Tests d'ADN ancien sur les restes humains d'une nécropole mérovingienne de Gironde

Marie-France Deguilloux vient de publier un nouveau papier concernant des test d'ADN ancien sur des squelettes issus d'une nécropole mérovingienne du village de Jau Dignac et Loirac dans le département de la Gironde. Ce papier est intitulé: Ancient DNA and kinship analysis of human remains deposited in Merovingian necropolis sarcophagi (Jau Dignac et Loirac, France, 7th-8th century AD).

Les relations familiales entre individus d'une même tombe ou d'un même cimetière, peuvent améliorer notre compréhension de différents éléments liés à l'organisation sociale du passé, comme les pratiques funéraires, le statut familial, les inégalités ou le mariage.

La nécropole de Jau Jignac comprend 74 sépultures dont 20 sarcophages regroupés dans et autour une ancienne chapelle:
2013 Deguilloux Figure 1

Une analyse ADN basée sur l'ADN mitochondrial et des marqueurs STRs nucléaires, a été effectuée sur 9 squelettes issus de 3 sarcophages, afin d'étudier une éventuelle relation familiale entre les échantillons. Ces 3 sarcophages sont marqués d'une flèche dans la figure ci-dessus. Le sarcophage 169 contenait 3 individus: un homme âgé de plus de 60 ans, et deux jeunes de 15 à 19 ans: l'un est une femme et l'autre est de sexe indéterminé. Les enterrements furent successifs, mais n'ont pas causé beaucoup de perturbations. Le sarcophage 170 contenait également 3 individus: une jeune femme entre 15 à 19 ans, une jeune femme entre 20 et 29 ans et un nouveau-né. Lorsque la seconde femme a été enterrée, les restes de la première ont été enlevés et remis par dessus la seconde. Il est rare de voir des nouveau-nés enterrés avec des adultes à cette époque. En général, ils sont enterrés individuellement dans des cercueils en bois. Enfin le sarcophage 171 contenait aussi 3 individus enterrés successivement: 2 hommes âgés de plus de 50 ans, et une jeune femme de 20 à 39 ans. La datation de deux individus du sarcophage 171 a donné 659 à 773 pour le premier et 879 à 992 pour le second.

L'analyse ADN mitochondrial a été réalisée sur la région HVR1 entre les positions 16008 et 16391. Pour s'assurer qu'il n'y a pas eu de contaminations, toutes les personnes impliquées dans les fouilles ou les analyses qui ont suivi, ont été également testées. De plus 22 SNPs de la région codante ont été testés afin de discriminer l'haplogroupe des échantillons. Ces 22 SNPs sont ceux utilisés par la première version du Genographic Project:
2007 Behar Figure 4

avec les modifications suivantes: pour l'haplogroupe W, 1243 est remplacé par 8994, pour l'haplogroupe R9, 3970 est remplacé par 13928, et pour l'haplogroupe T, 13368 est remplacé par 1888.

D'autre part, 7 marqueurs STRs autosomaux ont été testés dans l'ADN nucléaire.

La séquence complète HVR1 de l'ADN mitochondriale a été déterminée pour 6 échantillons, un séquençage partiel a été obtenu pour 2 échantillons, et aucun résultat n'a été obtenu pour le dernier échantillon. Les SNPs de la région codante ont été déterminés pour 6 échantillons:
2013 Deguilloux Table 1

Sur les 8 résultats obtenus, on obtient 6 haplotypes différents appartenant aux haplogroupes: J, H, K, X2 et W. Une relation familiale est proposée pour 2 sarcophages. Dans le sarcophage 169, le vieil homme et la jeune femme ont le même haplotype de l'haplogroupe J. C'est un haplotype rare caractérisé par la mutation 16300 (J1d1) que l'on retrouve principalement aujourd'hui dans les Pyrénées Atlantique. Le troisième échantillon de ce sarcophage est également de l'haplogroupe J, mais avec un haplotype différent. Il n'est donc pas relié maternellement avec les deux premiers individus. Dans le sarcophage 170, les deux jeunes femmes ont le même haplotype de l'haplogroupe K. Cet haplotype défini par l'unique mutation 16224 est également rare en France. On le retrouve aujourd'hui dans le Morbihan, en Vendée et dans les Pyrénées Atlantiques. Par contre de façon surprenante, le nouveau-né enterré avec elles dans le sarcophage n'a pas le même haplotype et n'est donc pas relié maternellement avec elles. Il est de l'haplogroupe H. Plusieurs explications sont envisageables:

  • la relation familiale entre les 2 jeunes femmes et le nouveau-né n'est pas détectable par l'ADN mitochondrial
  • il n'y a aucune relation familiale entre les 2 jeunes femmes et le nouveau-né, mais on a tiré profit de la mort simultanée de la seconde jeune femme et du nourrisson pour les enterrer dans le même sarcophage
  • on est face à un cas d'adoption

Les tests sur les marqueurs STRs autosomaux n'ont pas abouti à cause de la mauvaise conservation de l'ADN nucléaire dans les échantillons étudiés.
2013 Deguilloux Figure 2

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