Le Moyen-Orient a une place incomparable dans l'histoire de l'humanité. Depuis la sortie initiale de l'homme moderne d'Afrique et son mélange génétique avec Néandertal, la diffusion du néolithique et l'émergence des premières civilisations, cette région a toujours été au carrefour de l'histoire.

La fin de l'antiquité entre les 3ème et 8ème siècles est une période de profonds bouleversements culturels et religieux au Moyen-Orient et en Europe. La Syrie-Palestine byzantine a été conquise par les Arabes Islamiques dans la première moitié du 7ème siècle, devenant un centre politique important lorsque le califat omeyyade de Damas a été fondé en l'an 661.

Megha Srigyan et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Bioarchaeological analysis of one of the earliest Islamic burials in the Levant. Ils ont séquencé le génome de deux individus enterrés à Tell Qarassa en Syrie selon les rites funéraires Islamiques:

2020_Srigyan_Figure1.jpg, sept. 2020

Ces deux individus sont datés entre 665 et 768 de notre ère. Il n'y a aucun mobilier funéraire associé à ces deux sépultures. Les squelettes sont orientés ouest-est, la tête regardant vers le sud, vers la Mecque.

Un individu est un homme, l'autre est une femme. Leurs haplogroupes mitochondriaux sont J2a2 et R0a2. l'haplogorupe du chromosome Y de l'homme est J:

2020_Srigyan_Table1.jpg, sept. 2020

Les auteurs ont fait une Analyse en Composantes Principales pour comparer ces deux génomes avec celui d'autres populations anciennes ou modernes:

2020_Srigyan_Figure2.jpg, sept. 2020

Les deux individus de Qarassa se regroupent avec des individus d'Arabie Saoudite, de Turquie et du Moyen-Orient (Figure a ci-dessus), mais ne semblent pas montrer d'affinité avec les populations du Liban. Lorsque l'on limite la PCA à des populations du Moyen-Orient, de la péninsule Arabe et du Caucase (Figure b ci-dessus), les deux échantillons se regroupent avec des juifs du Yémen, des Saoudiens et des bédouins. De manière intéressante, les bédouins se regroupent en deux clusters: bédouins A et B. Si le groupe des bédouins A se superpose avec d'autres populations de la région, les bédouins B forment un groupe à part. Les deux génomes de la sépulture Islamique (triangles noirs) sont localisés entre les deux groupes de bédouins, proche des juifs du Yémen, mais à l'écart des populations du Levant: Druzes, Palestiniens, Jordaniens et Libanais.

Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse avec le logiciel ADMIXTURE:

2020_Srigyan_Figure3.jpg, sept. 2020

Pour K=5, les bédouins B ont leur propre composante violette. Cette composante est également très importante chez les deux individus Islamiques de Syrie, mais aussi chez les Saoudiens et les juifs du Yémen. Ces résultats sont confirmés par les statistiques f3 et D. Cependant cette dernière révèle également que les deux islamiques de Syrie forment un groupe à part de toute population contemporaine.

Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse avec le logiciel ADMIXTURE à partir de composantes anciennes. Ainsi les deux Syriens possèdent une très forte proportion d'ascendance issue des Néolithiques du Levant (91,3%) et des composantes plus minoritaires issues des Néolithiques d'Iran (4,1%) et des chasseurs-cueilleurs de l'ouest (4,6%). Les bédouins B eux possèdent 98,7% d'ascendance issue des Néolithiques du Levant alors que les Saoudiens possèdent seulement 63,4% d'ascendance issue des Néolithiques du Levant et le reste des Néolithiques d'Iran (36,1%) et Yoruba d'Afrique (0,5%).

Ensuite les auteurs ont mesuré la diversité génétique des deux Islamiques de Syrie. Elle est très faible indiquant une forte consanguinité et une faible taille de population, suggérant des individus vivant dans une structure tribale.