Arrivée d'une ascendance Sibérienne à l'est de la Baltique

L'est de la Baltique a subi plusieurs changements de populations depuis l'arrivée des hommes dans la région à la fin du Paléolithique et au Mésolithique. Les chasseurs-cueilleurs des cultures Kunda et Narva sont proches génétiquement des chasseurs-cueilleurs de l'ouest de l'Europe. Un premier changement intervient avec la culture Néolithique de la céramique au peigne qui voit l'arrivée de chasseurs-cueilleurs de l'est de l'Europe dans la région autour de 3900 av. JC, un second avec l'arrivée de la culture de la céramique cordée autour de 2800 av. JC.associée aux populations des steppes.

Lehti Saag et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: The Arrival of Siberian Ancestry Connecting the Eastern Baltic to Uralic Speakers further East. Ils ont extrait l'ADN de 56 individus appartenant à la culture des tombes en ciste de la fin de l'Âge du Bronze en Estonie (1200 à 400 av. JC.), de l'Âge du Fer en Estonie (tombes tarand: 800 av. JC. à 50 ap. JC.), de l'Âge du Fer en Russie (Ingrie: 500 av. JC à 450 ap. JC.) et du Moyen-Âge d'Estonie (1200 à 1600 ap. JC.):
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Parmi ces échantillons, 33 ont permis de séquencer le génome, et huit de plus ont permis d'obtenir seulement les haplogroupes mitochondriaux et du chromosome Y:
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Les haplogroupes mitochondriaux sont variés: U2, U3, U4, U5, H1, H2, H3, H6, H11, H13, HV, J1, T1, T2, K1, W3, W6, I1. On les retrouve tous dans la population actuelle d'Estonie. Tous les hommes de l'Âge du Bronze possède l'haplogroupe du chromosome Y: R1a indiquant ainsi une continuité depuis la culture Cordée. Cinq individus de l'Âge du Fer possèdent également cet haplogroupe R1a, cependant trois possèdent l'haplogroupe N3a. Au Moyen-Âge, trois ont l'haplogroupe N3a, deux R1a et un J2b. A l'inverse de la Scandinavie, il n'y a pas d'haplogroupe N à l'Âge du Bronze en Estonie. Il semble arriver dans la région seulement à la transition Âge du Bronze/Âge du Fer.

Les auteurs ont ensuite comparé les anciens génomes obtenus dans cette étude avec d'autres anciens génomes et ceux de populations contemporaines. Ils ont ainsi réalisé une Analyse en Composantes Principales. Dans la figure ci-dessous, les échantillons de la culture cordée de la région Baltique sont représentés par des cercles marrons foncés, ceux de l'Âge du Bronze par des étoiles marrons clairs, ceux de l'Âge du Fer par des étoiles oranges et ceux du Moyen-Âge par des étoiles jaunes:
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Un déplacement net des individus de l'Âge du Bronze Estonien vers les chasseurs-cueilleurs de l'ouest (sur la gauche) est visible par rapport aux échantillons de la culture cordée. A l'inverse les individus de l'Âge du Fer Estonien sont déplacés vers la droite par rapport aux individus de l'Âge du Bronze, et se regroupent avec les Estoniens d'aujourd'hui.

Les auteurs ont ensuite réalisé une analyse avec le logiciel ADMIXTURE. La figure ci-dessous montre le résultat pour K=9:
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Dans la figure ci-dessus les individus de l'Âge du Bronze d'Estonie (EstBA) se différencient des individus de la culture cordée (CWC) par une plus grande proportion de la composante bleue qui est maximale chez les chasseurs-cueilleurs de l'ouest (WHG). Ils ont également moins des deux composantes marron et jaune bistre qui sont maximales chez les chasseurs-cueilleurs du Caucase (CHG) et les fermiers d'Iran (Iran_N). De manière intéressante l'apparition de l'haplogroupe N3a à l'Âge du Fer ne se retrouve pas par un changement important au niveau des autosomes dans l'analyse avec les statistiques f3 et D.

Les auteurs ont ensuite modélisé les anciennes populations d'Estonie en fonction d'un mélange génétique issus de populations sources: chasseurs-cueilleurs de l'ouest, pasteurs des steppes, fermiers du Néolithique Moyen d'Europe et Nganassanes de Sibérie. La figure ci-dessous donne les résultats pour ChromoPainter (figure A) et qpAdm (figure B):
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De manière interressante les Estoniens de l'Âge du Bronze n'ont pas de source Sibérienne (en rouge). De plus la variation importante d'ascendance Sibérienne (entre 0 et 12%) chez les individus de l'Âge du Fer montre que celle-ci est arrivée seulement récemment. Elle est souvent associée à l'arrivée des langues Ouraliques dans la région.

De manière intéressante, deux individus de l'Âge du bronze d'Estonie sont parents au second degré bien qu'ils soient enterrés à 13 km l'un de l'autre. Ces deux individus partagent le même haplotype mitochondrial (H1b2) et le même haplogroupe du chromosome Y (R1a). Ils pourrraient être demi-frères ou oncle et neveu. Les âges radiocarbone pour ces deux individus (2481 ± 30 et 2399 ± 27 BP) et leur âges respectifs à leur mort (35-45 et 30-40 ans) favorisent la relation oncle/neveu.

L'analyse des traits phénotypiques montre un accroissement de la tolérance au lactose de plus de 50% après la fin du Néolithique, ainsi qu'une augmentation de la fréquence de la peau claire, des yeux bleus et des cheveux clairs.

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