Lignages paternels chasseurs-cueilleurs dans les tombes mégalithiques d'Europe du Nord

La diffusion du Néolithique en Europe a débuté au 7ème millénaire av. JC à partir d'Anatolie. Elle s'est faite en suivant deux routes distinctes le long du Danube et le long des côtes Méditerranéennes. Vers 4000 av. JC., le Néolithique atteint les îles Britanniques, puis la Scandinavie. Les études d'ADN ancien précédentes ont montré que les populations Européennes du Néolithique Moyen possèdent davantage d'ascendance chasseur-cueilleur que celles du début du Néolithique. Durant cette période, un important mouvement social et démographique caractérisé par la construction de mégalithes s'est développé à partir de 4500 av. JC. en France avant de se propager dans les îles Britanniques et en Scandinavie. Ce mouvement est présent le long de la façade Atlantique de la péninsule Ibérique à la Scandinavie, mais aussi en Méditerranée de l'Espagne, à l'Italie du Nord en passant par le sud de la France, la Corse et la Sardaigne.

Ces mégalithes sont associés aux populations Néolithiques, cependant leur origine reste obscure. La similarité de leur construction de la péninsule Ibérique à la Scandinavie est frappante. Des interactions entre ces différentes régions ont été mises en évidence. Il est cependant difficile de savoir quels membres de la communauté étaient enterrés dans ces tombes: des individus prestigieux, une famille importante.

Federico Sánchez-Quinto et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Megalithic tombs in western and northern Neolithic Europe were linked to a kindred society. Ils ont séquencé le génome de 24 individus appartenant à cinq tombes mégalithiques d'Europe du Nord en Irlande (Carrowmore: 1 et Primrose Grange: 11), dans les îles Orcades en Écosse (Midhowe: 2 et Lairo: 1) et dans l'île de Gotland en Suède (Ansarve: 9). Ces individus sont datés entre 3800 et 2600 av. JC. L'étude inclue également trois individus du Néolithique d'Europe en Écosse (Balintore: 1) et en République Tchèque (Kolin: 2) issus de contexte non mégalithique:
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Les auteurs ont comparé le génome de ces individus avec ceux d'individus préalablement publiés. Ils ont réalisé une Analyse en Composantes Principales:
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ainsi qu'une analyse avec le logiciel ADMIXTURE dont la figure ci-dessous correspond à une valeur de K=7:

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Ces résultats montrent que les individus des tombes mégalithiques se regroupent avec les fermiers Néolithiques d'Europe. Ils possèdent une large proportion d'ascendance des premiers fermiers Néolithiques d'Anatolie et une faible proportion d'ascendance chasseur-cueilleur de l'Ouest.

La statistique f3 montre de plus une affinité génétique plus importante entre les fermiers des îles Britanniques et ceux de la péninsule Ibérique, mais également entre les fermiers des îles Britanniques et ceux de Scandinavie, à l'exclusion des fermiers d'Europe Centrale. Ces résultats suggèrent des mouvements de population le long de la façade Atlantique pendant le Néolithique.

Les résultats uni-parentaux montrent une plus grande diversité mitochondriale par rapport à l'ADN du chromosome Y. Les haplogroupes mitochondriaux sont variés: K, H, HV, W, U5b, T et J alors que tous les hommes appartiennent à l'haplogroupe du chromosome Y: I2a typique des chasseurs-cueilleurs Européens du Mésolithique. Ce dernier résultat suggère un processus de mélange génétique entre fermiers et chasseurs-cueilleurs biaisé avec plus d'hommes chasseurs-cueilleurs et plus de femmes fermiers pendant le Néolithique Moyen:
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Certains lignages maternels sont très fréquents sur certains sites comme K1a à Primrose et J1c et K2b à Ansarve. D'autre part, les hommes de Primrose appartiennent exclusivement à l'haplogroupe du chromosome Y: I2a2a alors que ceux de Ansarve appartiennent à I2a1b. Ces résultats suggèrent des relations familiales étroites entre les individus de ces sites.

Les auteurs ont ensuite utilisé le logiciel READ pour déterminer d'éventuels relations familiales entre les individus de cette étude. Ils ont ainsi mis en évidence six relations dont cinq en Irlande (deux au premier degré et trois au second degré) et une à Ansarve au second degré:
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Ainsi à Primrose, les individus 2, 17 et 18 forment une famille. Les individus 2 et 17 représentent un père et sa fille, alors que les individus 17 et 18 sont reliés au second degré. Ces deux derniers possèdent les mêmes haplogroupes mitochondrial et du chromosome Y. Ils peuvent être demi-frères, cousins, grand-père et petit-fils, ou oncle et neveu.

D'autre part les individus 6 et 7 de Primrose et l'individu 4 de Carrowmore forment également une famille. Il faut noter que les tombes de Primrose et de Carrowmore sont distantes de seulement 2 km. Primrose 7 et Carrowmore 4 sont parents au premier ou au second degré. Ils n'ont pas le même haplogroupe mitochondrial. Ils peuvent ainsi être père et fils. Enfin les individus Primrose 6 et 7, ainsi que les individus Primrose 6 et Carrowmore 4 sont parents au second degré.

A Ansarve, les individus 14 et 17 sont reliés au second degré. Ils ont le même haplgroupe du chromosome Y mais deux haplogroupes mitochondriaux différents. Ils peuvent être ainsi grand-père et petit-fils ou oncle et neveu.

En conclusion les résultats de cette étude montre que les tombes mégalithiques abritaient des familles patrilinéaires.

Commentaires

1. Le mercredi 17 avril 2019, 01:15 par liganol

'' Ce dernier résultat suggère un processus de mélange génétique entre fermiers et chasseurs-cueilleurs biaisé avec plus d'hommes chasseurs-cueilleurs et plus de femmes fermiers pendant le Néolithique Moyen:... ''

Ce résultat m'étonne, il me semble en effet que les études précédentes ont plutôt montrée que le métissage entre les WHG et les EEF avait impliqué plus d'hommes EEF et de femmes WHG .

2. Le mercredi 17 avril 2019, 03:53 par zabra

Super intéressant, merci pour le partage de toutes ces études.
Il est vraiment surprenant le mélange femme EEF et homme du mésolithique. L'inverse aurait été plus logique, les conquérants prenants les femmes des autochtones. De plus le confort matériel était supérieur chez les sédentaires entrainant un mépris envers les nomades (visible à l'époque contemporaine entre les pigmés nomades et les bantous sédentaires).
A noter qu'il s'agit du néolithique moyen, les chasseurs cueilleurs se seraient sans doute sédentarisés à leur tour et aurait pris l'hégémonie sur leur voisins venant d'Anatolie ?

3. Le mercredi 17 avril 2019, 07:54 par Bernard

Les auteurs n'ont pas confirmé ce résultat sur les autosomes et le chromosome X, mais le 100% d'haplogroupe I est frappant. Il faut noter également que ce résultat est spécifique à des populations issues de tombes mégalithiques du Nord de l'Europe. Il ne faut pas le généraliser à toutes les populations Européennes du Néolithique Moyen.

4. Le mercredi 17 avril 2019, 08:47 par Bernard

Bonjour Zabra,

Il ne faut pas voir les fermiers du Néolithique comme des conquérants, mais comme des colons qui exploitaient la terre. Les deux populations de chasseurs-cueilleurs et de fermiers ont coexisté pendant des millénaires en Europe et n'avaient pas forcément de relations conflictuelles.

5. Le jeudi 18 avril 2019, 02:06 par liganol

'' ...mais le 100% d'haplogroupe I est frappant. ''

Moi aussi cela m’impressionne.

''Il ne faut pas voir les fermiers du Néolithique comme des conquérants, mais comme des colons qui exploitaient la terre. Les deux populations de chasseurs-cueilleurs et de fermiers ont coexisté pendant des millénaires en Europe et n'avaient pas forcément de relations conflictuelles. ''

Vous avez raison Bernard, mais si on se fie à l'Histoire et à la nature humaine à mon humble avis j'imagine que quand les Néolithiques se sont mis à s'accaparer des terres fertiles pour leurs cultures , créant du même coup la notion de propriété privée, et ensuite se sont sûrement mis à défendre aux chasseurs-cueilleurs de passer sur leur propriété, alors que ces derniers ne connaissaient pas la notion de propriété privée et avaient de tout temps traversés ces terres sans en être empêcher par personne, cela à dû générer des conflits entre les deux groupes en certains endroits. Surtout que si on se fie aux quelques charniers de l'époque néolithique découverts durant les deux dernières décennies en Europe, je pense que sans risque de me tromper beaucoup on peut avancer que les Néolithiques savaient faire preuve de violence en certaines occasions ; enfin ce n'est que mon humble avis.

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