Généalogie génétique

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mercredi 5 avril 2017

Contacts entre la péninsule Ibérique et les Steppes au Chalcolithique

En juin 2015, deux papiers d'ADN ancien ont été publiés dans la revue Nature: Allentoft et al. 2015, Haak et al. 2015 avec d'énormes implications sur notre compréhension de la fin de la préhistoire en Europe et en Asie de l'Ouest. Les résultats de ces études peuvent être résumés en cinq points:

  • La découverte d'une troisième ascendance majeure à tous les Européens contemporains en plus des deux ascendances: WHG (chasseurs-cueilleurs de l'Ouest) et EEF (premiers fermiers du Proche-Orient). Cette troisième composante est plus forte dans le Nord de l'Europe et plus faible dans le Sud.
  • Cette troisième composante ancestrale est issue des Steppes Eurasiennes et reliée aux migrations Yamnaya datées d'environ 3000 av. JC.
  • Le flux génétique est passé directement de la culture Yamnaya à la culture Cordée.
  • Les migrations ont joué un rôle important dans la compréhension de l'histoire de l'Europe du 3ème millénaire av. JC.
  • Ces événements sont liés à la diffusion des langues Indo-Européennes.

Plusieurs autres papiers d'ADN ancien, publiés peu après ont démontré les points suivants:

  • La peste est une maladie qui s'est diffusée en Eurasie dès le 3ème millénaire av. JC. et est connectée à la diffusion des cultures Yamnaya et Cordée.
  • Les gens de la culture Yamnaya ont une forte stature, la peau claire et les yeux marrons alors que les gens de la culture Cordée ont plutôt les yeux bleus. La mutation liée à la tolérance au lactose n'est pas encore répandue à cette époque.
  • Les changements du 3ème millénaire atteignent également l'Irlande et montrent que la culture Campaniforme a également joué un rôle aux côtés des cultures Yamnaya et Cordée.
  • Ces changements et migrations semblent menés principalement par des hommes.

Volker Heyd vient de publier un papier intitulé: Kossinna’s smile. Il évoque les nombreuses interactions qui ont eu lieu entre les peuples de la Steppe et ceux d'Europe avant l'émergence de la culture Yamnaya, ainsi que le rôle de la culture des Amphores Globulaires au 4ème millénaire av. JC. Des tumulus et des restes osseux de chevaux apparaissent au sein de la culture Baalberge en Allemagne de l'Est, puis de la culture Salzmünde. Il y a aussi des restes osseux de chevaux en Hongrie et en République Tchèque à la même époque. En fait les interactions entre les cultures des Steppes et l'Europe commencent dès le 5ème millénaire av. JC. avec la culture Suvorovo-Novodanilovka.

L'auteur insiste également pour faire entrer la culture Campaniforme dans les moteurs de changements du 3ème millénaire av. JC. En effet les premières dates du Campaniforme dans la péninsule Ibérique remontent à 2800 ou 2700 av. JC, proche des premières dates d'apparition de la culture Cordée. L'apparition des stèles anthropomorphes en Europe et notamment en France et dans la péninsule Ibérique est un indicateur de ces changements en Europe Occidentale. L'apparition des poignards en Silex ou en Cuivre dans l'Ouest en est un second, ainsi que les sépultures de guerriers retrouvés avec ces armes. Notamment l'auteur révèle une découverte récente sur le site de Valencina de la Concepción dans le Sud de l'Espagne où plusieurs points rappellent les sépultures des cultures Yamnaya et Cordée. Cette sépulture est datée entre 2875 et 2700 av. JC. dans le Chalcolithique Ibérique. Il s'agit d'un grand tumulus avec une chambre sépulcrale. L'individu est positionné sur le côté droit avec les jambes repliées. Il est orienté Est-Ouest avec un poignard de Silex et est recouvert de piment rouge à base de Cinabre:
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Ont été retrouvé également dans la sépulture: une plaque d'ivoire Africain ovale et une feuille d'or décorée, les deux en forme de sandale. D'autres plaques similaires en forme de sandale faites en ivoire, os ou calcaire, ont été retrouvées également dans quatre autres sites du Sud de la péninsule Ibérique datés de la première moitié du 3ème millénaire av. JC. Ces artefacts trouvent un parallèle réellement extraordinaire puisque on retrouve les mêmes formes de sandale gravées sur des stèles anthropomorphes associées à des kourganes de la culture Yamnaya en Ukraine:
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Ces sandales sont interprétées comme des signes de prestige, de haut statut et de pouvoir. Bien que nous pouvons saisir seulement une partie de leur symbolisme, ces symboles sont un exemple de plus de la connexion entre la culture Yamnaya et l'expansion de la culture Campaniforme en Europe Occidentale au 3ème millénaire av. JC.

vendredi 10 février 2017

La princesse Celte de la Heuneburg

La Heuneburg est l'un des sites les plus importants de l'Âge du Fer en Europe Centrale. Elle est située au sud de l'Allemagne, sur les rives du Danube. Les fouilles archéologiques ont commencé dans les années 1950 et ont mené à l'identification d'un des plus anciens sites proto-urbains situés au nord des Alpes. Il s'étend sur une superficie d’environ 1 km2.

A l'automne 2005, un fragment d'une fibule en bronze plaqué or a été découvert suite à une prospection, environ 2,4 km au sud sud-est de la Heuneburg, près du tumulus 4 de la nécropole de Bettelbühl. Celle-ci est située dans la plaine sur la rive opposée du Danube par rapport à la Heuneburg. Elle est traversée par une rivière: le Bettelbühlbach, qui inonde régulièrement les lieux. La fouille menée en 2005 a permis de montrer que la fibule appartenait à une tombe d'enfant dont le riche mobilier comprenait deux fibules en bronze plaqué or et une paire de pendentifs en or richement décorés:
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L'âge de l'enfant a été déterminé entre deux et quatre ans. Les fouilles ont montré que cette tombe était une tombe secondaire d'une tombe principale située sous le tumulus 4 de la nécropole. Cette dernière a été examinée au début du mois d'août 2010. Il a été ensuite décidé en octobre 2010 de fouiller cette tombe. Afin de garantir les meilleurs conditions de fouille et de préservation de la tombe il a été décidé de prélever en bloc l'ensemble de la tombe avant de l'amener intacte au laboratoire. Dirk Krausse et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: The ‘Keltenblock’ project: discovery and excavation of a rich Hallstatt grave at the Heuneburg, Germany dans lequel ils relatent les résultats de la fouille.

Le plancher en bois de la tombe était situé sous l'eau de la nappe phréatique, et a donc pu être préservé. Il est constitué d'un plancher de 4,6 x 3,8 m formé de neuf planches en chêne et deux planches en sapin:
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Le niveau de l'eau était situé seulement 10 à 20 cm au-dessus de ce plancher. Les objets organiques situés au-dessus de ce niveau n'ont donc pas pu être préservé. Cependant les objets en fer et en bronze situés sous ce niveau ont beaucoup souffert de dégradations. La tombe ne présente pas de trace d'intrusion, mais seulement de perturbations liées aux différentes inondations qu'elle a subi dans le passé.

La tombe abrite deux squelettes. Le premier est étendu sur le dos dans la partie ouest, les pieds orientés vers le nord. Il a été identifié comme celui d'une femme entre 30 et 40 ans, de taille 1,61m. Le riche mobilier associé indique qu'elle faisait partie de l'élite de la société de la Heuneburg. Deux grandes fibules en or ont été trouvées près de ses épaules. De plus quatre fibules en bronze dont trois sont décorées d'ambre ont été trouvées au niveau de sa poitrine:
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Cinq sphères en or décorées de filigranes, 26 perles en or striées et de nombreuses perles en ambre devaient former un collier:
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Ces sphères en or sont similaires à d'autres trouvées en Suisse et s'inspirent d'objets analogues Étrusques retrouvés en Italie Centrale.

La femme portait également un pendentif en ambre sur la hanche gauche et une ceinture à sa taille formée d'une bande de cuir et de nombreuses pièces de bronze. Ses avant-bras étaient décorés de sept bracelets en jais, et elle avait un anneau de bronze à ses chevilles.

Trois boîtes en bois ont été trouvées près de son nombril:
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De nombreux objets ont également été trouvés le long de la paroi nord de la tombe. Notamment des pièces en bronze décorées ont été trouvées dans le coin nord-est. Également un objet fait de deux défenses de sangliers, de deux bandes, un trapèze et des clochettes en bronze:
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Cet objet pourrait correspondre à l'ornement du poitrail d'un cheval.

Des textiles et des fourrures ont également été trouvés le long de la paroi nord de la tombe, ainsi que des perles en or et des pendentifs en ambre. Une très belle pièce en or de 28 cm de long a également été trouvée à environ un mètre au nord-est de la défunte:
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Deux fossiles d’ammonite et d'oursin ont été trouvés à proximité, ainsi que des perles en verre, des fragments de cristal et des pierres polies. Enfin des restes de cochon ont été trouvés au pied du squelette.

Les restes d'un deuxième squelette ont été trouvés dans le coin sud-est. Il s'agit d'une femme adulte d'environ 1,56 m de haut avec très peu de mobilier: deux bracelets en bronze aux poignets et une spirale en bronze près de la tête. Il n'est pas clair si ce second squelette a été inhumé en même temps que le squelette principal ou après. Des analyses isotopiques et d'ADN sont en cours pour éclaircir les relations entre les trois individus (les deux femmes et l'enfant).

Au pied du second squelette, un objet unique a été découvert: il s'agit d'une pièce en bronze de 40 cm de long décorée de six phalères:
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Une imagerie tomographique de cet objet a également montré les restes de mords et d'harnachements pour les chevaux. Celui-ci est donc un chanfrein: une armure pour la tête d'un cheval. Un tel objet était jusqu'ici inconnu pour la période de Hallstatt.

La préservation de nombreuses planches de bois constituant le plancher de la tombe a permis de dater précisément la tombe avec une méthode dendrochronologique. Celle-ci a été construite en l'an 583 av. JC avec un chêne vieux de 291 ans et un sapin vieux de 102 ans. Elle est cent ans plus ancienne que la tombe de la dame de Vix et deux cent ans plus ancienne que la tombe de la princesse de Reinheim.

vendredi 18 septembre 2015

Les statues-menhirs de Méditerranée occidentale et les steppes

La thèse de l'origine steppique des statues-menhirs est basée sur trois arguments principaux: les ressemblances stylistiques, la chronologie et la correspondance avec la diffusion des langues Indo-Européennes. Ainsi Marija Gimbutas y voyait l'un des indices de la seconde vague de diffusion vers l'ouest de la civilisation des kourganes.
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Christian Jeunesse vient de publier un chapitre dans un livre intitulé: Les statues-menhirs de Méditerranée occidentale et les steppes. Nouvelles perspectives. Il suppose que les stèles ne sont pas apparues seules et qu'elles coïncident avec d'autres changements archéologiquement visibles.

En Méditerranée Occidentale, la période envisagée couvre la fourchette entre 3800 et 2500 av. JC. avec une attention particulière pour le dernier tiers du 4ème millénaire av. JC correspondant à la période d'apparition des stèles. Cette période correspond aux cultures archéologiques suivantes:
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Les changements qui apparaissent alors en même temps que les stèles dans ces régions peuvent être répartis en trois catégories dans le domaine technologique, des nouveaux objets et des nouvelles idées.

Les changements dans le domaine technologique sont principalement la métallurgie du cuivre et la production de grandes lames en silex. L'émergence ou l'essor de la métallurgie est caractérisé par l'emploi massif de cuivres arséniés qui présentent l'avantage de produire des objets plus robustes. C'est notamment le cas dans la culture ibérique de Los Millares, dans la culture d'Artenac et dans les cultures chalcolithiques du centre et du nord de l'Italie. La période clef est le dernier tiers du 4ème millénaire av. JC. Si certaines de ces régions ont apparemment connu une activité métallurgique plus ancienne, l'essor est sans précédent entre 3300 et 3000 av. JC. D'autre part la même période voit une explosion de la production de grandes lames de silex en général débitées à la pression, que l'on retrouve en masse, brutes ou transformées en poignards, dans les mobiliers des tombes masculines les plus remarquables, et ceci dans une aire qui va de la Grèce à l'ouest de la France et le sud de la péninsule Ibérique.

Cette période correspond également à l'apparition du poignard en cuivre ou en silex, de la hache plate et de l'alène à section quadrangulaire. Ces objets apparaissent en association avec des armatures de flèche en silex, dans les mobiliers funéraires d'Italie ou d'Espagne.
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Ces sépultures témoignent de l'apparition d'une nouvelle idéologie centrée sur la figure du guerrier, la valorisation sociale et symbolique de l'individu et la valorisation symbolique des armes (poignards, haches, hallebardes et arcs). Cette idéologie associée souvent au Campaniforme ou au Cordé, se met en place indiscutablement dès la fin du 4ème millénaire. Elle se retrouve également sur certaines stèles anthropomorphes des Alpes Italiennes:
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Certaines tombes collectives posent les mêmes problèmes d'individualisation des mobiliers comme la tholos d'Alcalar au Portugal ou le dolmen 2 de Puyraveau dans le centre-ouest de la France.

L'auteur affirme que la configuration qui s'installe en Méditerranée Occidentale au moment de l'apparition des stèles anthropomorphes trouve son pendant dans la région des Steppes orientales à la même époque. Tout y est, de l'alliage cuivre-arsenic aux statues-menhirs, en passant par les grandes lames débitées à la pression, la valorisation de l'individu à travers la figure du guerrier et la valorisation symbolique des armes. Cette configuration est en place dès le deuxième quart du 4ème millénaire av. JC. Elle n'émerge pas dans les steppes Nord-Pontiques, mais dans le piémont nord du Caucase, durant la culture de Maikop. Celle-ci apparait vers 3800 ou 3700 av. JC. et couvre ensuite tout le 4ème millénaire. Tous les traits qui s'implantent en Méditerranée occidentale vers 3300 av. JC, y sont représentés:
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La culture de Maikop est aussi le berceau de la Province Métallurgique Circumpontique. Les cultures légèrement plus récentes comme Usatovo, Kemi-Oba ou Yamnaya en dérivent d'une manière ou d'une autre. Les stèles anthropomorphes les plus anciennes appartiennent à la culture de Maikop. Une des particularités de ce complexe culturel est sa propension très marquée à l'expansionnisme. Ainsi l'influence de la culture Yamnaya s'étend sur 6000 km entre l'Altaï et l'Adriatique.
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Au vu des assemblages Italiens et Espagnols décrits plus haut, l'auteur ne voit pas de raison de la repousser largement vers l'ouest. Cette hypothèse repose sur 3 arguments: les analogies du mobilier archéologique, les innovations qui sont en rupture complète avec le substrat de Méditerranée Occidentale, et la chronologie absolue qui penche vers une antériorité du pôle oriental.

Dans le cadre de l'architecture funéraire, si la tombe collective domine dans l'ouest de l'Europe, quelques exemples comme la nécropole tumulaire de Ventabren dans le sud de la France rappellent également la culture de Maikop. Cette nécropole est datée entre 3370 et 2925 av. JC.:
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L'une des tombes de cette nécropole contenait 11 grandes lames en silex.

Il semble ainsi que la thèse de l'origine Steppique des statues-menhirs soit le modèle le plus économique pour expliquer les bouleversements qui ont modifié en profondeur le visage de la Méditerranée Occidentale durant le dernier tiers du 4ème millénaire av. JC.

dimanche 27 juillet 2014

Les sépultures campaniformes de Sierentz en Alsace

Les informations sont issues du rapport final d'opération d'archéologie préventive de 2012 de Luc Vergnaud sur le site des Villas d'Aurèle à Sierentz en Alsace, dans la vallée du haut Rhin.

Dans la partie sud de la fouille, quatre sépultures attribuées au Campaniforme ont été mises au jour en 2010. Cet ensemble funéraire s'étend sur près de 55 m en suivant un axe nord-ouest / sud-est:
2012 Vergnaud Figure 39a

La sépulture 10

Cette structure très arasée, de forme quadrangulaire aux angles arrondis (1,5 x 1m) est conservée sur une profondeur maximale de 5 cm. Elle est orientée selon un axe nord-nord-ouest/sud-sud-est. La très mauvaise conservation de cette structure n’a pas permis de connaitre la position originelle du corps. Seuls quelques éléments du squelette d’un enfant d’environ cinq ans ont été mis au jour dans le quart nord-est de la fosse. Il était accompagné de deux vases, certainement complets à l’origine, dont seuls les fonds, déposés au sud du corps, ont été retrouvés (du fait du très mauvais état de conservation de la structure):
2012 Vergnaud Figure 40

Le fond concave n°1 fig.41 appartient probablement à un gobelet à profil en S. Il est de couleur beige à rouge. Le décor conservé consiste en une unique bande composée de huit rangées horizontales d’impressions au peigne, limitée dans sa partie supérieure par une impression de cordelette.
2012 Vergnaud Figure 41

Le fond concave n°2 de la même figure appartient probablement à un gobelet à profil en S. La surface extérieure est brune à rouge sombre. Le décor conservé consiste en une succession de deux registres horizontaux séparés par une mince plage laissée vide. Chaque registre est composé d’un type de bande différent. De haut en bas, on distingue d’une part, une bande délimitée par des impressions de cordelette et remplie par un motif de croisillons composé par des segments imprimés au peigne, et d’autre part, une bande, délimitée par des impressions de cordelette, remplie par neuf rangées horizontales d’impressions au peigne.

La sépulture 68

Cette sépulture, très bien conservée, est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est. Elle est de forme quadrangulaire, aux angles arrondis mesurant 2,30 m de long pour 1,80 m de large. Son fond, plat, se situe à 0,33 m du niveau de décapage.
2012 Vergnaud Figure 42a

Le sujet inhumé est un homme adulte dont l’âge au décès se situe entre 30 et 59 ans. Il a été déposé sur le côté gauche, en position hyper fléchie, selon un axe nord-ouest/sud-est, la tête vers le nord-ouest. Les différentes observations indiquent que le corps se situait dans un coffrage en bois réalisé avec un assemblage de planches surmonté par une superstructure éventuellement subaérienne. De plus, il est vraisemblable que le défunt portait sur lui une enveloppe en matière périssable ayant préservé un certain espace vide autour du corps permettant, tout en les limitant, ses déplacements.

Le défunt était accompagné de deux vases décorés, huit éléments en silex (dont trois armatures de flèches), un aiguisoir en grès, un brassard d’archer en schiste et un fragment de défense de suidé.

Le vase n°1 fig. 50 est un gobelet à profil en S et fond concave. La surface extérieure est beige à brune avec quelques traces ponctuelles noires probablement dues à des coups de feu. Sur la partie supérieure du vase, la surface est rouge sombre, brillante et polie. Il semble qu’il s’agisse là de l’aspect originel de la surface du vase qui n’est pas conservé ailleurs. Le décor, couvrant, s’organise en une succession de sept registres horizontaux, délimités par des impressions à la cordelette et séparés par de minces plages laissées vides. On distingue deux types de bandes. D’une part, une frise de losanges délimités et remplis par des impressions au peigne, l’espace entre les losanges étant laissé libre. D’autre part, une frise faisant alterner deux types de panneaux, l’un composé de 8 à 11 rangées d’impressions horizontales, l’autre, de 4 à 5 rangées verticales, réalisées au peigne.

Le vase n°2 fig. 50 est un gobelet à profil en S et fond concave. La surface extérieure est beige à brune. Certaines zones semblent avoir conservé l’aspect originel du vase. Elles sont, principalement localisées sur les endroits vides de décors et ont une couleur rouge sombre et un aspect brillant et poli. Le décor, couvrant s’organise en une succession de quatre registres horizontaux, séparés par de minces plages laissées vides. On distingue trois types de bandes. Le premier type est délimité par deux rangées horizontales d’impressions au peigne. L’espace entre les deux est rempli par des rangées d’impressions réalisées au peigne. Dans le second type, la bande est, là aussi, remplie de rangées d’impressions au peigne, mais est délimitée par des impressions de cordelette. Enfin le troisième type, délimité par des impressions de cordelette, est rempli par une frise de petits triangles composés par de petits segments obliques réalisés au peigne.
2012 Vergnaud Figure 50

L’objet n°3 fig. 50 est une pièce triangulaire en silex, à base concave. Le bord droit et la base portent de nombreuses traces d’oxyde de fer et semblent de plus être dans un état d’usure plus avancé que le bord gauche. Il pourrait s’agir d’une pièce utilisée comme pierre à briquet. Les armatures de flèche en silex n°5, 6 et 7 fig. 50, sont de forme triangulaire, symétrique, à base concave dégageant deux ailerons. L’objet n°8 fig. 50 est un éclat triangulaire en silex. L’éclat cortical à retouche bifacial n°9 fig. 50, fabriqué en silex, pourrait être un grattoir. L’objet n°10 fig. 50 est une lame épaisse à trois pans réalisée en silex dont une face porte de nombreuses traces d’oxyde de fer. Ce pourrait être une pierre à briquet. L’objet n°11 fig. 50 est une lame corticale à trois pans réalisée en silex.

Le brassard d’archer biforé (n°4 fig. 50), au profil plat et au bord non cintré, a été réalisé dans un schiste de couleur gris-bleu. Une petite partie d’un des coins de la pièce présente une cassure ancienne. La “pierre à rainure” en grès rose (n°13 fig. 50), de forme parallélépipédique, porte sur sa face supérieure deux rainures relativement peu profondes (entre 2 et 3 mm) se croisant quasiment à angle droit. L’objet n°12 fig. 50 est un fragment de défense de suidé qui ne semble pas avoir été travaillé.

La majorité du matériel est déposé au sud-ouest du corps, dans le dos de l’individu. On peut noter l’existence de différents ensembles d’objets. Ainsi au contact de l’aiguisoir n°13 était déposée la pièce en silex n°9. De même les trois armatures de flèches étaient déposées ensemble. L’une (n°7) a de plus été retrouvée de chant, suggérant qu’elle était encore emmanchée lors de son dépôt. Une autre (n°5) était déposée sur l’éclat triangulaire n°8. Le brassard d’archer (n°4) a été retrouvé entre les deux os de l’avant-bras gauche, légèrement sous le radius, sa face plane vers le haut. Le fragment de défense de suidé était en position quasi verticale, pointe en bas, prés du genou gauche de l’individu. Cette position en équilibre instable peut indiquer qu’il était fixé sur un support, éventuellement un vêtement.
2012 Vergnaud Figure 53

La sépulture 69

Cette sépulture, très bien conservée, est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est. Sa forme est quadrangulaire, à angles arrondis. Elle mesure 2,25 m de long sur 1,70 m de large. Sa profondeur maximale est de 50 cm.
2012 Vergnaud Figure 55

Si elle est moins flagrante que dans le cas de la sépulture 68, l’existence d’une architecture funéraire en bois dans cette sépulture est cependant probable. Le sujet inhumé est un homme dont l’âge est compris entre 17 et 19 ans. Il a été déposé au centre de la fosse, en position fléchie sur le coté gauche, selon un axe nord-ouest/sud-est, sa tête vers le nord-ouest. Il est possible d’envisager la présence d’une enveloppe autour ou sur le corps du défunt.

Le mobilier accompagnant le défunt est constitué par deux vases décorés, 13 éléments en silex (dont huit armatures de flèches), un aiguisoir en grès, un fragment de marcassite et un pendentif arciforme en os.

Le vase n°1 fig. 59 est un gobelet à profil en S et fond concave. La surface extérieure est beige à brune claire. La partie inférieure du vase est rouge sombre et polie, ce qui devait probablement être l’aspect originel du vase. Le décor, couvrant, s’organise en une succession de six registres horizontaux, séparés par de minces plages laissées vides. On distingue deux types de bandes. D’une part, une frise faisant alterner deux types de panneaux, l’un composé de 7 à 10 rangées d’impressions horizontales, l’autre, de 7 à 8 rangées verticales, réalisées au peigne et délimitées par des impressions de cordelette. D’autre part, une frise de triangles suspendus à une impression de cordelette et composé par des segments obliques imprimés au peigne.

Le vase n°2 fig. 59 est un gobelet à profil en S et fond concave. La surface extérieure est beige à rouge avec quelques zones de couleur noire, probablement dues à des coups de feu. La partie inférieure du vase, rouge sombre et polie pourrait témoigner de ce à quoi la surface du vase ressemblait à l’origine. Le décor, couvrant, s’organise en une succession de sept registres horizontaux, séparés par de minces plages laissées vides. On distingue deux types de bandes. D’une part, une frise, délimitée par des impressions de cordelette, de petits segments verticaux séparés par des espaces vides, formant un décor en échelle horizontale. D’autre part, une bande délimitée par des impressions de cordelette et remplies par 9 à 13 rangées horizontales d’impressions au peigne.
2012 Vergnaud Figure 59

L’objet n°4 fig. 59 est un éclat cortical en silex portant de nombreuses traces d’oxyde de fer. Ce pourait être une pierre à briquet.

Les armatures de flèche en silex n°6 et 13 fig. 59 sont de forme triangulaire symétrique à base concave et retouches bifaciales. Les armatures de flèche en silex n°10, 11 et 12 fig. 59 sont de forme triangulaire symétrique, à base concave dégageant deux ailerons et à retouche bifaciale. Les armature de flèche en silex n°7, 8 et 9 fig. 59 sont de forme triangulaire à pédoncule et ailerons, à retouches bifaciales.

L’objet n°14 fig. 59 est un éclat cortical en silex. Le fragment n°15 fig. 59 est issu d’une pièce esquillée bifaciale réalisée en silex. L’éclat cortical en silex n°17 fig. 59, est grossièrement circulaire. L’objet n°18 fig. 59 est un éclat cortical, de forme circulaire, en silex. La pierre à rainure en grès gris (n°16 fig. 59) est de forme parallélépipédique allongée. Sa face supérieure porte une seule rainure profonde de 4 à 5 mm. L’objet n°5 fig. 59 est un fragment de marcassite.

L’objet n°3 fig. 59 est un pendentif arciforme en os. Une perforation verticale biconique se situe au centre de la pièce. Cet objet porte un décor composé de quatre séries d’incisions verticales parallèles. A chaque extrémité, quatre lignes incisées se poursuivent sur la face arrière. Au centre de la pièce, deux séries de trois lignes, disposées de part et d’autre de la perforation, s’arrêtent au niveau de celle-ci et sont absentes de la face arrière. La majorité de la surface de la pièce est polie.

Les objets étaient disposés derrière l’individu ou à ses pieds. Tous se situent dans la légère dépression du fond de la fosse. On peut distinguer trois ensembles d’objets. Le premier se compose des deux vases et du fragment de silex n°15 et se situe derrière l’épaule gauche et la tête de l’individu. Le deuxième se situe autour de la zone du bassin. On y retrouve les sept armatures de flèches n°6 à 12, le fragment de marcassite (n°5) et l’éclat cortical (n°4) sous l’os coxal gauche. Le pendentif arciforme (n°3) a été retrouvé en avant du bassin. Deux des armatures sont en position de chant et, de plus, toutes orientées de façon identique. On peut donc penser qu’elles étaient emmanchées lors du dépôt et que les flèches étaient éventuellement regroupées dans un carquois. Le fragment de silex et la marcassite (n°4 et 5) ont été retrouvés au contact l’un de l’autre. La proximité de ces deux objets fait penser à un kit de briquet, éventuellement contenu dans un petit sac porté à la ceinture. Enfin, le dernier ensemble d’objets est localisé aux pieds de l’individu. Il regroupe 3 éclats de silex (n°14, 17 et 18), l’aiguisoir en grès (n°16) ainsi que l’armature de flèche n°13. Le fait que cette dernière n’ait pas été regroupée avec les autres, qu’elle présente une forte patine et que son type évoque plutôt le Néolithique moyen que final incite à penser qu’il s’agit d’une récupération d’un objet ancien, éventuellement en vue d’une réutilisation.
2012 Vergnaud Figure 64

La sépulture 137

Cette sépulture a la forme d'une fosse ovale (2,08 x 1,80 m) conservée sur une profondeur maximale de 0,18 m, à fond plat irrégulier, orientée selon un axe globalement nord-ouest / sud-est.
2012 Vergnaud Figure 65

Aucun élément ne permet d’affirmer l’existence d’une architecture funéraire. Cependant, le rapport de diagnostic fait état de la mise au jour au sein de la fosse de charbons de bois laissant donc penser qu’il pouvait, à l’origine, exister un contenant en bois. Le sujet inhumé est un adulte dont l’âge et le sexe n’ont pu être déterminés du fait de la mauvaise conservation du matériel osseux. Le corps a été déposé au centre de la fosse, en position fléchie sur le côté droit, selon un axe sud-est/nord-ouest, la tête vers le sud-est. D’après sa position, et en tenant compte de la tradition funéraire campaniforme, il est envisageable que ce sujet soit de sexe féminin. Il est possible d’envisager que le défunt portait une enveloppe de tissu.
2012 Vergnaud Figure 66

Elle était accompagnée de deux vases en céramique dont seuls les fonds ont été retrouvés ainsi qu’un élément de silex, un fragment d’outil de mouture, un petit objet en os et trois boutons perforés en V en os. Le fragment de fond n°1 fig. 67 appartient probablement à un gobelet à profil en S. La surface extérieure est brune à rouge. Le décor conservé se compose, de haut en bas, d’une bande délimitée d’impressions à la cordelette et remplie de quatre rangées horizontales d’impressions au peigne suivi d’une bande vide délimitée par des impressions de cordelette. Les deux bandes sont séparées par une mince plage vide.

Le fond n°2 fig. 67 appartient probablement à un gobelet à profil en S. La surface extérieure est beige à brune. Le décor conservé consiste en une succession de trois registres horizontaux séparés par de minces plages laissées vides. Ces registres se composent d’un seul type de bande, délimitée par des impressions de cordelette et remplie par 5 à 6 rangées horizontales d’impressions au peigne. Une impression de cordelette supplémentaire se situe en deçà du dernier registre.
2012 Vergnaud Figure 67

La pièce esquillée bifaciale n°7 fig. 67 est en silex. Les objets n°3, 4 et 5 fig. 67 sont des fragments de boutons hémisphériques à perforation en V. Le fragment d’objet oblong en os n°6 fig. 67 possède une section hémisphérique. Sa face supérieure est plane tandis que sa face inférieure présente deux « renflements » séparés par une légère échancrure. L’extrémité figurée en haut du dessin semble avoir été cassée, suggérant que cet objet n’est qu’un fragment d’un objet plus grand. L’objet n°8 fig. 67 est un fragment d’outil de mouture (molette) en grès rose.

Le fragment de grès a été retrouvé posé sur le crâne au niveau de l’os occipital. Les trois boutons (n°3 à 5 fig. 67) étaient situés, l’un au niveau du cou et les deux autres prés de l’avant bras gauche. Le fragment de silex était déposé à 30 cm à l’ouest du bassin. Un des deux vases était placé au nord-ouest de l’individu. Le second n’était pas mentionné dans la description de la tombe dans le rapport de diagnostic. Cependant, il est fait mention d’un vase retrouvé dans la même tranchée de diagnostic, mais dont la position est inconnue. Lorsque nous avons récupéré le matériel, il s’est avéré que des remontages ont pu être effectués entre certains tessons récoltés avec le vase trouvé dans la sépulture et celui trouvé dans la tranchée. Il est donc vraisemblable que les deux vases faisaient à l’origine partie de la dotation.

jeudi 17 juillet 2014

Le campaniforme du nord de l'estuaire du Tage au Portugal

Le campaniforme de la région de l'estuaire du Tage au Portugal est particulièrement important du fait de ses estimations de son âge très précoce par rapport au campaniforme européen. João Luís Cardoso vient de publier un papier intitulé: Absolute chronology of the Beaker phenomenon North of the Tagus estuary: demographic and social implications. Cette étude semble indiquer que le campaniforme portugais quoique le plus précoce d'Europe semble intrusif dans la culture Chalcolithique locale.

Le modèle jusqu'ici établi pour le campaniforme de cette région est constitué de trois phases temporelles. La première voit l'apparition de la poterie de style international composé de gobelets de type maritime décorés de bandes horizontales constituées de hachures obliques alternées. Le décor est fait d'impressions pointillées. Cette vaisselle est retrouvée principalement dans des sites de hauteurs, et est associée à la vaisselle de type feuilles d'acacia représentative du chalcolithique local. Dans ce modèle, cette première phase est suivie d'une seconde phase caractérisée par un métissage des styles décoratifs: le décor maritime pointillé se mélange avec les techniques du chalcolithique local pour obtenir le style dit de Palmela caractérisé notamment par des bols dont les bords ont un décor particulièrement élaboré. Enfin une dernière phase chronologique du campaniforme local voit la prédominance des décors incisés retrouvés principalement dans des sites domestiques qui sont probablement des petites fermes familiales. Selon ce modèle, le campaniforme correspond à la dernière phase du chalcolithique portugais et précède le Bronze Ancien. Durant le campaniforme les sites fortifiés du chalcolithique ancien, sont progressivement abandonnés pour une occupation plus dispersée dans des sites ouverts propices à l'agriculture et l'élevage.

Cependant ce modèle bien que robuste en apparence, a été mis à mal par la publication récente des premières datations radiocarbones issues de contextes campaniformes. En effet, les datations obtenues sur le site fortifié de Leceia dans une hutte de pierre nommée FM, située en dehors des fortifications, font apparaître le campaniforme dès le second quart du troisième millénaire av. JC. De plus cette hutte qui ne contient que des poteries campaniformes donne la possibilité d'associer le phénomène campaniforme à une population indépendante du chalcolithique portugais. Il y a donc la coexistence de deux populations contemporaines distinctes dans le même espace sur le site de Leceia. Cette étude rassemble les données archéologiques de la région obtenues durant la dernière décade:
2014 Cardoso Figure 1

L'exemple de la hutte FM de Leceia détruit de plus le modèle temporelle jusqu'ici admis puisque l'on retrouve tous les styles campaniformes (international, Palmela et incisé) mélangés dans la même couche stratigraphique d'une structure qui a eu forcément une courte durée de vie. La conclusion est donc que les styles campaniformes n'ont pas de signification chronologique.

Leceia

Les fouilles archéologiques du site fortifié de Leceia ont mis à jour des vestiges campaniformes à l'intérieur des murs de fortification et dans deux huttes situées à l’extérieur des mur d'enceinte:
2014 Cardoso Figure 2

Vers 2600 ou 2500 av. JC, le site fortifié était déjà en déclin. Cette période correspond à la transition entre le Chalcolithique Ancien caractérisé par de la poterie cannelée et le Chalcolithique Moyen. Les occupants situés à l'intérieur de l'enceinte, voient alors l'apparition d'un important influx de poteries campaniformes de style maritime. Cette poterie est associée à de la vaisselle de style feuilles d'acacia. Ces deux traditions ont donc coexisté. La poterie campaniforme pointillée est alors beaucoup plus nombreuse que la poterie incisée (34 tessons contre 5). Les datations radiocarbones indiquent un début de la phase campaniforme au troisième quart du troisième millénaire av. JC, et une fin au dernier quart de ce même millénaire:
2014_Cardoso_Figure3.jpeg

Deux huttes de plan ellipsoïde ont été identifiées en dehors des fortifications. Dans ces huttes toute la poterie retrouvée est exclusivement campaniforme. On ne retrouve pas de céramique cannelée ou à décor de feuilles d'acacia représentative du Chalcolithique local. La hutte FM a pu abriter une cellule familiale. Elle a été construite sur un habitat du néolithique final daté de la seconde moitié du quatrième millénaire av. JC. La poterie retouvée est partagée entre des décors pointillés (69 fragments) et des décors incisés (39 fragments). De nouvelles datations radiocarbones ont été réalisées et confirment l'ancienneté de la hutte FM au second quart du troisième millénaire av. JC avant donc le campaniforme situé à l'intérieur des fortifications.

La hutte EN a également un plan ellipsoïde, mais elle est plus petite que la hutte FM avec une dimension de ses axes de 4m et 2m. Elle a été recouverte par des pierres issues de l'écroulement du mur de fortification. Dans cette hutte la décoration incisée est plus fréquente que la pointillée. Il n'y a pas non plus de décor de style maritime. Les datations radiocarbones indiquent une habitation au troisième quart du troisième millénaire av. JC, contemporaine de celle de l'intérieur des fortifications.

Monte do Castelo

Un petit groupe de céramique campaniforme a été recueilli à la surface du sol, sur la rive droite de la rivière Barcarena, 700 m au sud du site de Leceia. Cela suggère un habitat isolé. L'ensemble de la poterie est décoré avec des incisions, et 5 tessons sont de style maritime:
2014_Cardoso_Figure4.jpeg

Les datations radiocarbones indiquent la fin du second quart du troisième millénaire av. JC.

Freiria

C'est une habitation ouverte localisée près d'un ruisseau, avec différentes structures de combustions et plusieurs huttes. Elle est construite directement sur le sol rocheux. Les fouilles ont donné une abondante céramique campaniforme. Les datations conduisent à des valeurs comprises entre le dernier quart du troisième millénaire av. JC et le début du second millénaire av. JC. Les décors de la céramique sont incisés avec des tessons de style maritime. Le style de Palmela est très rare sur cet habitat:
2014 Cardoso Figure 5

Grotte de Ponte da Lage

Cette grotte est localisée sur la rive gauche de la rivière Lage. Du matériel campaniforme a été retrouvé au 19ème siècle en contexte funéraire avec des restes pré-campaniformes et du Bronze Ancien. Le mobilier campaniforme consiste en un poignard en cuivre, d'autres pièces métalliques et une abondante céramique dominée par le décor incisé. Ce site a été récemment daté du troisième quart du troisième millénaire av. JC.
2014 Cardoso Figure 6

Penha Verde

Cet habitat est situé en hauteur dans les monts Sintra. Un mur et deux huttes de plan circulaire ont été identifiés. Une des deux huttes est associée avec du matériel campaniforme dans un fossé situé en dehors de la structure, et un pavement sur le sol à l’intérieur de la structure. La céramique campaniforme est associée à de la céramique à décor de feuilles d'acacia. La céramique campaniforme est à majorité de style international pointillé. Les 6 dates radiocarbones obtenues suggèrent une habitation qui s'étale sur l'ensemble de la seconde moitié du troisième millénaire av. JC. Si la majorité de la céramique campaniforme est pointillée la dernière phase d'habitation semble être reliée à de la céramique incisée, notamment des bols de Palmela.
2014 Cardoso Figure 8

Moita da Ladra

L'habitat fortifié est localisé en haut d'une cheminée basaltique surplombant l'estuaire du Tage. Des vestiges de métallurgie ont été retrouvés. La céramique campaniforme de style majoritairement maritime pointillé, avec un seul tesson incisé, est associée à de la céramique à décors de feuilles d'acacia. Les datations radiocarbones donnent un âge situé au dernier quart du troisième millénaire av. JC.
2014 Cardoso Figure 10

Grotte de Verdelha dos Ruivos.

44 sépultures campaniformes ont été retrouvées sur 4 niveau de cette petite grotte. La majorité des corps sont déposés en décubitus latéral, et recouverts d'une dalle. La céramique est dominée par le style incisé, notamment sur des bols de Palmela. Les datations radiocarbones situent cette occupation funéraire au second quart et au début de la seconde moitié du troisième millénaire av. JC,
2014 Cardoso Figure 11

Discussion

  • La céramique incisée est dominante sur les sites de Leceia dans la hutte EN, de Freiria, et de la grotte de Ponte da Lage, datés de la seconde moitié du troisième millénaire av. JC et au début du second millénaire av. JC. Les exceptions sont la grotte de Verdelha dos Ruivos et le site de Monte do Castelo qui correspondent au second quart et au milieu du troisième millénaire av. JC, Cette conclusion contredit le modèle en trois phases qui inscrit le style incisé à la fin de la période campaniforme.
  • La céramique maritime pointillé est associée aux sites fortifiés de Leceia à l'intérieur de l'enceinte, de Moita da Ladra, et de Penha Verde. Elle est associée à la céramique à décor de feuilles d'acacia. Ces deux derniers sites confirment la continuité de l'usage de fortification par les campaniformes, dans la seconde moitié du troisième millénaire av. JC.
  • Il est claire que les deux principaux types de céramique campaniforme (pointillé et incisé) ont coexisté à la fois dans l'espace et dans le temps. La différence vient du type d'habitat puisque le style pointillé se retrouve principalement dans les fortifications alors que le type incisé se retrouve dans les petites structures familiales en zone ouverte. Il est tentant d'associer ces deux types de céramique à des classes sociales différentes. La classe supérieure habitait dans les fortifications et fabriquait de la céramique pointillée alors que la classe inférieure habitait dans des petites fermes et fabriquait de la céramique incisée. C'est probablement la classe supérieure qui est associée aux poignard en cuivre, aux pointes de Palmela et aux objets en or.
  • L'antiquité de la céramique campaniforme de la hutte FM de Leceia est un des plus importants aspect de cette étude. Au Portugal d'autres dates sont en accord avec cette précocité. Ainsi une occupation campaniforme située à Porto Torrão dans le nord du Portugal, correspond à une date comprise entre 2823 et 2658 av. JC. Ce site est associé quasiment exclusivement à de la céramique maritime pointillée. Un autre site à Crasto de Palheiros est associé à de la céramique variée: maritime, pointillé géométrique, incisé. Il est daté entre 2861 et 2466 av. JC. De plus une sépulture située à Baião confirment la contemporanéité des différents styles de céramiques. On y a trouvé des tessons campaniformes de style maritime pointillé, du style pointillé géométrique, du style incisé, un bol de Palmela à décor pointillé, ainsi que 7 objets en cuivre: deux poignards et 5 pointes de Palmela. Finalement, au nord-est de la péninsule ibérique, à Buraco da Pala, des dates précoces ont été obtenues en contexte campaniforme, entre 2888 et 2348 av. JC.

Conclusions

  • Les premières productions campaniformes dans l'estuaire du Tage ont coexisté avec peu d'interaction avec les populations du Chalcolithique local qui vivaient dans les sites fortifiés et utilisaient de la céramique cannelée. Cependant, dans d'autres cas, la coexistence de ces deux populations s'est traduite par une interaction plus importante comme à Zambujal par exemple. Cette interaction a continué durant tout le troisième millénaire av. JC.
  • Durant la seconde moitié du troisième millénaire av. JC, la céramique fine de type maritime ou pointillé géométrique se retrouve dans les sites fortifiés où vivait la classe supérieure. La céramique incisée de moindre qualité se retrouve dans des petits habitats ouverts vers les terres où vivait une population d'agriculteurs et de pasteurs.
  • La complexité du phénomène campaniforme dans la région du Tage ne correspond pas bien au modèle classique de trois phases successives caractérisées par leur type de poterie. De plus, sa précocité a des parallèles au sud et au nord du Portugal, ainsi qu'en Espagne.
  • Si la société campaniforme est scindée en deux composantes (classes supérieure et inférieure), il s'agit néanmoins d'une culture unique qui coexiste avec une autre culture du Chalcolithique local. Ainsi certains sites comme Penedo de Lexim ou Outeiro Redondo présentent une absence complète de mobilier campaniforme.
  • La chronologie absolue des premiers campaniformes dans la région du Tage est maintenant bien établie autour de 2700 ou 2600 av. JC, avant la transition du Chalcolithique Ancien (céramique cannelée) au Chalcolithique Moyen (céramique à décor de feuilles d'acacia) datée entre 2600 et 2500 av. JC. La culture campaniforme semble donc complètement indépendante de la culture Chalcolithique locale. Ces deux entités évoluent parallèlement dans la région, et il n'est plus possible d'associer le campaniforme avec le Chalcolithique récent de la région.

mercredi 7 août 2013

L'origine des Iberomaurusiens dans le nord-ouest de l'Afrique

Barton vient de publier un papier intitulé: Origins of the Iberomaurusian in NW Africa: New AMS radiocarbon dating of the Middle and Later Stone Age deposits at Taforalt Cave, Morocco qui précise l'origine et la datation de la culture Iberomaurusienne d'Afrique du Nord.

Des études récentes en génétique ont proposé que les populations d'hommes modernes en Afrique du Nord sont originaires de groupes qui ont migré à partir de l'Asie du Sud-Ouest. Cependant la nature, le timing et la diffusion géographique de ces migrations restent sujets à débat. D'un côté, des études proposent une diffusion ancienne des groupes mitochondriaux M1 et U6 en Afrique du Nord dès 40.000 ou 45.000 ans (Olivieri, 2006), alors que d'autres études suggèrent de multiples migrations avec une expansion majeure de l'haplogroupe U6 au Maghreb, il y a seulement 22.000 ans (Maca-Meyer, 2003 et Pereira, 2010). Les cultures archéologiques seraient liées à ces modèles démographiques. Notamment Maca-Meyer a proposé que la diffusion des haplogroupes U6a1 et U6a1a âgés d'environ 22.000 ans soit liée à l'apparition de la culture Iberomaurusienne. Cette industrie lithique lamellaire est significative car elle représente la plus ancienne technologie du Paléolithique Supérieur au Maghreb. Actuellement, il est difficile de savoir si cette industrie correspond à l'arrivée d'une nouvelle population (modèle de remplacement) ou à l'évolution d'une population déjà présente auparavant (modèle de continuité). Pour le moment, l'archéologie n'a pas pu répondre à cette question du fait du manque de précision des datations obtenues pour cette région, et de la rareté de stratigraphie associée à des restes fossiles humains. Un site majeur qui peut remédier à cette situation est la Grotte des Pigeons à Taforalt. Cette grotte est localisée dans les montagnes Beni-Snassen au nord-est du Maroc, et a été sujette à des fouilles récentes qui a fourni une longue séquence continue de restes archéologiques entre 110.000 et 12.000 ans. Les sédiments incluent des occupations atériennes et iberomaurusiennes avec la présence de sépultures.

Dans cette étude, les auteurs rapportent 54 nouvelles datations radiocarbones qui permettent d'enregistrer l'apparition de la culture iberomaurusienne.

La culture iberomaurusienne est bien documentée dans des grottes, des abris rocheux et des sites de plein-air, le long de la côté méditerranéenne du Maghreb:
2013 Barton Figure 1

Son industrie lithique est caractérisée par des microlithes lamellaires, et marque un profond changement par rapport au Paléolithique Moyen au Maghreb. Cependant très peu est connu au sujet de son origine. Plusieurs théories ont été proposées. Son terme lui-même relie l'Afrique du Nord-Ouest avec la péninsule ibérique. Mais depuis cette proposition, les archéologues ont rejeté un lien éventuel entre l'industrie iberomaurusienne et le sud de l'Europe. Une autre théorie a proposé que la culture iberomaurusienne était issue de la culture Dabéenne en Cyrénaïque (Lybie). Cependant les dates de la culture iberomauruisenne en Lybie sont plus récentes que celles au Maghreb. Plus récemment on a proposé que la culture iberomaurusienne était reliée à un phénomène plus large d'industrie lithique lamellaire en Afrique du Nord et au Proche Orient entre 20.000 et 23.000 ans. Cependant cette théorie n'explique pas la plus grande ancienneté de la culture iberomaurusienne au Maghreb et les différences entre celles-ci et l'industrie lithique en Egypte. Une part du problème est liée à la rareté de datations précises. Les plus anciennes datations radiocarbones obtenues pour la culture iberomaurusienne ont été obtenues à Taforalt: 21.900 et 21.100 ans. A Tamar Hat, 7 dates ont été obtenues entre 20.600 et 16.100 ans. En Cyrénaïque, deux datations ont donné une valeur de 16.070 et 18.620 ans. D'autre part un doute subsiste sur les relations en la culture iberomaurusienne et les cultures plus anciennes dans la région. La culture iberomaurusienne recouvre toujours la culture atérienne. Cependant il y a un débat pour savoir s'il y a une continuité temporelle entre les deux cultures ou s'il y a une période vierge d'occupation entre les deux. En Cyrénaïque, la culture iberomaurusienne semble suivre immédiatement la culture Dabéenne.

La stratigraphie obtenue par les auteurs de cette étude est visible dans la figure ci-dessous:
2013 Barton Figure 4

Les sédiments se composent d'une couche grise cendreuse qui recouvre un couche jaune sableuse. Les auteurs ont découpé l'industrie iberomaurusienne en 3 phases. La phase la plus récente correspond aux sédiments gris cendreux (couches L2 à L29 de la figure ci-dessus). Il y a peu de variation dans cette phase qui contient des éclats non retouchés et des lamelles. Les outils retouchés sont dominés par les lamelles. La phase moyenne correspond à la couche Y1 des sédiments jaunes sableux. Les lamelles sont plus nombreuses que dans la phase récente. Les microburins sont également très nombreux. La phase la plus anciennes correspond aux couches Y2 au haut de Y4 des sédiments jaunes sableux. Il y a encore de nombreuses lamelles, mais la méthode d'obtention de ces outils est différente par rapport à la phase moyenne. Du bas de la couche Y4 à la couche Y11 l'industrie lithique est très différente. Il n'y a plus de lamelles. L'industrie lithique consiste en éclats issus de noyaux non Levallois. La méthode est une percussion dure à partir d'outils en pierre et non organique.

Un total de 52 datations radiocarbones a été effectué à partir d'ossements ou de charbons de bois de la stratigraphie décrite ci-dessus. 2 datations supplémentaires ont été faites dans une autre zone de la grotte. Une analyse Bayésienne a été utilisée pour combiner les informations archéologiques avec les dates calibrées pour améliorer la précision de la chronologie. Le résultat est montré dans la figure ci-desssous:
2013 Barton Figure 7

Ce modèle suggère que la limite entre les sédiments gris et les sédiments jaunes est apparue entre 15.190 et 14.830 ans.

L'ensemble de ces 54 datations fourni le plus grand ensemble cohérent disponible pour cette période au Maghreb. La culture iberomaurusienne a ainsi duré environ 9000 ans entre 21.420 et 12.698 ans. De plus il y a un écart important entre la fin de l'industrie non Levallois et le début de l'industrie iberomaurusienne, d'environ 1900 ans. Cette industrie non Levallois est différente de l'industrie atérienne qui utilise des techniques Levallois. Malheureusement, comme il n'y a pas dans le secteur fouillé, une industrie lithique correspondant à la culture atérienne, on ne peut en connaître sa chronologie. Cependant, un autre secteur de la grotte de Taforalt inclu en dessous de la couche iberomaurusienne et de la couche non Levallois, une couche atérienne. Une date de 37.570 ans a été obtenue pour cette industrie atérienne qui correspond à la datation la plus récente pour la culture atérienne à Taforalt. Cette datation correspond à la datation obtenue à Wadi Noun, au sud du Maroc qui donne une valeur de 30.900 ans et à la datation obtenue à Mugharet el Aliya, au nord du Maroc, avec une valeur de 39.000 ans. Ainsi, à Taforalt, l'industrie atérienne est suivie par une culture non Levallois, puis par la culture iberomaurusienne.

Les auteurs ont ensuite essayé de relier ces datations avec les événements climatiques. La phase récente de l'ibéromaurusien (couches sédimentaires grises) correspond à l'interstade Greenland 1e qui est une époque relativement humide. Il est également intéressant de voir que la transition entre les phases anciennes et moyennes de l'iberomaurusien correspond à l'événement 1 de Heinrich (HE1). Enfin la fin de l'industrie non Levallois semble correspondre à l'événement 2 de Heinrich (HE2).

Cette étude a montré qu'il n'y a pas de continuité culturelle entre l'industrie iberomaurusienne et celle qui la précède. Ainsi dans le nord-ouest de l'Afrique la transition entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur correspond à l'arrivée d'une industrie lamellaire autour de 22.000 ans portée par l'expansion démographique des sous-clades de l'haplogroupe mitochondrial U6. Reste à savoir si cet événement est relatif à l'arrivée d'une nouvelle population au Maghreb suite à la disparition des cultures du Paléolithique Moyen ou non, et si il est lié à un changement climatique.

vendredi 12 juillet 2013

Les natoufiens tapissaient le fond des tombes de fleurs il y a 11.700 à 13.700 ans

Dani Nadel vient de publier un papier très intéressant intitulé: Earliest floral grave lining from 13,700–11,700-y-old Natufian burials at Raqefet Cave, Mt. Carmel, Israel, qui relate la découverte d'impressions de plantes sur le fond de certaines tombes natoufiennes en Israël.

Au levant méditerranéen, les plus anciennes tombes humaines connues datent de 120.000 à 55.000 ans et sont situées dans des grottes telles que Qafzeh, Skhul, Tabun, Amud et Kebara. Les corps sont généralement enterrés en position fléchie, parfois avec des restes d'animaux placés sur eux. Ces tombes sont souvent peu nombreuses et isolées et ne représentent pas de véritables cimetières.

Les sites Natoufiens entre 15.000 et 11.500 ans offrent un aspect différent. Ainsi plus de 450 squelettes ont été découverts dans des endroits tels que el-Wad, Eynan, Hayonim, Hilazon Tachtit, Nahal Oren et Raqefet. En effet ces derniers sites ressemblent davantage à des cimetières où plusieurs dizaines de tombes ont été découvertes. Celles-ci sont soit individuelles, soit multiples, les corps sont soit fléchis, soit allongés, ils sont décorés avec des perles, parfois les crânes sont enlevés après la décompostion du corps, de l'ocre est souvent utilisé et des offrandes sont peut-être associées à des fêtes funéraires.

Ce papier relate la découverte d'impressions de plantes associées à des tombes natoufiennes de la grotte Raqefet situés dans les Monts Carmel en Israël, et datées entre 13.700 et 11.700 avant le présent.
2013 Nadel Figure 1

Les fouilles ont révélé 29 squelettes situés tous sauf un sur une petite surface de 15 m2, ce qui justifie ici le terme de cimetière. Des adultes, des enfants et des nourrissons forment cette population. La plupart des tombes sont individuelles, bien que 4 tombes soient double: deux corps sont enterrés dans la même fosse. Parmi ces tombes, quatre ont montré des impressions de plantes. Pour cette étude, des échantillons de sédiments ont été collectés pour analyser les processus complexes et pour raffiner la microstratigraphie. Enfin des analyses phytolithes ont été menées. Le remplissages des tombes comprend du calcaire mélangé avec du charbon de bois, des os, du sol local, des graviers et des coquilles d'escargots. Un plaquage de boue tapissait l'intérieur de certaines tombes. Ce plaquage contenait des impressions de racines, feuilles et fruits, et devait donc avoir été humide durant l'enterrement ou juste après.

Le plus grand nombre d'impressions de plantes se trouve dans la sépulture double des individus 25 et 28:
2013 Nadel Figure 2

Les deux corps sont allongés sur le dos. L'un est un adolescent de 12 à 15 ans, avec les genous repliés vers la gauche. Le crâne a été enlevé rituellement. L'autre est un adulte d'environ 30 ans, avec les genoux repliés vers la droite. Il a été daté directement entre 12.550 et 11.720 avant le présent. Cet individu a une dalle de pierre verticale derrière la tête. A la base de la tombe on a retrouvé plus de 30 impressions de plantes, dont 13 racines. De la sauge, de la menthe et des scrophulaires ont été identifiés. Ces espèces poussent actuellement autour de la grotte. Ces fleurs poussent au printemps, ont une forte odeur aromatique et certaines ont un pouvoir médicinal. Ces impressions ont été faites avant le milieu de l'été.

La sépulture double des individus 18 et 19 préserve des données relatives à la préparation de la tombe. En effet un renflement du sol a été ciselé pour formé un mur interne à la tombe. Des impressions de roseaux ont été retrouvées sur une paroi verticale. Cette tombe est datée entre 13.700 et 13.000 avant le présent.Enfin, la sépulture de l'individu 1 montre des traces de racines entrecroisées.

La pratique de tapisser le fond des tombes avec des plantes ne semble pas lié à l'âge des individus. Ces impressions de plantes sont restreintes aux tombes et n'ont pas été trouvées ailleurs. D'autre part aucune impression de silex ou d'os n'a été trouvé sur le sol malgré la présence de nombreux de ces artéfacts, indiquant que la tapisserie de plantes devait être relativement épaisse et couvrir tout le sol de la tombe. Les datations ont montré que ce cimetière a pu être utilisé pendant une longue période de près de 2000 ans durant laquelle la coutume de tapisser la tombe de plantes n'a pas changé.

Des études expérimentales ont démontré le rôle des fleurs comme source de stimuli émotionnel avec des impacts positifs sur le fonctionnement social humain. Les fleurs peuvent être utilisées pour expirmer la sympathie, la fierté ou la joie. Elles peuvent également exprimer des sentiments religieux. Dans certaines religions, les fleurs permettent la communication spirituelle. Ces relations ont probablement permis la domestication de certaines espèces de plantes il y a bien longtemps. L'utilisation de fleurs dans des événements sociaux comme les funérailles, peut avoir également servi pour affirmer l'identité ou la solidarité d'un groupe. Ainsi le développement des cimetières natoufiens a probablement réduit les tensions sociales et amélioré la cohésion du groupe dans une période de fluctuation environnementale, d'accroissement de la densité de la population, et d'augmentation des conflits sociaux.

mardi 23 avril 2013

Découverte d'une riche tombe campaniforme féminine en Angleterre

Des fouilles archéologiques dans une carrière à côté de Windsor en Angleterre ont révélé une rare tombe campaniforme de l'âge du cuivre datée entre 2500 et 2200 av. JC.

Tombe campaniforme

Le mobilier découvert dans la tombe comprend une des plus anciennes découvertes d'ornements en or sous la forme de 5 perles tubulaires, associées à 29 perles d'ambre et 30 perles de lignite noire. L'inhumation contenait les restes d'une femme d'au moins 35 ans. Au moment de son enterrement, elle portait un collier contenant des petites perles tubulaires en or et des perles discoïdes de lignite noire. Plusieurs boutons perforés en ambre ont été retrouvés alignés le long de son corps, ce qui peut indiquer qu'elle portait un vêtement de laine tissée. D'autres perles en lignite retrouvées au niveau de sa main indiquent qu'elle portait également un bracelet.

Beaker woman

Cette tombe féminine représente une découverte inhabituelle et importante puisque seulement un petit nombre de tombes campaniformes d'Angleterre contenaient de l'or, et celles-ci étaient principalement masculines. Il semble ainsi que leurs croyances religieuses imposaient que la plupart des hommes étaient enterrés en position accroupie la tête vers le nord et regardant vers l'est. Les femmes étaient en position inverse avec la tête vers le sud.

La femme a été trouvée avec un grand gobelet campaniforme situé à côté de sa hanche. Cette poterie est décorée au peigne.
Beaker vessel
Les campaniformes vivaient en Europe autour de 2500 av. JC, à l'époque de Stonehenge. Dans de nombreuses régions comme la Grande-Bretagne, ils étaient les premiers à utiliser le cuivre et l'or. Ils inhumaient leurs morts avec des poteries caractéristiques appelées gobelets, et d'autres objets en métal, en pierre ou en os.

Gareth Chaffey, responsable de l'archéologie dans le Wessex, qui a fouillé le site ces dernières années a dit qu'il est intéressant de penser qui était cette femme dans sa communauté. Elle était probablement une personne importante dans sa société, ce qui lui donnait accès à des objets prestigieux, rares et exotiques. Elle aurait pu être une dirigeante, une personne avec du pouvoir et de l'autorité, ou peut-être un membre d'une famille appartenant à l'élite: une princesse ou une reine. L'ostéologue Jacqueline McKinley a examiné le squelette qui apparait être celui d'un adulte de 35 ans ou plus, peut-être une femme. Malheureusement la nature acide du sol n'est pas idéal pour la préservation des ossements et limite la possibilité de recherches scientifiques telles la datation radiocarbone ou les tests ADN. Stuart Needham, un expert de l'âge du cuivre, qui étudie actuellement les perles en or a déclaré que les sépultures campaniformes de cette époque sont presque inconnues dans le sud-est de l'Angleterre et seulement un petit nombre d'entre elles contiennent des ornements en or. Les perles tubulaires qui ont été trouvées près de Windsor sont certainement rares en Grande-Bretagne, ce qui donne une très grande importance à cette tombe.

Il est possible que les perles en or ont été faites à partir d'autres objets faits de feuille d'or. Elles ont été examinées par les scientifiques de l'université de Bristol et de l'université de Reading. Chris Standish qui enquête sur les sources d'or exploitées durant le chalcolithique et l'Age du Bronze Ancien a utilisé des analyses de l'isotope du plomb pour caractériser des gisements d'or de Grande-Bretagne ou d'Irlande. Cette technique a été utilisée sur les cinq perles d'or de la tombe de Horton près de Windsor. Il conclut que les signatures isotopiques sont consistant avec des gisements d'or du sud-est de l'Irlande ou du sud de la Grande-Bretagne.
Gold Beads

Des analyses futures de leur composition chimique éclaireront leur origine, et donneront des informations importantes sur les réseaux d'approvisionnement de l'or et d'échanges commerciaux qui existaient à cette époque.

Stuart Black, un archéologue de l'université de Reading, a examiné les perles en or, et a révélé des signes de décoration et des détails relatifs à leur fabrication. Ceci inclut des trous de couture fine sur au moins trois des perles. Les parures trouvées dans la tombe sont très intéressantes quand on considère leur origine. L'or vient du sud de l'Angleterre ou de l'Irlande, les perles de lignite viennent de l'est de l'Angleterre et les boutons d'ambre viennent des pays baltiques, ou des côtes est de l'Angleterre.
Perles Ambre


Les tombes campaniformes de ce type sont rares dans cette région de l'Angleterre. Cependant, Alistair Barclay remarque que nous savons depuis des recherches récentes qu'un paysage préhistorique important est enterré à l'ouest de Londres et à l'est du Berkshire. Cette découverte ajoute de nouvelles informations significatives à cette histoire défiant notre perception et notre compréhension de la préhistoire.

Beaker grave

Les perles seront exposées à la fin du mois d'avril 2013 durant un événement de deux jours organisé par la compagnie Cemex UK et l'archéologie du Wessex. Et plus tard dans l'année, on espère exposer l'ensemble du mobilier de la tombe dans un musée local.

mercredi 13 février 2013

Diffusion du néolithique dans les gorges du Danube

Dusan Boric et Douglas Price ont publié un papier qui montre que le début du néolithique dans les Balkans se traduit par une plus grande mobilité des gens par rapport aux époques précédentes.

L'expansion du néolithique dans les Balkans implique une diffusion à partir des plaines de Thessalie et du nord de la Grèce vers les corridors naturels des vallées des rivières principales, suivant une direction vers le nord ou l'ouest. Les dates radiocarbone montrent que le néolithique n'a pas commencé avant 6500 ou 6400 av. JC. en Thessalie, et qu'il s'est ensuite rapidement diffusé dans le centre et le nord des Balkans vers 6300 ou 6200 av. JC.

Cette étude se focalise sur la mobilité et la migration des gens à partir des mesures des taux isotopiques du strontium de l'émail dentaire d'individus issus de sépultures situées dans les gorges du Danube dans le centre-nord des Balkans.
2013 Boric Figure 1
Cet endroit est caractérisé par une séquence archéologique continue du mésolithique au néolithique. Le strontium vient des roches érodées, des eaux et sols et entre dans le corps via la chaîne alimentaire. L'émail des dents se forme à la naissance et dans l'enfance. Il ne change plus ensuite durant la vie de l'individu. Il donne ainsi une indication du lieu de naissance de l'individu, et permet donc d'en déduire un éventuel mouvement de la personne.

Il y a près de 300 mesures de datation radiocarbone situées dans la région des gorges du Danube pour les périodes mésolithique et néolithique, dont 83 obtenues directement à partir d'os humain. Les plus anciennes sont datées de 13.500 à 9.300 av. JC. à Cuina Turcului et à la grotte de Climente II. Ensuite, au début de l'holocène, le mésolithique est caractérisé par la consommation de poissons pêchés dans le Danube: carpes, poissons-chat et esturgeons. Les premières sépultures entre 9.500 et 7.400 av. JC. sont retrouvées sur les sites de Vlasac, Padina A et Lepenski Vir. Il y a 14 sépultures actuellement datées durant ces périodes du mésolithique ancien. Les corps sont allongés sur le dos ou assis en position du lotus. Le mésolithique récent est caractérisé par une démographie plus intense et des habitations de longues durées. Les corps sont encore allongés sur le dos pour la pluspart, mais on remarque l'apparition de crémations. Le mésolithique final ou transition mésolithique/néolithique est daté entre 6.200 et 6.000 av. JC. Cette phase est donc contemporaine avec le néolithique ancien dans les vallées de la Morava, du Danube moyen et de la Tisza. Un art remarquable de roches sculptées et d'architecture innovante comme les constructions à base trapézoïdale, caractérise cette phase à Lepenski Vir. La poterie et les haches polies font leur apparition, mais il n'y a pas de trace de domestication, ce qui semble indiquer un mode de vie hybride. Les sépultures sont encore dans une position allongée. A la même époque un site pleinement néolithique a été découvert à Ajmana à l'entrée des gorges du Danube. Puis vers 6.000 ou 5.950 av. JC. les premières inhumations en position fléchie apparaissent en plusieurs endroits. A Lepenski Vir ces positions fléchies coexistent avec des positions allongées. Ensuite, les architectures à base trapézoïdale, disparaissent à Lepenski Vir et les habitations prennent une forme typiquement néolithique. La population augmente. La région des gorges du Danube comprend une des plus importantes séries de restes humains liés à la transition mésolithique/néolithique.

Les mesures isotopiques de l'azote, du carbone et du strontium ont été effectuées sur un certain nombre d'ossements issus de nombreuses sépultures de la région des gorges du Danube. Il est possible de voir une forte relation entre ces mesures isotopiques et les datations radiocarbones, pour lesquelles un changement majeur intervient aux alentours de 6.200 av. JC., soit à la transition mésolithique/néolithique. La période néolithique se traduit par une plus grande variation du lieu d'origine des différents individus, mais également par une diète composée essentiellement d'animaux terrestres, et non plus de poissons.
2013 Boric Figure 3

Les valeurs isotopiques différentes des valeurs locales sont soit plus élevées, soit plus faibles indiquant ainsi au moins deux régions d'origine différentes pour les migrants. Les premiers migrants à Lepenski Vir sont enterrés en position couchée et sont majoritairement des femmes, les derniers arrivant sont enterrés en position fléchie. Il semble donc que les premiers migrants qui sont des femmes correspondent à des échanges de femmes entre les sociétés mésolithiques des gorges du Danube, et les sociétés néolithiques situées plus en aval. La seconde vague de migrants correspond probablement à l'arrivée des sociétés pleinement néolithiques dans les gorges du Danube. Notamment, deux individus migrants de Lepenski Vir inhumés en position fléchie présentent des carries dans leurs dents indiquant une nourriture à base d'amidon typiquement néolithique.

Ainsi, cette étude privilégie un modèle dans lequel des interactions intenses et prolongées durant au moins deux siècles entre des communautés mésolithiques et les premières communautés néolithiques ont eu lieu dans les Balkans. La vallée du Danube a dû avoir une importance considérable dans la diffusion néolithique. Cette dernière est caractérisée par la migration de personnes et l'assimilation complète des sociétés de chasseurs-cueilleurs.

lundi 11 février 2013

Un dolmen suisse révèle des rituels du néolithique

Une découverte sensationnelle a été faite en Suisse dans la région de Berne. Un dolmen daté de plus de 5000 ans, contenant 30 squelettes et des objets du néolithique. C'est la première tombe néolithique découverte intacte au nord des Alpes.

Dolmen Suisse

En octobre 2011, des spécialistes du Service Archéologique du canton de Berne, ont commencé a fouillé une grande dalle de granit de 7 tonnes. Elle mesure 3 mètres de long sur 2 mètres de large et 1 mètre d'épaisseur. Les archéologues ignoraient qu'elle couvrait une tombe néolithique. Ce site a été trouvé lorsqu'un fermier a essayé de déplacer ce rocher de l'époque glaciaire. Selon un article du Berner Zeintung, des objets romains et médiévaux ont été trouvés au-dessus des couches néolithiques. Ce dolmen faisait donc partie du paysage jusqu'au 13ème siècle de notre ère. La plupart des sédiments qui recouvrent le site sont des dépôts d'inondation de la rivière voisine. Le responsable de la fouille Marco Amstutz a commenté sa découverte: “What we found here is like winning the lottery“. Une sépulture collective intacte du néolithique est apparue malgré des craintes sur un éventuel pillage. Les montants du dolmen sont légèrement inclinés à cause des inondations constantes de la rivière toute proche, mais malgré cela, le site est relativement bien préservé. Les fouilles de la chambre sépulcrale ont révélé plus de 30 individus, ainsi que du mobilier funéraire dont des perles, des pointes de flèche en silex et des coquillages.

Des tests ADN ainsi que des analyses sophistiquées des dents seront effectués au cours des deux prochaines années.

Le néolithique Suisse débute au milieu du 5ème millénaire av. JC. Il est contemporain de la culture rubanée en Europe Centrale et de la culture de Vinca dans les Balkans. Durant le 4ème millénaire av. JC., quand ce dolmen a été construit, la culture locale semble se développer indépendamment du reste de l'Europe, et cette fouille peut aider à débuter une étude plus approfondie des connections qui ont relié la région durant cette période.

Une équipe de la télévision suisse a suivi les archéologues durant leur fouille du dolmen:

lundi 21 janvier 2013

Origine et diffusion de la métallurgie

Voici un papier de Nissim Amzallag qui date de 2009, mais qui apporte beaucoup d'information au sujet de l'origine, de la diffusion et de la technologie de la métallurgie: From Metallurgy to Bronze Age Civilizations: The Synthetic Theory.

Deux théories s'affrontent à ce sujet. La première fait l'hypothèse d'une origine unique au Proche-Orient suivie d'une diffusion dans le reste du monde. Selon cette théorie, la métallurgie a permis d'améliorer le niveau de vie des gens ce qui a entrainé une augmentation de la population et l'émergence d'une élite dirigeante. La seconde suppose que l'invention de la métallurgie s'est faite en différents endroits de manière indépendante. Pour cette théorie, la métallurgie n'est qu'un élément parmi d'autres, qui a permis aux sociétés d'évoluer. En réalité aucune des deux théories n'est satisfaisante, car chacune intègre seulement une partie de la réalité. Nissim Amzallag se propose de réunir ces deux théories en tenant compte des différents types de métallurgie basés sur le creuset ou sur le four.

Métallurgie dans des creusets

La fonte du cuivre natif dans des creusets est connue avant la transformation du minerai de cuivre en métal, cependant cette dernière a été réalisée rapidement dans des creusets. La transformation du minerai en cuivre dans un creuset, est connue en différents endroits d'Asie, d'Europe et des Amériques entre le 5ème et le 2d millénaire av. JC. Une telle distribution suppose que la découverte de cette technologie a été faite de manière indépendante en différents endroits: le plateau iranien, le haut Euphrate, les Balkans, l'Europe Centrale, la péninsule ibérique, la Thaïlande et l'Amérique du sud. L'analyse des différents processus a permis de comprendre l'avancée de la technologie. Sur le plateau iranien, dès le 9ème millénaire av. JC., la malachite a été extraite des mines comme pierre semi-précieuse ou comme colorant, et le cuivre natif a été travaillé dès le 7ème millénaire av. JC., d'abord par martelage à froid, puis par martelage à chaud et recuit. Dès le début du 5ème millénaire av. JC., le cuivre natif a été fondu et coulé dans des moules. Sur le site archéologique de Tepe Ghabristan, en plus de moules, de la malachite écrasée a été découverte à côté de creusets scorifiés, confirmant la transformation du minerai de cuivre. La même séquence a été mise en évidence dans le haut Euphrate. Il semble donc que la transformation du minerai de cuivre dans des creusets a été découverte dans le contexte de l'extraction du cuivre natif entourée de sa gangue formée de minerai.

On considère que la transformation du minerai dans un creuset est la première technique de métallurgie. Le remplacement du creuset par un four partout sauf aux Amériques, est justifié par des besoins d'amélioration du processus. L'utilisation du four a été précédé par l'utilisation de céramiques dès le début du 5ème millénaire av. JC. Ces céramiques, considérées comme de grands creusets, ont été identifiées comme le chaînon entre le creuset et le four. Néanmoins, si le passage du creuset au four est aussi simple que cela, il est difficile d'imaginer pourquoi ce processus a été si long: 1500 ans dans la péninsule ibérique et en Thaïlande, et jamais dans les Amériques. Ainsi, le passage du creuset au four n'est pas seulement une question de taille. En réalité, il semble que la température soit le facteur limitant de la taille des creusets. Cette limitation existe car la source de chaleur du creuset est extérieure, contrairement au four dont la source de chaleur est interne. Le charbon de bois n'est pas seulement une source de chaleur. En effet, lorsqu'il est mélangé avec du minerai de cuivre, le charbon de bois est aussi producteur de monoxyde de carbone qui est un agent réducteur pour la transformation du minerai en cuivre. Néanmoins, le charbon de bois n'est pas la seule source d'agent réducteur pour la métallurgie: en effet, les sulfures de cuivre peuvent être aussi utilisées. Dans ce dernier cas, le processus de transformation de minerai d'oxyde de cuivre en métal, est appelé cosmelting. Certaines observations ont montré que le cosmelting a été réalisé dans des creusets:

  • lorsque la transformation de minerai de cuivre se fait dans un creuset à l'aide de charbon de bois, seul une toute petite quantité de cuivre est produite. Au contraire, le cosmelting permet d'obtenir une bien plus grande quantité de cuivre.
  • dans les Balkans et en Thaïlande, les artefacts de cuivre découverts ont montré une forte proportion de sulfures.
  • le cuivre produit dans des creusets contient fréquemment de l'arsenic, un élément fréquent dans les sulfures de cuivres et non dans les oxydes de cuivre.

Sur cette base, il a été suggéré que les sulfures de cuivre ont été utilisés exclusivement comme source de cuivre dans les creusets. Mais ceci, n'est pas probable. En effet pour être utilisés comme unique source de cuivre, les sulfures de cuivre doivent être oxydés préalablement. Pour ceci, il est nécessaire de mélanger les sulfures de cuivre avec du charbon de bois et des additifs à base de fer ou de manganèse. Le mélange est ensuite chauffé à une température inférieure à 800°C. Ainsi le processus obtenu est proche de celui réalisé dans un four: mélange du charbon de bois et de minerai de cuivre et ajout d'additifs à base de fer et manganèse.

Ces considérations générales expliquent pourquoi l'utilisation du creuset est toujours resté une activité limitée, généralement coexistant avec la fonte du cuivre natif. Le volume limité du creuset, empêche le rajout d'additifs et implique l'utilisation de minerai à forte proportion de cuivre. L'utilisation de minerai de cuivre de qualité moindre implique l'utilisation d'un four.

Origine de la métallurgie dans des fours

La transformation de minerai de cuivre dans le Levant sud est attesté dès le 5ème millénaire av. JC. Mais curieusement cette métallurgie survient dans une région totalement dépourvue de cuivre natif. Certains supposent que la métallurgie a été apportée par des migrants venus d'Anatolie ou du Caucase. Cependant cette hypothèse est en contradiction avec l'archéologie qui montre que la céramique évolue de manière continue dans cette région entre le néolithique final et le chalcolithique. De plus la métallurgie dans le Levant sud débute tout de suite avec l'utilisation du four. L'analyse chimique des scories issues des sites archéologiques du Levant sud montre que la métallurgie s'est développée en trois phases:

  • la transformation du minerai hautement visqueux: les plus anciennes scories découvertes sont très hétérogènes incluant des pépites, des veinules et des dendrites de cuivre de couleur rouge sombre indiquant la présence d'oxyde de fer.
  • la transformation du minerai faiblement visqueux: les scories sont plus homogènes et contiennent peu de cuivre. Il y a également moins d'oxyde de cuivre. Ceci indique une amélioration du processus métallurgique probablement du à l'emploi de four atteignant une plus haute température et avec une atmosphère plus réductrice. A cette phase, la métallurgie produit probablement des lingots de cuivre.
  • la transformation effective du minerai: à la fin du chalcolithique, un nouveau type de scories avec très peu de cuivre (moins de 1%) est découvert. Ces changements sont probablement dus à l'emploi de nouveaux additifs: manganèse, magnésium et calcium. L'utilisation de four-céramique est attestée dans le Levant sud et les creusets servent à refondre, purifier et couler dans des moules les lingots obtenus dans les fours. Des innovations techniques sont également observées dans les processus d'alliages des métaux, et de production d'artefact comme la technique à la cire perdue.


Diffusion de la métallurgie dans des fours

En dehors du Levant sud, la métallurgie dans les fours apparait ensuite dès la fin du 5ème millénaire (vers 4.200 av. JC) dans le haut Euphrate, région qui connait déjà la transformation du minerai dans des creusets. Degirmentepe est ainsi le premier site du haut Euphrate connaissant une proto-industrie du cuivre. Des similarités ont été observées entre la métallurgie du Levant sud et du haut Euphrate. Les sceaux et la céramique de Degirmentepe présentent une forte affinité avec ceux de la vallée d'Amuq, plus au sud, ainsi qu'à Hacinebi. Ces sites semble être des habitats de métallurgistes spécialisés dans le travail du cuivre originaire du haut Euphrate qu'ils exportent vers le Levant sud. Ces observations indiquent qu'il y a un lien entre le Levant sud et le haut Euphrate. L'origine de la métallurgie dans des fours du haut Euphrate est donc située dans le Levant sud: 2009 Amzallag Figure 2

Au début du 4ème millénaire av. JC., la métallurgie s'étend du Levant sud vers le Sinaï et l'Egypte, via la vallée du Nil. Au même moment, la métallurgie dans des fours apparaît dans de nombreux endroits différents: le Caucase, le plateau iranien, l'Anatolie et l'Egée. Dans le Caucase, la métallurgie apparait au début du 4ème millénaire d'abord dans le sud, puis arrive dans le nord quelques siècles plus tard au début de la culture de Maykop. La métallurgie dans des fours apparait également en Elam et en Mésopotamie durant le 4ème millénaire, en provenance de l'extérieur. A la fin du 4ème millénaire, la métallurgie dans des fours apparait en Europe du sud-est: 2009 Amzallag Figure 3

Au 3ème millénaire av. JC, la métallurgie dans des fours se répand largement, notamment en Asie Centrale et en Europe. En Asie Centrale, elle est liée à la diffusion de la culture de Maykop, et se répand jusqu'en Sibérie du sud: culture d'Afanasievo dans l'AltaÎ. Il y a également une diffusion de l'ouest du plateau iranien vers l'est, jusqu'à la vallée de l'Indus. En Europe, elle apparait soudainement en Crète à un stade avancé, probablement en provenance du Levant. Ensuite elle s'étend vers l'ouest du bassin méditerranéen: Sardaigne, Italie, sud de la France, Afrique du Nord, parallèlement à la diffusion de la culture Campaniforme. La découverte de four pour la métallurgie dans des sites campaniformes confirme leur implication dans la diffusion de la métallurgie dans des fours en Europe. Dès le début du 3ème millénaire, elle apparait soudainement dans la péninsule ibérique: 2009 Amzallag Figure 4

Au 2d millénaire av. JC, la métallurgie dans des fours se répand dans tout l'ancien monde, notamment dans les Îles Britanniques, l'Europe Centrale, les bords de la mer Baltique et la Scandinavie. Elle se répand en Afrique sub-saharienne, atteint la Chine, le Japon et l'Asie du sud-est.

Discussion

La dynamique de la diffusion de la métallurgie dans des fours, résulte de l'élargissement d'un domaine métallurgique autonome dans un réseau global de fabrication, échanges et commerce d'objets métalliques. En Europe cette dynamique est reliée à la migration lente et multi-directionnelle du peuple campaniforme, suggérant que leur motivation n'était pas directement liée à la recherche de ressources minières. L'expansion d'un domaine métallurgique est une combinaison de plusieurs facteurs comme le désir de certaines populations de rejoindre un domaine métallurgique ou le besoin des forgerons de migrer vers de nouveaux horizons. Cette expansion est centrifuge. Aux débuts de la métallurgie dans des fours, son expansion ne s'est pas faite dans toutes les directions. Au contraire de nouveaux sites sont apparus assez loin vers le nord, près des ressources minières, et le long du chemin reliant le Levant sud au haut Euphrate. L'absence de hiérarchie dans ces premiers sites métallurgiques suggère qu'ils n'étaient pas reliés à une stratification sociale. Ils ressemblent davantage à des colonies de fondeurs étrangers dont l'objectif principal est de fournir de la matière première à leur patrie d'origine: le Levant sud. Cette première expansion est donc centripète. Ce premier réseau métallurgique se superpose au réseau pré-existant au néolithique final de l'obsidienne qui permettait au Levant sud de s'approvisionner à partir des mines d'Anatolie.

Le développement d'un domaine métallurgique étend l'aire de diffusion des objets métalliques. Cela apporte d'importantes transformations dans l'agriculture, l'habitat, le mode de vie (voir la théorie de la révolution des produits secondaires initiée par Andrew Sherratt), les coutumes funéraires et la structure sociale. Un regard vers les sociétés traditionnelles peut aider à expliquer comment la métallurgie dans des fours à provoquer tant de changements. En Afrique, les fondeurs et les forgerons ne sont pas seulement des artisans, mais aussi des individus qui assurent le pouvoir politique et la justice. Ils possèdent une connaissance secrète de divination, sorcellerie, faiseur de pluie, médecine, poésie et rites de passage. Ce rôle crucial est reflété dans de nombreuses mythologies africaines. On le retrouve également dans de nombreuses mythologies, comme la mythologie grecque. Tout ceci suggère que les anciens métallurgistes bénéficiaient d'un statut prestigieux. Parmi eux, les fondeurs avaient plus de prestige que les forgerons, donnant plus de valeur à la production de métal qu'à celle d'objets finis. Ce statut élevé des métallurgistes ne se retrouvent pas dans les sociétés d'Amérique du sud, où le cuivre était produit dans des creusets. Ceci suggère que l'effet prestigieux est connecté à la fonte du métal dans un four. La métallurgie dans un creuset est relié à la fonte du cuivre natif. Le processus en jeu est un processus de purification de la matière. Au contraire, la métallurgie dans un four est relié à la transformation du minerai en métal, et donc à la création d'un matériau nouveau.

Mise à jour

Des archéologues ont publié une réponse au papier de Amzallag en 2010: A Chalcolithic Error: Rebuttal to Amzallag 2009.

Les auteurs indiquent qu'il n'y a aujourd'hui aucune preuve que le cuivre natif a été fondu et coulé avant la transformation du minerai en cuivre. En effet il n'est pas possible de distinguer un cuivre natif fondu, d'un cuivre obtenu par transformation du minerai si celui-ci a été refondu et coulé. Cette vision est aujourd'hui obsolète. Je remarque cependant que les auteurs ne peuvent pas prouver que Amzallag a tort sur ce point.
Les auteurs indiquent que la majorité des creusets trouvés, aussi bien au Levant, qu'en Espagne, Iran, dans les Balkans ou en Thaïlande, montrent un chauffage par le dessus ou par l'intérieur. Ceci indique donc l'utilisation de charbon de bois à l'intérieur du creuset. Ils précisent également que la faible quantité de cuivre obtenue dans un creuset comme indiqué par Amzallag est en contradiction avec les chiffres avancés par d'autres auteurs qui sont nettement supérieurs.
Ensuite, les auteurs indiquent que les creusets ont été utilisés suivant les régions pour transformer des minerais d'oxide de cuivre, ou des mélanges oxyde et sulfure de cuivre. La présence de sulfure dans un creuset ne prouve pas nécessairement que cela a été fait intentionnellement. De même la présence de sulfure de cuivre dans un four n'implique pas forcément des étapes préliminaires d'oxydation comme suggéré par Amzallag. Probablement, les sulfures de cuivre sont arrivés dans des creusets ou des fours sans intention préalable. De plus les auteurs précisent qu'il n'est pas possible de transformer le minerai sans ajouter de charbon de bois à l'intérieur du creuset ou du four. Ensuite tous les premiers creusets étaient réalisés avec de l'argile de faible qualité qui ne pouvaient pas supporter longtemps une haute température. Donc si des tentatives ont été faites pour transformer du minerai dans un creuset par une source de chaleur externe, l'argile du creuset a du rapidement se désagréger, bien avant l'obtention du cuivre. Ainsi le chauffage dans les creusets s'est fait par l'intérieur. Cela a pu donc permettre la transformation de sulfures de cuivre dans un creuset. On ne sait cependant pas si ces transformations ont été intentionnelles ou pas. De plus l'affirmation que les agents des alliages comme l'arsenic ou l'antimoine sont trouvés uniquement dans les sulfures est fausse. On les trouve également dans les oxydes ou carbonates. Enfin il n'y a pas de preuve que l'ajout intentionnel d'additifs a été réalisé au Levant avant l'âge du bronze moyen.
Enfin il y a de nombreux exemples qui montrent que le four est bien une extension du creuset. Il n'y a donc pas tellement de différence entre eux si ce n'est leur taille, contrairement aux affirmations de Amzallag. Des sites archéologiques montrent l'utilisation des fours et des creusets à la même époque sans différence sociale ou culturelle entre les artisans. Dans de nombreuses régions, on voit clairement l'évolution du creuset vers le four. Les auteurs rejettent l'affirmation de Amzallag qui voit l'invention du four dans le Levant. Pour eux cette technologie est plus précoce en Anatolie, dans le Caucase et en Iran. Enfin, ils rejettent également l'affirmation de Amzallag qui voit la Thaïlande comme une des origines de l'invention du creuset. Pour eux cette technologie est arrivée en Thaïlande en provenance des Steppes eurasiennes.
Les auteurs concluent que l'invention du four s'est faite en parallèle en différents endroits du globe, et sûrement pas dans le Levant sud.

lundi 24 décembre 2012

Les premiers fermiers néolithiques étaient d'habiles charpentiers

Un grand nombre de puits d'eau en bois ont été retrouvés en Europe Centrale auprès de villages de la culture rubanée. Willy Tegel étudie ici 4 puits en bois faits de poutres en chêne. Son papier intitulé: Early Neolithic Water Wells Reveal the World’s Oldest Wood Architecture nous donne ses résultats.

Après le Dernier Maximum Glaciaire daté de 12.000 ans, le paysage de l'Europe Centrale s'est transformé passant de steppes à d'immenses zones forestières, et le climat est devenu plus chaud et plus humide. Durant le 6ème millénaire av. JC, la sédentarisation est devenu le style de vie principal des populations qui ont commencé à cultiver la terre, élever du bétail, produire de la céramique et exploiter les nombreuses ressources en bois. Cette transformation marque le début du néolithique, et pour la première fois les sociétés humaines ont commencé à transformer leur environnement naturel. Le sédentarisme implique des constructions permanentes pour vivre et stocker. Ainsi des innovations dans les outils et les techniques du travail du bois sont apparus. Les villages de la culture rubanée se sont diffusés rapidement à travers le continent. Un cadre chronologique précis est important pour une meilleure compréhension du processus de néolithisation. La méthode de datation par dendrochronologie dépend essentiellement de la découverte de bois de construction bien préservé à partir d'environnement humide. Alors que les longues maisons rubanées nous sont connus uniquement au travers des traces qu'elles ont laissé dans le sol, les puits d'eau en bois ont survécu pendant des millénaires en dessous du niveau de la nappe phréatique.

Les auteurs présentent ici les mesures de datation dendrochronologique à partir de 151 poutres de chênes issus de quatre puits découverts à Altscherbitz, Brodau et Eythra dans l'est de l'Allemagne.
2012 Tegel Figure 1

Les datations obtenues varient de 5.469 à 5.098 av. JC.

Les premiers fermiers néolithiques ont abattus des arbres dont l'âge va jusqu'à 300 ans et dont le diamètre peut atteindre 1m. Des herminettes polies en pierre emmanchées ont été utilisées et les techniques de bois peuvent être reconstituées à partir d'études ethnologiques. Les billes de bois ont d'abord été coupées en deux avec des coins en bois enfoncées avec des marteaux en bois. Puis elles ont été coupées à la bonne longueur avec des herminettes, et en utilisant des braises:
2012 Tegel Figure 3
Enfin les poutres ont été découpées radialement ou tangentiellement pour obtenir les planches désirées. Après un travail de lissage, les planches étaient prêtes pour la construction.

Deux types de garnitures en bois pour les puits ont été découverts jusqu'à une profondeur de 7 m sous la surface du sol. Le premier type est en forme de coffre fait avec des planches, le second en forme de tube fait avec un tronc creusé. Le puits de Brodau comporte les deux types. La garniture en forme de coffre permet de stabiliser la fosse creusée. Ensuite un tronc creusé est inséré au milieu. Toutes les garnitures en forme de coffre utilisent des planches crantées qui sont verrouillées dans les coins. Des tenons et des mortaises sont également utilisées comme on peut le voir ci-dessous:
2012 Tegel Figure S17
Le puits de Eythra 1 a été découvert proche d'un village rubané d'une centaine de maisons et d'un cimetière qui comprenait deux douzaines de tombes. La dendrochronologie a permit de dater le site à 5.102 av. JC. Cette date est confirmée par la typologie des céramiques retrouvées à l'intérieur du puits. Une poutre de bois trouvée dans la fosse du puits est datée de 100 ans plus ancienne que la garniture du puits ce qui suggère une durée de vie supérieure à 100 ans pour ce village rubané. Des restes botaniques à l'intérieur du puits donnent des indications sur l'environnement des néolithiques, et sur leur nourriture. L'alimentation de base était constituée par deux types de blé: l'engrain et l'amidonnier. On a retrouvé également des pois et des lentilles. L'huile était obtenue avec des graines de lin et de pavot. Des fruits sauvages complétaient le repas: fraises, prunelles, pommes, framboises et noisettes. Ils consommaient également beaucoup de physalis (amour en cage) et la jusquiame noire connue pour ses propriétés médicinales et hallucinogènes. La partie basse du puits contenait plus de 25 céramiques, ainsi que des outils en os, pierre et silex.
2012 Tegel Figure 6
Des céramiques cassées étaient parfois réparées avec du goudron de bouleau.

Cette étude a démontré que les premiers fermiers de la culture rubanée étaient également d'habiles charpentiers. Leur compétence dans le travail du bois suggère que l'architecture de leurs longues maisons de bois était très sophistiquée.

mardi 2 octobre 2012

Un nouveau livre sur le campaniforme

Harry Fokkens et Franco Nicolis viennent de sortir un nouveau livre sur le campaniforme: Background to Beakers.

Harry Fokkens critique le modèle hollandais de Lanting et Van der Waals. Pour rappel le modèle hollandais donne une continuité typologique entre les vases de la culture cordée et les vases campaniformes. C'est le seul endroit en Europe où l'on avait pu montrer une continuité entre les cultures archéologiques précédentes et la culture campaniforme. Partout ailleurs en Europe le campaniforme est une culture intrusive dans les cultures du néolithique final. Dans ce papier, Harry Fokkens montre que même en Hollande le campaniforme est intrusif. Le néolithique final aux Pays-Bas se partage entre la culture de Vlaardingen à l'ouest et au sud dans le bassin du Rhin et la culture des Sépultures Individuelles: un faciès de la culture cordée, au centre, au nord et à l'est dans les hauteurs. La culture cordée est connue essentiellement par ses tombes, alors que la culture de Vlaardingen est plutôt connue par ses habitats. D'après le modèle hollandais, les gobelets AOO sont censés être dérivés des gobelets de la culture cordée, puis les gobelets campaniformes maritimes sont censés être dérivés des gobelets AOO. Le problème principal vient du fait que la précision des datations C14 ne permettent pas de différentier réellement les gobelets AOO et maritimes. Au néolithique, dans les Pays-Bas, les régions centrales, nord et est sont occupées par la culture des gobelets à entonnoirs (FBC), alors que les régions ouest et sud, sont occupées par la culture de Vlaardingen. Vers 2900 av. JC, la culture cordée remplace la culture FBC, mais pas la culture de Vlaardingen. Cependant, vers 2500 av. JC, des gobelets AOO apparaissent à la fois dans la culture cordée et dans la culture de Vlaardingen. L'apparition de ces gobelets AOO correspond donc à l'apparition de la culture campaniforme sur toute la Hollande. Dans les tombes du centre, du nord et de l'est, les gobelets AOO sont accompagnés par les poignards en silex du Grand Pressigny qui font alors leur apparition. Par contre ni les tumulus, ni les poignards du Grand Pressigny n'apparaissent avec les habitats du sud et de l'ouest. Ainsi l'apparition de la culture campaniforme ne s'accompagne pas d'un changement des traditions des cultures précédentes. Après cette phase de transition qui est très courte (quelques générations), les cultures de Vlaardingen et cordée disparaissent et laissent la place à la culture campaniforme seule qui se développe en un faciès régional: le Veluwe. Ainsi pour Harrry Fokkens, la culture campaniforme commence aux Pays-Bas avec l'apparition des gobelets AOO. C'est une culture intrusive à la fois dans la culture de Vlaardingen et dans la culture cordée.

Christopher Prescott réintroduit la migration dans la diffusion du campaniforme. Au néoltihique, en Norvège, la culture des gobelets à entonnoirs (FBC) s'étend essentiellement dans le sud-est du pays, mais aussi dans le sud-ouest. L'intérieur des terres et la côte ouest sont alors peuplées par des chasseurs-cueilleurs, très orientés vers les ressources marines. Entre 2800 et 2400 av. JC., il y a une influence de la culture cordée essentiellement dans l'est du pays, mais le style de vie des chasseurs-cueilleurs persiste dans une bonne partie du pays. Lors du passage au néolithique final vers 2400 ou 2350 av. JC., il y a apparition d'une nouvelle culture qui unifie tout le pays dans un même élan vers une économie agricole, avec aussi apparition de la métallurgie. Les poignards en silex apparaissent. Ce mouvement apparait d'abord dans le sud-est du pays et s'étend ensuite vers l'intérieur des terres et le long des côtes vers le nord jusqu'au cercle arctique. Ces modifications en Norvège sont contemporaines de la diffusion de la culture campaniforme en Europe et notamment au Jutland, Danemark. L'argument campaniforme n'est pas soutenu seulement par des correspondances chronologiques mais également par l'apparition d'éléments matériels: armatures de flèches, brassards d'archer, ... Il est ainsi raisonnable de voir le Jutland comme la source des transformations qui arrivent en Norvège à cette époque. Sur la base de matériel archéologique et de développements historiques, il est établit que cette influence campaniforme est basée sur des processus migratoires maritimes et l'établissement de réseaux d'alliances. Suite à ces migrations, tout un système de connaissance a été adopté par les populations locales. Ceci peut être déduit des pratiques agricoles, de l'organisation sociale, de l'architecture, du style, de la technologie (taille du silex bifacial, métallurgie du cuivre, navigation), de la cosmologie/idéologie (symboles masculins), du symbolisme (armes, sculpture sur pierre), et du langage (arrivée de l'indo-européen).

Le troisième papier de Van de Noort sur les navigateurs campaniformes est très intéressant. L'analyse de la position géographique du mobilier campaniforme le long des côtes ou des grands fleuves, nous montre que ceux-ci étaient avant tout des navigateurs. Ces navigateurs devaient avoir des compétences spécifiques: connaissance de la mer: courants, houle, côtes, connaissance du comportement des animaux marins: oiseaux, poissons, phoques,... , connaissance de la navigation astronomique qui leur permettaient d'acquérir un pouvoir important en effectuant des voyages lointains qui leur donnaient accès à des relations privilégiées, des objets exotiques, ... , connaissance de la fabrication des bateaux, ... Pour ces raisons, les voyages étaient réservés à une élite de la société, et étaient entourés de pratiques rituelles en relation avec des concepts cosmologiques. Le navigateur devait être également la personne qui comprenait le mieux les différents réseaux d'échange de la société, il devait connaître différentes langues, ou utiliser une langa franca connue par l'ensemble des navigateurs. Une dizaine de bateau de l'âge du bronze ont été découverts en Grande-Bretagne. Ils sont faits de planches de chêne cousues avec des tiges de bois d'if. Voir notamment ici. La reconstruction d'un de ces bateaux a été faite. Voir ici.

Le quatrième papier sur l'analyse des traits dentaires en Suisse Occidentale n'apporte rien de nouveau mais reprend les résultats de la thèse de Jocelyne Desideri. Les auteurs commencent par indiquer une rupture de la localisation des habitats entre le néolithique final (sites lacustres au bord des lacs) et le campaniforme (sites situés à l'intérieur des terres), mais une continuité dans l'utilisation des lieux funéraires. Cette situation reste inexpliquée jusqu'à aujourd'hui, notamment parce que le climat est favorable à des habitations au bord des lacs aux temps campaniformes. Les analyses des traits dentaires ont montré les résultats suivants:

  • Les populations du néolithique moyen représentent un noyau homogène
  • Par contraste le néolithique final montre une plus grande variation de population
  • La phase campaniforme montre un degré d’hétérogénéité certain
  • Les populations du campaniforme sont issues pour partie des populations du néolithique final, mais pour une autre partie de populations étrangères
  • Les populations du Bronze Final ne sont pas issue des populations campaniformes

En conclusion l'analyse des traits dentaires démontre un renouveau partiel de la population à la fin du néolithique et au campaniforme en Suisse occidentale. Ceci suggère donc une certaine mobilité des populations à cette période.

Rien de nouveau non plus dans le papier d'Olivier Lemercier puisque celui-ci reprend les résultats de 10 ans de travail concernant le campaniforme dans le sud-est de la France. Lemercier voit trois phases distinctes:

  • une phase ancienne associée à deux styles de poterie: le maritime ou international constitué de bandes horizontales de hachures dessinées au peigne, au coquillage ou à la cordelette sur des gobelets, et le pointillé géométrique qui rajoute des formes géométriques simples: triangles, chevrons, ... sur des formes plus variées: gobelets mais aussi formes basses: bols, écuelles, ... Les sites sont situés sur la façade méditerranéenne ou le long des fleuves, les habitats sont perchés.
  • une phase moyenne dite régionale qui comprend les styles rhodano-provençal et pyrénéen basée sur les technique de l'incision et de l'estampage sur des formes variées de poteries. Les sites sont beaucoup plus étendus géographiquement.
  • une phase finale qui comprend le style barbelé, les habitats sont à nouveau perchés, les tombes individuelles se généralisent

Dans son interprétation, Olivier Lemercier compare l'arrivée des campaniformes dans le sud-est de la France avec l'arrivée des grecs dans cette même région en 600 av. JC. Ainsi Lemercier associe clairement le campaniforme à l'arrivée d'étrangers dans le sud-est de la France. Pour lui il s'agit d'une colonisation, suivi d'une phase d'acculturation. Cette colonisation comprend trois phases: une première est une phase d'exploration, la seconde phase est une phase d'intensification du commerce entre les nouveaux arrivants et les locaux, la troisième phase correspond au contrôle des nouveaux arrivants sur toute la région environnante. Ainsi Lemercier voit une première phase d'exploration maritime des campaniformes dans la région avec installation sur la façade méditerranénne et le long des fleuves (phase ancienne du campaniforme), la seconde phase est une phase d'acculturation des locaux à la culture campaniforme et correspond à la phase de régionalisation, la troisième phase correspond à la phase finale campaniforme qui montre un influx important venant de l'est de l'Europe, et la réapparition de sites perchés et fortifiés.

Le papier de Janusz Czebreszuk et Marzena Szmyt est intéressant car il décrit une région méconnue du campaniforme: la Pologne. Il y a trois régions campaniformes en Pologne, chacune en liaison avec une autre région campaniforme. La région du nord de la Pologne dérive du campaniforme danois, la Silésie dérive du campaniforme de Bohème et la Petite Pologne dérive du campaniforme de Moravie. Le campaniforme de Petite Pologne est connu uniquement par des tombes. Il est interprété par une migration en provenance de Moravie. Cette culture est à l'origine de la culture du Bronze Ancien de Mierzanowice. Le campaniforme de Silésie a pour substrat la culture cordée. Il laissera ensuite la place à la culture d'Unetice au Bronze Ancien. En Pologne du Nord, les premiers indices de la culture campaniforme apparaissent peu après 2500 av. JC. Comme au Danemark, ce campaniforme est connu essentiellement par des habitats, et dans une moindre mesure par des tombes qui se rencontrent dans les cimetières des périodes précédentes. Le campaniforme ancien est caractérisé essentiellement par une technique de moletage (je suppose au peigne), associé au décor à la cordelette et à l'incision. Ensuite, apparaissent des métopes et les formes des poteries sont moins élancées, plus trapues. Le décor est alors essentiellement fait à base d'incision. La phase récente du campaniforme du Nord de la Pologne est basée sur un décor barbelé (comme dans de nombreuses région de l'Europe, voir notamment le papier de Lemercier sur le sud-est de la France). Dans la partie est, la Kujawy, le campaniforme évolue ensuite vers la culture Iwno qui est une régionalisation du campaniforme (voir à ce sujet le papier de Volker Heyd: When the West Meets the East). Ce faciès évolue en fonction de ces contacts avec la culture d'Unetice. La région de Pologne du nord est traversée par la route de l'Ambre: route de commerce important à travers toute l'Europe. D'autre part, les groupes campaniformes ont coexisté avec des groupes de la culture des Amphores Globulaires entre 2400 et 2200 av. JC. Ces deux cultures ont très peu interagis, comme si il y avait une barrière culturelle entre les deux groupes.

Le papier de Katarzyna Mikolajczak et Radoslaw Szczodrowski étudie le phénomène campaniforme comme l'arrivée d'une nouvelle religion qui se substitue à d'anciennes religions: le phénomène mégalithique dans l'ouest de l'Europe, la culture cordée dans le nord-est et l'incinération en Hongrie. Les religions se caractérisent par des rituels qui nous apparaissent sous la forme du mobilier archéologique issu d'un contexte funéraire. Ces transformations conservent certains traits de l'ancienne religion: utilisation des mégalithes, conservation de l'incinération ou opposition par rapport au cordé: orientation des corps qui passent d'un axe Ouest-Est à un axe Nord-Sud, les hommes qui étaient allongés sur le côté droit, passent sur le côté gauche, et inversement pour les femmes.

Le dernier papier de ce livre écrit par Jan Turek est intéressant car il aborde les relations entre l'estuaire du Tage au Portugal et le Maroc au temps des campaniformes. Selon Turek, l'origine du Campaniforme est soit au Portugal, soit en Hollande. Il avance même la possibilité d'une double origine. Selon Turek, le vase campaniforme de type maritime (bandes horizontales de hachures obliques dessinées au peigne, encadrées par des lignes horizontales) prend ses sources dans l'estuaire du Tage dans la culture chalcolithique de Vila Nova de Sao Pedro dont le site emblématique est la ville fortifiée de Zambujal. Le début du chalcolithique de la région est caractérisée par des poteries cylindriques à base arrondie appelées Copos. Ces poteries sont suivies de poteries dont les décorations sont inspirées de feuilles d'acacia. Ensuite les premiers vases campaniformes décorées au peigne apparaissent. Cependant il n'y a aucun lien génétique prouvé entre les Copos et les vase campaniformes de type maritime. Turek indique que le décor au peigne se retrouve avant le campaniforme dans les culture du néolithique du Sahara. Il fait ainsi le lien avec l'Afrique du nord-ouest. Néanmoins Turek insiste sur le fait que le campaniforme du Maroc prend sa source dans le campaniforme ibérique et non dans le néolithique du Sahara. Il en déduit que le campaniforme de style maritime a pu prendre ses sources dans la communication entre l'Ibérie et l'Afrique du nord-ouest. Cette hypothèse reste cependant à valider. Pour en revenir à l'origine du phénomène campaniforme Turek précise que celui-ci est issu de l'influence et de la rencontre de différentes composantes: le vase de style maritime originaire d'Ibérie et un système symbolique de rites funéraires originaire de Hollande, et basé sur la culture cordée et même avant de la culture Yamnaya.

lundi 28 mai 2012

Les campaniformes incrustaient leur poterie avec une matière blanche faite avec de la poudre d'os

Les poteries campaniformes devaient avoir belle allure. Cuites en atmosphère oxydante, leur teinte était rouge orangée. De plus parfois on retrouve une matière blanchâtre à l'intérieur des décorations réalisées par impression de cordelette, peigne ou coquillage. Ainsi ces poteries à l'état neuf devaient ressembler à ceci:
Poteries campaniformes
Un papier de Carlos P. Odriozola et Vıctor M. Hurtado Perez daté de 2007 intitulé: The manufacturing process of 3rd millennium BC bone based incrusted pottery decoration from the Middle Guadiana river basin (Badajoz, Spain), a montré, sur des poteries campaniformes espagnoles, que cette matière blanche était composée de poudre d'os brûlé. Or cette technique d'inscrustation de matière blanchâtre à la poudre d'os est connue précédemment au campaniforme dans les cultures chalcolithiques de Hongrie. Un autre papier de W.A. Parkinson et al. daté de 2010 et intitulé: Elemental Analysis of Ceramic Incrustation Indicates Long-Term Cultural Continuity in the Prehistoric Carpathian Basin fait une étude très intéressante sur la technique d'incrustation de matière blanche sur les poteries. Celle-ci a montré que là aussi la matière blanche était faite de poudre d'os. Ainsi cette technique semble prendre ses origines dans la culture chalcolithique de Tiszapolgár datée entre 4500 et 3800 av. JC, et prédate l'arrivée des premiers kourganes dans les plaines hongroises, bien que certains y voient une influence des steppes (Lichardus-Itten 1980). Elle perdure en Hongrie jusqu'à l'âge de Bronze moyen vers 2000 av. JC.
Tiszapolgar potery
Pavel Dolukhanov, Nicolas Cauwe, Paul-Louis Van Berg et Pavel Kozlowzki disent des choses très intéressantes à propos de la culture de Tiszapolgar dans leur livre Le néolithique en Europe:

A partir de 4400 av. JC, une grande partie de l'héritage culturel balkano-danubien de la vallée de la Tisza disparait avec l'émergence de la culture de Tiszapolgar, dans la plaine hongroise et l'ouest de la Transylvanie. Les habitats sur tell sont abandonnés. Les établissements rapetissent, se dispersent et sont limités à une seule phase d'occupation représentée par des couches archéologiques très minces où l'on distingue mal la structure des maisons. Les habitats les plus importants sont ceux de Fuzesabony et de Szarvas, où ont été découverts des lieux cérémoniels entourés de fossés de 25 à 30 m de diamètre. Cette transformation des installations témoigne de la mobilité croissante des populations; celle-ci abandonnent l'agriculture au profit d'un élevage, où le boeuf est toujours dominant. Quelques tombes sont encore creusées à l'intérieur des villages, mais la plupart sont rassemblées dans des cimetières, tantôt à la limite de l'habitat, tantôt un ou deux kilomètres plus loin. Les plus grandes nécropoles sont celles de Tiszapolgar-Basatanya et de Tibava. Un formalisme communautaire de la gestion des cadavres se substitue à leur appropriation familiale. Dans la nécropole de Tiszapolgar-Basatanya, le site éponyme, hommes, femmes et enfants vêtus et parés sont inhumés dans des fosses rectangulaires, disposées en rangées orientées Est-Ouest, les hommes déposés sur le côté droit, les femmes sur le côté gauche; tous font face au Sud. Presque tous les inhumés sont accompagnés d'un mobilier funéraire: poteries et autres objets en argile, en os, en bois de cerf, en silex ou en obsidienne. Les tombes les plus riches livrent des bijoux en cuivre et en or originaires des Balkans orientaux. Il en va de même à Mojgrad et à Tiszaszöllös.Si les deux sexes sont également parés, seuls les hommes sont accompagnés de haches-marteaux en pierre, de pointe de flèche, de mandibules et de défenses de sanglier. La présence, dans quelques tombes masculines, d'un os de cheval constitue une nouveauté. Cette fois, d'importantes différences de richesse se marquent d'une tombe à l'autre. Le dépôt des armes dans les tombes s'oppose aussi aux pratiques antérieures. Mais le fait saillant de la période consiste en la disparition simultanée de tous les objets cultuels, des figurines et de la céramique décorée; cette dernière est remplacée par une autre, de morphologie différente et à surface unie. L'ensemble de ces traits témoignent d'une restructuration de la société, accompagnée d'un bouleversement idéologique. A partir de la culture de Tiszapolgar, se développe une métallurgie du cuivre et de l'or, surtout liée à la production d'objets de prestige, telle que les haches-marteaux et les haches perforées cruciformes à deux tranchants, dont les centres de production apparaissent en Transylvanie et peut-être aussi en Slovaquie.

Ainsi cette technique céramique campaniforme qui consiste à incruster les poteries de matière blanche à base d'os, prend son origine dans les plaines de Hongrie, dans la culture de Tiszapolgar qui montre une forte discontinuité avec les cultures néolithiques précédentes. D'autres caractéristiques du campaniforme semblent en découler, notamment avec l'apparition de la métallurgie et dans la gestion des morts avec la différentiation selon le sexe et l'apparition des armes dans les tombes, bien que la position des hommes et des femmes et la présence de haches-marteaux dans les tombes, préfigurent davantage le cordé que le campaniforme.