Andaine Seguin-Orlando vient de publier un papier intitulé: Genomic structure in Europeans dating back at least 36,200 years.

Le peuplement de l'Europe par l'homme moderne est associé à des événements multiples autour de 40.000 ans. Ainsi la culture aurignacienne apparait d'abord en Autriche il y a 43.500 ans, et devient largement répandue à partir de 39.000 ans. Pour éclaircir la génétique de ces premiers européens, les auteurs ont étudié le génome complet d'un squelette (nommé K14) d'un homme vieux de 38.700 à 36.200 ans issu du site archéologique de Kostenki sur les rives du Don en Russie occidentale, 40 km au sud de la ville de Voronezh. Ce squelette est l'un des représentants le plus oriental de la culture aurignacienne:
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Des analyses d'ADN mitochondrial précédentes avaient montré que l'individu était de l'haplogroupe U2. L'actuelle étude montre maintenant que cet individu est de l'haplogroupe du chromosome Y C1-F3393. Les marqueurs SNPs qui définissent les sous-haplogroupes de C1 n'ont pas été testés, mais on peut imaginer que cet individu est étroitement lié paternellement au squelette mésolithique de La Braña en Espagne qui était de l'haplogroupe du chromosome Y C1a2-V20.

Pour étudier l'ADN autosomal des analyses de clustering ont été menées, afin de comparer cet individu avec des populations modernes et d'autres individus anciens:
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Dans le graphe ci-dessus, UPHG signifie Upper Palaeolithic Hunter-Gatherer, MHG signifie Mesolithic Hunter-Gatherer, et NEOL signifie Neolithic. L'individu étudié dans ce papier est donc K14 situé à gauche. Son ascendance majoritaire en jaune est maximale chez les chasseurs-cueilleurs européens mésolithiques (MHG). Elle est également prédominante chez les populations actuelles du nord et de l'est de l'Europe. L'affinité génétique entre K14 et les européens modernes est confirmée par les résultats de la statistique f3, en choisissant une population africaine des pygmées Mbuti comme groupe externe:
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Parmi, les européens, les européens du nord sont le plus proche génétiquement de l'individu de Kostenki. Ces résultats sont proches de ceux qui avaient été obtenus pour les mésolithiques européens ou pour l'homme de Mal'ta (MA1) en Sibérie, sauf que ce dernier avait en plus une affinité génétique avec les Amérindiens. Parmi les mésolithiques européens, K14 est le plus proche génétiquement des individus de La Braña en Espagne et de Loschbour au Luxembourg. Cela indique un flux de gène important entre la population paléolithique à laquelle appartient K14 et la population mésolithique ouest européenne. Ce lien est renforcé par le même haplogroupe du chromosome Y C, partagé entre K14 et l'homme de La Braña.

De plus les résultats de la statistique D, montrent que toutes les populations actuelles non africaines exceptées les australo-mélanésiens, sont plus proches des individus anciens de Mal'ta ou des mésolithiques européens que de K14. Cela suggère que l'individu de Kostenki est situé à la base des populations mésolithiques européennes et des anciens nord eurasiens auquels appartient MA1.

Une autre composante importante de l'ascendance de l'homme de Kostenki est prédominante chez les populations actuelles du Moyen-Orient et du Caucase, et chez les populations anciennes néolithiques (en marron dans la figure B ci-dessus). Cette composante est absente des mésolithiques européens et de l'homme de Mal'ta. Elle a été associée à une ascendance basale eurasienne qui a contribué à la composition génétique des premiers fermiers européens du néolithique, par des études précédentes. Il est donc probable que l'individu K14 descend également d'une lignée basale eurasienne.

Ensuite, les auteurs ont comparé le génome de K14 et des autres individus anciens avec les populations actuelles de Sibérie et de l'est de l'Asie, à l'aide de la statistique f4. Les résultats montrent que toutes ces populations modernes sont à égale distance des mésolithiques européens et de l'homme de Mal'ta. Par contre, les populations actuelles de Sibérie (surtout celles des bassins des rivières Yenisei et Ob) sont plus proches des européens actuels que de l'individu K14 (voir la figure ci-dessous):
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Il semble donc que les populations actuelles sibériennes du bassin du Yenisei ont une part de leur ascendance issue d'une composante appelée HG (pour Hunter-Gatherers) que l'on retrouve également dans l'individu K14. Cette composante est plus présente chez les mésolithiques scandinaves que chez les mésolithiques de l'ouest de l'Europe ou chez l'homme de Mal'ta. Ces résultats suggèrent l'existence d'un flux de gènes entres les ancêtres des populations sibériennes des bassins du Yenisei et de l'Ob et les ancêtres des mésolithiques scandinaves. Ce flux de gènes s'est produit avant le mésolithique, mais après l'homme de Kostenki, soit entre 36.000 et 7.000 ans.

L'homme de Kostenki possède également de l'ADN issu de l'homme de Neandertal. Ce taux est plus élevé que dans les populations actuelles et les autres individus anciens sauf l'homme de La Braña:
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Les séquences d'ADN issus de Neandertal sont plus longues chez K14 que chez les populations actuelles ou les autres populations anciennes indiquant ainsi que le flux génétique entre l'homme moderne et Neandertal a eu lieu à une date plus proche de K14 que des autres individus, car K14 est le plus ancien. L'époque de mélange génétique entre l'homme moderne et Neandertal est ainsi estimé à environ 54.000 ans.

Le génome de l'homme de Kostenki montre que cet individu paléolithique faisait partie d'une population qui avait déjà divergé des ancêtres des populations actuelles est asiatiques. Cette divergence est donc plus ancienne que 36.200 ans. Les résultats de cette étude peuvent être résumés dans la figure ci-dessous:
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L'homme de Kostenki dérive donc d'une population paléolithique ouest eurasienne, mais également d'une population basale eurasienne qui est rattachée aux premiers fermiers néolithiques et aux populations actuelles du Proche-Orient et du Caucase. Cette composante basale eurasienne ne se retrouve pas chez l'homme de Mal'ta et chez les mésolithiques européens.