jusqu'à la région comprise entre les rivières Orinoco et Rio Negro à l'Est, et jusqu'à la confluence entre le Rio Negro et la rivière Amazone au Sud. Elle abrite des groupes ethnolinguistiques appartenant aux familles Sud Américaines comme les langues arawaks, les langues caribes, les langues tupi et les langues quechua. De plus certaines langues locales sont aussi présentes comme les langues tucanoanes, les langues guahibanes, les langues witotoanes, les langues bora, les langues peba-yaguanes, les langues salivanes et les langues maku-puinaves. Elle a de plus été supposée comme la région d'origine des langues arawaks car elle contient la plus grande diversité linguistique de cette famille. De plus elle comprend toutes les langues de la famille tucanoane. Les langues caribes, tupi et quechua sont probablement arrivées récemment dans la région.

En terme de diversité culturelle, il y a des variations dans les pratiques de subsistance et de mariages. Certains groupes sont des chasseurs-cueilleurs, d'autres des agriculteurs. Cette région abrite un important réseau d'échanges et de commerce. Certains groupes parlant une langue tucanoane de l'Est et leurs voisins arawaks dans les bassins du Rio Negro et de la rivière Vaupés, pratiquent un échange marital basé sur l'exogamie linguistique: les deux mariés parlent une langue différente.

Leonardo Arias et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: High Resolution Mitochondrial DNA Analysis Sheds Light On Human Diversity, Cultural Interactions And Population Mobility In Northwestern Amazonia. Ils ont séquencé l'ADN mitochondrial de 439 individus appartenant à 40 groupes ethnolinguistiques d'Amazonie du Nord-Ouest:
2017_Arias_Figure1.jpg

La plupart des échantillons appartiennent aux haplogroupes spécifiques des Amérindiens: A2 (138), B2 (73), C1 (181) et D1 (38). Les neuf derniers échantillons sont des métis. La table suivante donne les fréquences des haplogroupes par groupe ethnolinguistique:
2017_Arias_Table2.jpg

Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse en correspondance basée sur la fréquence des haplogroupes:
2017_Arias_Figure2.jpg

La figure ci-dessus ne montre pas de regroupement par famille linguistique, à l'exception des groupes tucanoanes de l'Est (en vert ci-dessus), bien que les Tanimuka se situent à part. De plus les groupes guahibanes (en bleu clair) se regroupent également entre eux. Certains regroupements semblent liés à la proximité géographique ou à l'appartenance au même réseau de rivières.

La diversité mitochondriale de ces groupes est assez importante en moyenne, notamment les groupes tucanoanes de l'Est sauf les Tanimuka. Les chasseurs-cueilleurs Nukak montrent la plus faible diversité génétique avec seulement quatre haplotypes différents sur 16 échantillons. En moyenne les groupes d'agriculteurs ont une plus grande diversité génétique que les groupes de chasseurs-cueilleurs.

En tout, il y a 216 haplotypes différents sur 412 séquences considérées. Parmi eux, 146 sont uniques et 70 sont partagés entre 266 séquences. 52 haplotypes sont partagés dans la même populations, 31 entre des individus de populations différentes et 13 dans la même population et dans plusieurs populations différentes. La quantité d'haplotypes partagés entre des populations différentes est élevée dans cette étude comparée à d'autres études sur des populations d'autres régions du monde. En effet dans ces autres régions, la majorité des haplotypes partagés, le sont à l'intérieur d'une même population. La figure ci-dessous montre la matrice des haplotypes partagés à l'intérieur et entre les différentes populations d'Amazonie du Nord-Ouest:
2017_Arias_Figure4.jpg

Les Sirianos, les Pastos et les Other ET (autres tucanoanes de l'Est) sont les seuls groupes qui ne partagent pas d'haplotypes à l'intérieur de leur population. Les groupes qui partagent le plus d'haplotypes avec d'autres populations sont les arawaks et les tucanoanes de l'Est. Les arawaks partagent des haplotypes avec des groupes situés géographiquement à proximité, alors que les tucanoanes de l'Est partagent des haplotypes avec d'autres groupes tucanoanes de l'Est.

Le réseau des haplotypes permet de mettre en évidence de nouveaux regroupements en fonction des différents haplogroupes:
2017_Arias_FigureS5.jpg

Les auteurs ont ensuite réalisé des analyses de la variance moléculaire avec le logiciel AMOVA dans lesquelles ils ont testé différentes hypothèses en définissant des groupes à priori basés sur la langue, la proximité géographique et la distribution le long des rivières principales. Les résultats ont montré que la structure génétique est davantage liée à la distribution des groupes ethnolinguistiques le long des rivières principales. Ainsi la langue ne constitue pas une barrière au flux de gènes. Les rivières servent de moyen de communication et de subsistance. Elles forment également une distinction entre les groupes qui vivent près d'elles et dont la subsistance est basée sur l'horticulture et la pêche, et les groupes des forêts qui habitent entre les rivières et dont la subsistance est basée sur la chasse et la cueillette. La rivière a également de l’importance dans les croyances et la cosmogonie de ces peuples.