Génome d'un ancien Caribéen

Lorsque Christophe Colomb a posé le pied en Amériques, le peuple Taïno était le groupe dominant dans les Antilles et les Bahamas. On suppose que leurs ancêtres sont des Amérindiens Arawak qui sont entrés dans les Caraïbes à partir de l'Amérique du Sud il y a environ 2500 ans. Les Bahamas n'ont été peuplés qu'environ 1000 ans plus tard par une culture dont les preuves archéologiques et linguistiques suggèrent également des liens forts avec l'Amérique du Sud.

Hannes Schroeder et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Origins and genetic legacies of the Caribbean Taino. Ils ont séquencé le génome d'un individu qui vivait aux Bahamas plus de 500 ans avant l'arrivée des Espagnols dans la région. Les restes de cet individu ont été retrouvés dans la grotte du prédicateur (Preacher’s Cave) sur l'île de Eleuthera:
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La dent dont les auteurs ont extrait le génome a été directement datée entre les années 776 et 992. Des analyses isotopiques ont montré que l'individu a grandi probablement sur place.

Les auteurs ont montré que l'individu était une femme dont l'haplogroupe mitochondrial est B2. Les auteurs n'ont pas trouvé d'individu contemporain qui avait la même séquence mitochondriale.

Les auteurs ont ensuite utilisé la statistique f3 pour rechercher la population Amérindienne la plus proche génétiquement de l'ancien Taïno. Les résultats ont montré que les Palikur d'Amérique du Sud et autres peuples Arawak ont le plus d'affinité génétique. Ces résultats ont été confirmés par la statistique D:
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Les auteurs ont ensuite construit un arbre qui montre la proximité du génome du Taïno avec les peuples Arawaks:
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Les analyses avec le logiciel ADMIXTURE confortent également ce résultat.

Les auteurs ont ensuite montré que l'ancien Taïno n'avait pas d'affinité génétique avec les populations Australiennes, Mélanésienne ou des îles Adaman contrairement à certaines populations Amazoniennes comme les Surui. Ce résultat suggère que soit ce signal a été perdu chez les Taïnos soit il est entré dans les populations Amazoniennes après leur divergence avec les Taïnos il y a environ 3000 ans.

Les auteurs ont mesuré les segments homozygotie chez l'ancien Taïno pour étudier la démographie passée de son peuple. Son excès de segments courts indique que la population a subi un ou plusieurs goulots génétiques. Il a également très peu de longs segments indiquant une population relativement nombreuse et non isolée. Vu la petite taille de l'île Eleuthera, cela suggère l'existence d'un réseau de communication important reliant les différentes îles des Bahamas avant l'arrivée des Espagnols.

Enfin les auteurs ont comparé le génome de Portoricains actuels avec l'ancien génome Taïno. Pour cela ils ont masqué les mutations Européennes et Africaines dans les génomes Portoricains. L'analyse avec le logiciel ADMIXTURE montre qu'il y a de fortes similarités entre les génomes contemporains Portoricains, Arawaks et l'ancien génome Taïno. La statistique f3 montre de plus que l'ancien Taïno a plus d'affinité génétique avec les Portoricains qu'avec toute autre population Amérindienne. Ces résultats sont confirmés par la statistique D.

Le meilleur modèle démographique obtenu par les auteurs est le suivant:
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Il y a donc une certaine continuité génétique dans la région depuis plus de 1000 ans.

Commentaires

1. Le mardi 27 février 2018, 23:23 par liganol

''...Ce résultat suggère que soit ce signal a été perdu chez les Taïnos...''

Si j'ai bien compris Bernard, cela signifie donc que certains signaux peuvent se perdre et qu'on ne pourrait pas les retrouver même en séquençant l'ADN ?

2. Le mercredi 28 février 2018, 09:25 par Bernard

Oui, c'est ce que suggèrent les auteurs du papier

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