La transition vers l'agriculture est un des points les plus importants de l'évolution humaine. Ce processus a été le sujet d'intenses débats durant les cent dernières années, cependant les résultats récents d'ADN ancien ont montré le rôle prédominant de migration de populations venues d'Anatolie vers l'Europe. Ces migrations ont suivi deux routes principales, l'une le long de la côte Méditerranéenne et l'autre vers l’Europe Centrale et l'Europe du Nord. Ces dispersions ont été accompagnées de mélanges génétiques avec les populations locales de chasseurs-cueilleurs à des degrés divers. La transition Néolithique en Grande-Bretagne démarre seulement un millénaire après son arrivée dans le Nord-Ouest du continent Européen.

Selina Brace et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Population Replacement in Early Neolithic Britain. Ils ont séquencé le génome de six individus Mésolithiques et seize individus Néolithiques de Grande-Bretagne. Ces résultats ont été fusionnés avec le génome de 51 individus du Néolithique Britannique préalablement diffusés:
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Ces résultats ont ensuite été comparés avec ceux préalablement obtenus pour 67 anciens individus Européens et de nombreux individus contemporains d'Europe. Les auteurs ont ensuite réalisé une Analyse en Composantes Principales:
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Les Mésolithiques Britanniques se regroupent avec les chasseurs-cueilleurs de l'Ouest et Scandinaves, alors que les Néolithiques Britanniques se regroupent avec les fermiers du continent Européens. La transition Néolithique en Grande-Bretagne correspond donc également à un mouvement de populations et non à une acculturation des populations locales. De plus l'analyse du partage d'allèles montrent que les Mésolithiques Britanniques sont plus proches des chasseurs-cueilleurs de l'Ouest, et notamment de l'individu Mésolithique de Loschbour au Luxembourg.

Les auteurs ont ensuite modélisé les Néolithiques Britanniques et continentaux comme issus d'un mélange génétique entre des chasseurs-cueilleurs de l'Ouest et des fermiers d'Anatolie:
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La proportion d'ascendance Anatolienne chez les fermiers Britanniques est équivalente à celle des premiers fermiers de la péninsule Ibérique ou des fermiers du Néolithique Moyen d'Europe Centrale. A l'intérieur de la Grande-Bretagne, les fermiers du Pays de Galles ont le moins d'ascendance chasseurs-cueilleurs alors que les Anglais du Sud-Est et les Écossais en ont le plus. Ces proportions restent stables durant tout le Néolithique Britannique. De plus les Néolithiques Britanniques partagent plus d'affinité génétique avec les fermiers de la péninsule Ibérique qu'avec ceux d'Europe Centrale. Il ne semble pas qu'il y ait eu (ou alors très peu) des mélanges génétiques entre les fermiers arrivés en Grande-Bretagne et les chasseurs-cueilleurs Britanniques. Ainsi l'ascendance chasseurs-cueilleurs chez les fermiers Britanniques vient essentiellement du continent.

Les génomes de l'homme Mésolithique du Cheddar et de l'homme Néolithique de la grotte Carsington Pasture sont de qualité suffisante pour estimer le degré d'hétérozygotie et certains traits phénotypiques. Ainsi le fermier montre un peu plus d'hétérozygotie que le chasseur-cueilleur. De plus ces deux individus sont intolérants au lactose. L'homme de Cheddar a la peau sombre, les yeux clairs et les cheveux sombres, alors que le fermier a la peau plus claire, les yeux marrons et les cheveux sombres.