Les études récentes de génétique sur les populations anciennes ont révélé une histoire complexe des Européens impliquant au moins trois vagues de migration. Cependant le Nord de l'Europe n'a pas encore été investigué au niveau génomique.

Les preuves archéologiques de la région Est de la Baltique et de la Scandinavie montrent des habitats de chasseurs-cueilleurs nomades après le retrait des glaciers il y a environ 11.000 ans. Les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest partagent une signature génétique commune et s'étendent de la péninsule Ibérique à la Hongrie pendant des millénaires. Ils sont les descendants d'une population apparue en Europe il y a environ 14.000 ans, émergeant probablement d'un refuge situé plus au Sud. Plus à l'Est, dans la Russie actuelle, une autre population de chasseurs-cueilleurs dérivent d'une ancienne population Nord Eurasienne reliée au garçon de Mal'ta en Sibérie. Les chasseurs-cueilleurs Scandinaves ont été modélisé comme issus d'un mélange génétique entre les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest et les chasseurs-cueilleurs de l'Est.

La période du Néolithique Ancien qui a débuté aux alentours de 6000 av. JC., a vu l'expansion d'une population venue d'Anatolie en Europe Centrale et du Sud. Ce mouvement a atteint la Scandinavie aux alentours de 4000 av. JC. avec la culture des vases à entonnoir qui a introduit progressivement la culture des céréales et l'élevage. Ces fermiers ont cohabité avec les chasseurs-cueilleurs de la culture de la céramique perforée. A l'Est de la Baltique la culture de Narva montre une continuité génétique par rapport à la phase précédente Mésolithique.

La fin du Néolithique est une période de transformation majeure en Europe Centrale et du Nord-Est avec l'apparition de la culture de la céramique Cordée entre 2900 et 2300 av. JC. Cette population est reliée génétiquement à la population de la culture Yamnaya des Steppes Pontiques. Cette nouvelle population a remplacé environ 75% de la population Néolithique précédente en Europe Centrale.

Alissa Mittnik et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: The Genetic History of Northern Europe. Ils ont analysé l'ADN de 105 squelettes issus de 25 sites différents dans la région de la Baltique, de la Carélie en Russie du Nord-Ouest et de la Scandinavie, du Mésolithique (7500 av. JC.) à la fin de l'Âge du Bronze (200 av. JC.). Parmi ces échantillons ils ont séquencé le génome complet de 24 individus:
2017_Mittnik_Figure1.jpg

Parmi ces 24 échantillons, il y a deux chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de Russie, un chasseur-cueilleur de la culture de Kunda en Lituanie, quatre chasseurs-cueilleurs de la culture de Narva à l'Est de la Baltique, cinq individus de la fin du Néolithique de l'Est de la Baltique, neuf individus de l'Âge du Bronze situés à l'Est de la Baltique, deux fermiers de la culture des vases à entonnoir du Sud de la Suède, et un individu de la fin du Néolithique du Nord de la Suède.

Les auteurs ont comparé ces individus avec d'autres échantillons anciens en faisant une Analyse en Composantes Principales et une analyse avec le logiciel ADMIXTURE:
2017_Mittnik_Figure2.jpg

Les deux Mésolithiques de Carélie en Russie se regroupent avec les chasseurs-cueilleurs de l'Est (EHG). Ils possèdent une composante verte qui est maximale chez les chasseurs-cueilleurs du Caucase et d'Iran. A l'inverse le chasseur-cueilleur de la culture de Kunda de Lituanie se regroupe avec les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest. Les chasseurs-cueilleurs Scandinaves sont dans une position intermédiaire entre les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest et de l'Est. Cependant ils ne possèdent pas de composante verte, ce qui pose la question de savoir s'ils sont vraiment issus d'un mélange génétique entre chasseurs-cueilleurs de l'Ouest et de l'Est. Les chasseurs-cueilleurs de l'Est et Scandinaves possèdent tous les deux une petite proportion de composante rouge qui est maximale chez les populations Amérindiennes et qui est présente chez le garçon de Mal'ta en Sibérie. L'haplogroupe mitochondrial R1b d'un Mésolithique de Russie indique également une influence venue de l'Est de l'Eurasie. L'absence de cette composante rouge chez le chasseur-cueilleur de la culture de Kunda indique que l'arrivée de cette composante en Scandinavie a du se faire par une route Nord à travers la Finlande.

Les quatre chasseurs-cueilleurs de la culture de Narva à l'Est de la Baltique sont équivalents génétiquement à celui de la culture de Kunda, indiquant ainsi une continuité de la population. Comme les autres chasseurs-cueilleurs Mésolithiques, les chasseurs-cueilleurs de l'Est de la Baltique possèdent les yeux bleus et comme les chasseurs-cueilleurs Scandinaves et de l'Est, ils ont la peau claire. Les deux hommes de la culture de Narva ont un haplogroupe du chromosme Y: I2a1 et I typique de la population Mésolithique d'Europe. De manière intéressante, un chasseur-cueilleur de la culture de Narva a l'haplogroupe mitochondrial H11a. Les autres individus de cette culture ont les haplogroupes mitochondriaux: U2, U5a, U5b, U4 et K1.

Le Sud de la Suède voit l'apparition d'une nouvelle population avec l'introduction du Néolithique. En effet, les individus de la culture des vases à entonnoir se regroupent avec les fermiers du Néolithique Ancien et Moyen d'Europe. Ils possèdent notamment une forte proportion de la composante orange maximale chez les premiers fermiers du Proche-Orient, mais ont cependant une proportion importante de la composante bleue, indiquant ainsi qu'ils sont issus d'un mélange génétique entre les premiers fermiers Européens et les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest. Les chasseurs-cueilleurs de la céramique perforée, contemporains des fermiers de la culture des vases à entonnoir, se situent dans l'ACP entre les chasseurs-cueilleurs Scandinaves et les fermiers Européens. Ce dernier point indique donc qu'ils sont issus d'un mélange génétique entre ces deux populations.

Le mouvement de populations qui affecte l'Europe au début du troisième millénaire av. JC., se fait également sentir à l'Est de la Baltique. En effet tous les individus de la fin du Néolithique de cette région se situent avec les autres populations de la même période en Europe. Ils sont donc issus d'un mélange génétique entre une population équivalente à la population Yamnaya des Steppes Pontiques et les fermiers du Néolithique Moyen en Europe. Ce changement apparait également au niveau des haplogroupes mitochondriaux (apparition de I, J, T2 et W) et du chromosome Y (apparition de R1a). Ces individus de l'Est de la Baltique sont donc issus de la même source que les individus de la céramique Cordée d'Europe Centrale. Cependant trois individus de l'Est de la Baltique ne possède pas la composante orange des fermiers Européens et semblent donc directement issus de la population des Steppes. L'arrivée de cette nouvelle population pourrait être reliée à la diffusion des langues Balto-Slaves. L'Âge du Bronze voit une augmentation de la composante bleue des chasseurs-cueilleurs de l'Ouest par rapport au Néolithique Final. La statistique D suggère que cette augmentation est liée avec l'arrivée d'une population extérieure à la région. L'individu de la fin du Néolithique de Suède se positionne également avec les autres Européens de la même période indiquant également que l'influence des Steppes a atteint la Scandinavie à la même période.

La statistique D montre que la population actuelle de Lituanie et d'Estonie ne descend pas directement de la population de l'Âge du Bronze de l'Est de la Baltique. Elle indique notamment une influence Est Asiatique et Sibérienne qui pourrait être connectée à l'introduction de l'haplogroupe du chromosome Y: N qui est fréquent aujourd'hui, mais absent dans les populations testées dans cette étude. Cette diffusion pourrait être également associée à la diffusion des langues Ouraliques dans la région Baltique et Finlandaise après l'Âge du Bronze.